Justice : au Cameroun, ces lourdes charges contre Maurice Kamto

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Maurice Kamto (second plan), après une conférence de presse tenue le 8 octobre 2018 au siège de son parti, le MRC, dans la capitale du Cameroun, Yaoundé.
Maurice Kamto (second plan), après une conférence de presse tenue le 8 octobre 2018 au siège de son parti, le MRC, dans la capitale du Cameroun, Yaoundé. (Crédits : Reuters)
Maurice Kamto aura du mal à se défaire de la charge la plus accablante : insurrection. A ce chef d’inculpation pour lequel il risque entre 10 et 20 ans de prison, il s’ajoute l’«attroupement», la «rébellion en groupe», l’«hostilité contre la patrie», l’«association de malfaiteurs», la «complicité de trouble à l’ordre public». De lourdes charges contre l’opposant à Paul Biya, incarcéré depuis deux jours, d’abord dans les locaux de la police judiciaire de Douala, puis au quartier général du Groupement spécial d’opération (GSO), une unité d’élite de la Délégation générale à la sûreté nationale.

Depuis son interpellation, Maurice Kamto fait valoir son droit au silence. Ce mercredi dans les locaux du Groupement spécial d'opération (GSO), l'opposant à Paul Biya, a accepté d'être entendu en présence de ses avocats. Au cours de son interrogatoire de ce mercredi 30 janvier, le chef de file du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC) s'est vu notifier les charges retenues à son encontre. Et elles sont lourdes !

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Les chefs d'accusation retenus contre Maurice Kamto et une partie des 117 personnes interpellées au cours de la «marche blanche» violemment réprimée, sont longs : «Attroupement, rébellion en groupe, insurrection, hostilité contre la patrie, association de malfaiteurs, complicité, et trouble à l'ordre public», révèle Emmanuel Simh, vice-président du MRC au cours d'une conférence de presse tenue ce mercredi 30 janvier, après l'audition de Maurice Kamto.

Si la plus accablante de toutes ces lourdes charges est sans doute l'insurrection, sévèrement punie par le Code pénal camerounais d'une peine allant jusqu'à 20 ans de prison, les plus risquées semblent être le «trouble à l'ordre public» ou encore l'association de malfaiteurs, notions judiciaires soumises à l'interprétation des juges.

Au moins 15 ans de prison

Les accusés semblent payer le prix des manifestations du samedi 26 janvier à Douala, Yaoundé, Bafoussam, Dschang ou encore Mbouda, violemment réprimées par les forces de sécurité, parfois avec l'usage de balles. Ces marches de protestations contre la gestion du pays, de la crise anglophone, étaient aussi une occasion pour les partisans de Maurice Kamto de réclamer un «recomptage des votes» de la présidentielle du 7 octobre 2018, remportée par Paul Biya.

Le cas des inculpés semble s'être aggravé avec la mise à sac des locaux des ambassades du Cameroun en France, en Allemagne ou encore au Royaume-Uni. On y signale, outre le vol d'importants documents administratifs, la dégradation de symboles de la République. Quelles issues sont possibles après l'inculpation des quelque 200 personnes dont Maurice Kamto?

Les enquêteurs peuvent choisir de prolonger la garde-à-vue jusqu'au vendredi 1er février, soit 48 heures de plus, selon la durée légale en vigueur. A ce moment-là, Maurice Kamto et ses co-détenus pourraient être libérés sous condition, et notamment se tenir à disposition de la justice. D'un autre côté, ils devraient présenter devant un juge qui décidera des chefs d'inculpation à retenir ou écarter. Il s'ouvrirait alors une procédure judiciaire dans laquelle ils risquent, selon les spécialistes, au moins 15 ans de prison.

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