Violences en Zambie : le président Edgar Lungu va-t-il être traduit devant la CPI ?

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La plainte qui sera déposée à La Haye, vise Edgar Lungu le président zambien.
La plainte qui sera déposée à La Haye, vise Edgar Lungu le président zambien. (Crédits : Reuters)
Lorsqu’elle exhibe ce qu’elle considère comme une pièce à conviction, la vidéo des membres de l’opposition zambienne ne fait qu’un tour. Non datées, d’à peine 3 minutes, les images montrent l’exfiltration, dans la confusion de Hakainde Hichilema, le chef de file de l’opposition zambienne. A Sesheke, dans l'ouest de la Zambie, son meeting a été dispersé à coups de gaz lacrymogènes et, jure-t-il, … de balles réelles! Une tentative d’assassinat selon l’opposition zambienne qui a décidé de saisir la Cour pénale internationale (CPI) de Fatou Bensouda pour assigner Edgar Lungu, le président zambien.

«Nous avons confiance en la CPI et s'ils ne sont pas coupables, ils seront acquittés». Face à la presse ce mercredi 20 février, Charles Milupi, le chef de l'Alliance pour la démocratie et le développement (ADD, opposition) a endossé le costume du porte-parole au nom d'une dizaine de partis de l'opposition.

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Plainte contre Edgar Lungu et ses collaborateurs devant Fatou Bensouda

En soutien à Hakainde Hichilema, le chef de file de l'opposition et président du Parti uni pour le développement national (UNDP), l'opposition zambienne a décidé de déposer une plainte devant la Cour pénale internationale (CPI). La plainte qui sera déposée sur le bureau de Fatou Bensouda à La Haye, vise Edgar Lungu le président zambien. Elle concerne également Stephen Kampyongo, le ministre de l'Intérieur, Davis Mwila, le secrétaire général du Front patriotique, le parti au pouvoir, Kaiser Zulu et Amos Chanda, deux conseillers du Cabinet présidentiel.

Par cette action devant la juridiction internationale basée à La Haye, l'opposition zambienne entend protester contre ce qu'elle considère comme des «violences politiques» qui se sont traduites par une tentative d'assassinat contre le chef de file de l'opposition zambienne. « Nous ne pouvons rester les bras croisés face à la mutilation des cadres (de l'opposition) par les cadres du Front patriotique (PF) au pouvoir. Nous avons pris la décision de signaler certains individus à La Haye pour avoir facilité une vague de violence politique», a fait savoir Charles Milupi.

L'opposant faisait référence à la dispersion, dix jours plus tôt, d'un meeting de l'ADD, le parti de Hakainde Hichilema à Sesheke, dans l'ouest de la Zambie. Dans une vidéo exhibée comme preuve d'une répression contre les partisans de l'ADD, l'opposition fait savoir qu'une tentative d'assassinat visait son chef de file. On y voit Hakainde Hichilema se faire exfiltrer sous la fumée lacrymogène, à travers des escaliers, des douilles au sol et des tirs en sourdine.

 Un millier de balles et une internationalisation du combat de l'opposition en 2021

«Un millier de douilles de balles tirées sur Hakainde et ses partisans ont été retrouvées dans les buissons. C'est la preuve qu'ils voulaient l'assassiner», atteste encore Charles Milupi. Le meeting qui se tenait en perspective de la préparation de la campagne pour la présidentielle de 2021, avait été violemment été dispersé par la police, provoquant la débandade dans les rangs des militants présents. Mais le gouvernement nie être à l'origine de cette violence.

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Qualifiant la plainte de l'opposition de «grand n'importe quoi pour moi et pour le président¸ Amos Chanda annonce une contre-plainte. «Mes avocats vont engager des poursuites civiles et pénales. En fait, je n'ai jamais été à Sesheke et je n'y suis jamais allé de ma vie», a-t-il affirmé à nos confrères de l'AFP. Désigné Président intérimaire à la mort de Michel Sata en 2014, Edgar Lungu a été élu pour finir le mandat de ce dernier en 2015 avant d'être réélu à la fin de cette période en 2016.

Sa candidature à un mandat supplémentaire avait été perçue comme une violation de la constitution qui fixe la limite à 2 mandats. Même si la polémique a finalement été tranchée en faveur d'Edgar Lungu par la Cour constitutionnelle, la tension est loin d'être retombée entre un président menaçant et une opposition décidée à lui barrer la route par les urnes. Désormais, à la tension verbale, s'ajoute une bataille judiciaire devant la CPI pour laquelle la Zambie a voté pour son maintien. Une internationalisation du combat de l'opposition pour des élections transparentes.

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