France-Tchad : pour son second « noël africain », Macron s’est invité chez Déby

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Après avoir plaidé pour la création d'une banque africaine dédiée aux femmes, Emmanuel Macron a retrouvé Idriss Déby Into au Palais de la présidence pour un entretien bilatéral suivi d'un déjeuner élargi aux délégations des deux pays.
Après avoir plaidé pour la création d'une banque africaine dédiée aux femmes, Emmanuel Macron a retrouvé Idriss Déby Into au Palais de la présidence pour un entretien bilatéral suivi d'un déjeuner élargi aux délégations des deux pays. (Crédits : DR)
Le président français a effectué, les 22 et 23 décembre, une visite de travail au Tchad où il est allé célébrer noël avec les militaires de l’opération Barkhane mais aussi échangé avec son homologue tchadien. L’occasion pour Emmanuel Macron et Idriss Déby d’évoquer la crise en RCA ainsi que la lutte contre le terrorisme. Malgré la pluie d’annonces, à Ndjamena, la visite du chef de l’Etat français chez un de ses principaux alliés dans la région, n’a pas été du goût de tout le monde.

Comme au Niger en 2017, c'est au Tchad que cette fois, le président français a choisi de passer un noël avant l'heure avec les militaires de l'opération Barkhane. Arrivé samedi dans l'après-midi à l'aéroport Hassan Djamous de N'Djaména, Emmanuel Macron a été accueilli par son homologue tchadien, Idriss Déby, avec qui il a eu un premier entretien au salon d'honneur présidentiel.

Il a par la suite mis le cap, en compagnie de la ministre des Armées, Florence Parly, à la base militaire française Kossei, QG de l'opération militaire Barkhane, et où sont stationnés près d'un millier d'hommes. L'occasion pour le chef de l'Etat français d'échanger avec les officiers et les soldats de cette force militaire qui opère dans tout le Sahel, mais aussi de s'entretenir avec les responsables des détachements étrangers de l'opération.

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Au pas de charge, le président français a rencontré, dans la matinée du dimanche et après avoir passé une partie de la nuit avec les militaires français, une délégation des femmes tchadiennes en compagnie de la première dame, Hind Déby, et de Marlène Schiappa, la secrétaire d'Etat française chargée de l'égalité entre les femmes et les hommes et de la lutte contre les discriminations.

A cette occasion, Emmanuel Macron a plaidé pour la création d'une banque africaine dédiée aux femmes, à l'horizon 2019, afin de mobiliser les financements pour promouvoir leur autonomisation. Le chef de l'Etat français a par la suite retrouvé son homologue tchadien au Palais de la présidence pour un entretien bilatéral suivi d'un déjeuner élargi aux délégations des deux pays ainsi qu'un point de presse conjoint animé par Macron et Déby

Le chef de l'Etat français a dans son intervention salué une « coopération vieille de plusieurs décennies entre les deux pays », et a indiqué que la France poursuivra son appui économique au Tchad. Ainsi, Emmanuel Macron a promis une enveloppe de 20 millions d'euros au titre de l'aide au développement en faveur des populations du lac Tchad. Ces fonds, via l'AFD, seront consacrés à des projets concrets et pour Macron, « cette aide est indispensable si l'on veut stopper l'avancée du terrorisme qui profite de la misère des populations la plupart du temps ».

Lutte contre le terrorisme, une priorité pour Paris et N'Djamena

De la lutte contre le terrorisme, il en a été beaucoup question entre les deux chefs d'Etat et Emmanuel Macron a insisté sur l'engagement français et a promis que la France va continuer de se battre en faveur d'une plus grande aide financière de l'Union européenne (UE) au G5 Sahel. En face, le président tchadien, Idriss Deby Itno qui s'est réjoui des déclarations de son invité français, s'est montré très reconnaissant.

« Nos forces armées nationales, des 5 pays, ne sont pas habituées à des combats du genre terroriste. La stratégie que nous avons mise en place est, certes, une stratégie commune. Mais avec l'aide de la France. Puisque la seule force qui nous soutient aujourd'hui sur le terrain et fait face au terrorisme, c'est la force française », a répondu le le chef de l'Etat tchadien, qui a annoncé dans la foulée, que les opérations de la Force conjointe du G5 Sahel contre le terrorisme vont reprendre au mois de janvier prochain.

« Le renforcement de la coopération sécuritaire appelle à l'opérationnalisation de la force conjointe du G5 Sahel, mais les ressources financières attendues ne sont pas encore mobilisées. Je tiens à souligner l'urgence de trouver les ressources nécessaires pour maintenir un rythme d'opérations permettant de tenir en échec les terroristes. Je tiens à saluer l'engagement personnel du Président Macron, ainsi que son plaidoyer fort en faveur de la mobilisation d'un appui financier conséquent à la Force conjointe du G-5 Sahel. Nous devons conjuguer nos efforts pour assurer à cette force un financement pérenne si nous tenons à engager une lutte durable pour parvenir à bout de la menace terroriste », a affirmé Idriss Déby.

Des sujets qui fâchent

En plus de la lutte contre le terrorisme au Sahel et dans le bassin du Lac Tchad où la menace Boko Haram persiste encore, les président français et tchadien ont évoqué la situation en RCA mais également les répercussions de la guerre en Libye. D'autres sujets d'actualité nationale ont également été abordé au cours de point de presse, et si le président Macron n'a pas voulu rencontré des représentants de l'opposition politique, il a abordé plusieurs sujets politiques sur lequel l'attendaient les journalistes présents à la conférence de presse. Emmanuel Macron s'est ainsi réjoui de la tenue, en mai prochain des élections législatives et municipales dans le pays, et a appelé à une plus grande implication de l'UE dans l'organisation de ces scrutins.

« Il faut permettre l'émergence d'une forme démocratique indispensable aux bons équilibres et à la bonne gouvernance du pays ... Nous avons beaucoup discuté de sujets de gouvernance politique, car je souhaite que la France puisse accompagner les réformes indispensables, les échéances à venir. Et j'ai été très sensible à l'engagement du président Déby d'organiser pour mai prochain des élections législatives et municipales. Je souhaite que l'Union européenne soit aux côtés du Tchad pour ces échéances. La France le sera, à la fois pour aider à organiser, pour aider aux financements », a déclaré le président Emmanuel Macron.

Cette adresse du président français ne va pourtant pas atténuer les critiques de l'opposition tchadienne ainsi que de la société civile. Bien avant la visite, plusieurs partis politiques se sont insurgés contre cette visite de Macron, qui constitue à leurs yeux, un soutien à la gouvernance de Déby. « Le président français n'a des yeux que pour les dictateurs tchadiens », a par exemple, estimé dans un communiqué, Djassira Ngar, porte-parole du parti pour les libertés et la démocratie (PLD), qui a tiré à boulet rouge sur le chef de l'Etat tchadien.

Selon l'opposition, pendant son règne, « le président Déby n'a pas lésiné sur les moyens pour s'imposer aux tchadiens. Il viole massivement les droits constitutionnels des tchadiens : répression massive des contestataires, assassinat politique, truquage des élections, interdiction de manifestation et de meeting pacifiques et blocages des réseaux sociaux ».

L'un des plus farouches opposants à Déby, le président du parti UNDR, Saleh Kebzabo, a quant à lui décidé de boycotter la visite du président Macron à N'Djamena. Malgré ces protestations, la présidence tchadienne a fait de cette visite un événement assez spécial. Il faut dire que pour Paris, Idriss Déby est un des alliés majeurs de la France en Afrique notamment dans la lutte contre le terrorisme, mais également en RCA et en Libye où l'influence de la Russie n'est pas sans menacer les intérêts français.

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