Trafic de Kevazingo au Gabon : des sanctions et des démentis

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(Crédits : DR)
Officiellement en tout cas, le «Kevazingogate», ce vaste scandale de trafic de bois précieux qui secoue le Gabon, n’a pas encore éclaboussé le col de ministres du gouvernement de Julien Nkoghe Bekalé. La semaine dernière pourtant, Nanette Longa-Makinda, porte-parole du gouvernement, annonçait la suspension de proches collaborateurs de ministres, hauts fonctionnaires des eaux et forêts ou encore galonnés de la douane, supposés être impliqués dans la disparition de 353 conteneurs de Kevazingo, bois précieux très prisé, du port d’Owendo. Désormais il est demandé aux ministres qui auraient trempé dans le scandale de se dénoncer eux-mêmes.

Dieudonné Lewamouo Obissa va passer sa première nuit à la prison centrale de Libreville. Ce mardi 21 mai, un juge d'instruction a ordonné le placement en détention provisoire du Directeur général des douanes, selon une information rapportée par la presse locale. Son placement en détention pourrait ouvrir une série d'autres parmi la liste de la douzaine de hauts fonctionnaires suspendus à titre conservatoire pour leur implication présumée dans le scandale du Kevazingo. Leur audition a débuté et pourrait se solder par des détentions provisoires.

Kevazingo, le scandale qui secoue la République

Le 16 mai dernier, c'est par la voix de sa porte-parole Nanette Longa-Makinda que le gouvernement a révélé la liste des fonctionnaires sanctionnés après les révélations d'Olivier Nzahou, le procureur de la République, sur leur implication présumés dans ce vaste trafic de bois précieux qui secoue la République. Sur la liste, Lin Mandjoupa et Serge Rufin Okana, respectivement directeur de cabinet et secrétaire général au ministère des Eaux et forêts. Pierre Claver Mfouba et Jeannot Kalima, directeur de cabinet et secrétaire général au ministre de l'Economie sont également concernés, tout comme un chef de brigade, un directeur régional de la douane et de hauts fonctionnaires des eaux et forêts.

Sans prendre de gants, le procureur a désigné l'homme d'affaires chinois, François Wu, DG de la «3C Transit», comme le cerveau présumé de cette vaste opération qui a conduit à l'évaporation de conteneurs sous scellés. Toujours selon le procureur, l'homme d'affaires aurait bénéficié de complicités de hauts fonctionnaires de l'administration. Dans une conférence de presse ce lundi 20 mai, l'avocat de Wu, Me Tony Serge Minko, a nié l'implication de son client absent du Gabon.

Pour le contexte, le 10 mai dernier, le gouvernement annonçait la disparition de 353 conteneurs du port d'Owendo, au sud de Libreville. Placés sous scellés par la justice lors d'une opération largement médiatisée, les conteneurs chargés de Kevazingo, bois rare et précieux très prisé en Asie, s'étaient volatilisés. Une partie des conteneurs avait été retrouvée tandis qu'une vingtaine d'autres avaient été écoulés sur le marché chinois.

Menaces gouvernementales, démentis de ministres

«Il ressort des informations recueillies que les conteneurs ont été déplacés sur ordre de certains agents du ministère des Eaux et Forêts. Quels que soient les rangs ou les grades des personnes impliquées dans ce qu'il convient de nommer "réseau Kevazingo", elles seront poursuivies et force restera toujours à la loi», avait menacé Olivier Nzahou, le procureur qui supervise une enquête menée par les limiers de la Direction générale des contre-ingérences, la fameuse B2.

Le Kevazingogate pourrait ne pas s'arrêter aux portes des cabinets ministériels et de directions de la grande administration. «Les membres du Gouvernement qui seraient impliqués dans cette affaire sont invités à en tirer les conséquences qui s'imposent», a prévenu Nanette Longa-Makinda. En ligne de mire de cette déclaration, Guy Bertrand Mapangou, ministre des Forêts, s'est fendu d'un communiqué pour se défendre.

«Ma conscience d'homme libre ne me reproche strictement rien dans l'exercice des fonctions de responsable du département ministériel», écrit-il. «Je déclare en toute humilité et en total respect pour le peuple gabonais que le communiqué ne me concerne assurément pas. La responsabilité en matière pénale étant personnelle et non collective», ajoute-t-il. Jusqu'ici, aucun autre département ministériel n'a réagi à cette incitation du gouvernement. L'affaire du «réseau Kevazingo» est loin de connaître son épilogue.

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