Présidentielle au Zimbabwe : Chamisa débouté, Mnangagwa confirmé

Débouté pour manque de preuves suffisantes étayant ses allégations. La lecture du verdict de la Cour constitutionnelle, d’abord prévue à midi (GMT) puis retardée d’une heure, aura traîné en longueur pour ne laisser aucune surprise. Luke Malaba, le président de la plus haute juridiction du pays, a rejeté le recours de l’opposant Nelson Chamisa du MDC qui dénonçait une fraude lors de la présidentielle du 30 juillet 2018. Déclaré vainqueur par la ZEC, la commission électorale, Emmerson Mnangagwa est confirmé au State House par la même Cour. La crainte est désormais que la contestation de sa victoire se fasse par la rue.
Ibrahima Bayo Jr.
(Crédits : Reuters)

Ziyambi Ziyambi, le ministre de la Justice peut désormais s'atteler avec plus de tranquillité à la cérémonie d'investiture suspendue d'Emmerson Mnangagwa. Ce vendredi, après une interminable attente, la Cour constitutionnelle a validé les résultats de la présidentielle du 30 juillet 2018. Et pourtant, même s'ils sont restés câblés à leur téléviseurs ou scotchés à leurs postes radio, les Zimbabwéens ne semblent pas surpris de ce verdict qui écarte définitivement un scénario à la trame kényane c'est-à-dire une annulation des résultats contestés de cette présidentielle à un seul tour.

Pas assez de preuves

A l'unanimité des neufs «Sages» de la plus haute juridiction, c'est un Luke Malaba presque à bout de souffle qui a donné lecture d'un interminable verdict qui valide la (ré)élection d'Emmerson Mnangagwa, crédité de 50,8% des suffrages contre 44,3% pour Nelson Chamisa, son principal rival. Ce dernier qui a contesté ce qu'il appelle «une fraude de mammouth» a donc été débouté pour «absence de preuves suffisantes» étayant les allégations de trucage du vote qui l'avaient poussé à déposer un recours devant la plus haute juridiction du pays. «En dernière analyse, la Cour estime que le requérant n'a pas présenté devant elle de preuves claires, directes et suffisantes des irrégularités», justifie Luke Malaba lors d'une lecture retransmise en direct.

Quelle sera à présent l'attitude de Nelson Chamisa, l'avocat de formation, âgé de 40 ans seulement, qui conteste les résultats de la présidentielle? La bataille de l'opposant en chef sera sans doute plus politique que la « guerrilla de rue» à laquelle certains poussent, jusque dans son propre camp. Avec son groupe parlementaire, le MDC va sans doute rendre coup pour coup, les manoeuvres de la Zanu-PF. Les six morts recensés lors de la répression des marches spontanées de ses partisans par les forces de l'ordre, ne plaideraient pas en faveur d'un déplacement de la contestation, des prétoires vers la rue. Avant même l'annonce du verdict, les voisins du Zimbabwe ainsi que des partenaires internationaux du pays ont appelé au calme et à la retenue face au risque d'embrasement du pays.

Mnangagawa, premier président post-Mugabe, à l'épreuve du pouvoir

A 76 ans, Emmerson Mnangagwa s'apprête donc à enfiler le costume de deuxième président du Zimbabwe, le premier de l'ère post-Mugabe. Une main de fer dans un gant boxe dont le «Crocodile» -son surnom- sait habilement jouer. Cependant, au Zimbabwe, plus personne ne se fait d'illusions sur la nature du régime qui va se mettre en place pour les cinq prochaines années et peut-être même plus.

Issu du sérail Mugabe, c'est dans le clair-obscur d'une querelle de leadership entre le vice-président d'alors et Grace Mugabe, la Première Dame, tous deux lorgnant le trône que le « Vieux Bob» occupe depuis trois décennies, qu'Emmerson Mnangagwa prend le pouvoir. A la faveur d'un coup d'Etat déguisé sous les oripeaux d'une « transition assistée», le Crocodile règne désormais sur tout le marigot du Zimbabwe après avoir été désigné par la Zanu-PF pour assurer l'intérim.

Désormais, avec un autre coup de force, juridique cette fois-ci, il vient de faire légitimer son pouvoir par des urnes dont on ne cesse de pointer les salissures de fraude. Le plus grand défi de ce « démocrate» converti à la dernière heure sera d'asseoir son autorité face à des porteurs de galons partisans de la manière forte et plus grande menace à son plan de faire réapparaître le Zimbabwe dans les radars internationaux. Sa deuxième lutte ne fait que commencer.

Ibrahima Bayo Jr.
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