Procès Khalifa Sall au Sénégal : le dernier «Appel» du 5 juin

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(Crédits : Page Facebook Khalifa Sall)
Au bout du fil d’une conversation téléphonique cryptée ou lorsqu’on leur tend un micro, les lieutenants politiques de Khalifa Sall répètent tous en chœur. « Nous avons bon espoir que Khalifa Sall va recouvrer la liberté». Après des mois d’une bataille tant judiciaire, politique que médiatique, l’espoir – pour ne pas dire la résignation- semble avoir remplacé la fougue des rassemblements et de la course aux soutiens jusque dans les chambellanies des familles religieuses confrériques. A l’heure où s’ouvre ce 5 juin 2018, son procès devant la Chambre d’appel de Dakar, Khalifa Sall aurait pourtant bien besoin de cette mobilisation des grands jours. Cette fois-ci, il y va de son avenir politique.

Tout l'enjeu de ce nouveau procès pour la défense est d'éviter au maire de Dakar, une tache sur son casier judiciaire, synonyme d'une élimination de la course à la présidentielle du 24 février 2019. Ce mardi 5 juin dans le prétoire de la Cour d'appel de Dakar, face au juge Demba Kandji qui présidera cette première audience en appel, au procureur général Lansana Diaby, représentant le ministère public, la défense du bourgmestre va tenter de faire annuler cette condamnation du verdict édulcoré du juge Malick Lamotte, en première instance.

Khalifa Sall, bien seul

Le 30 mars dernier, après un feuilleton judiciaire qui a tenu tout un pays en haleine, un verdict de ce juge avait condamné Khalifa Sall à une peine de cinq ans d'emprisonnement et à 5 millions de FCFA d'amende, sans dommages et intérêts à verser à l'Etat sénégalais qui s'estimait lésé dans la ténébreuse affaire de la caisse d'avance de la Mairie de Dakar.

Dans une bronca indescriptible qui s'est mue en rixe puis en affrontements extra-prétoire, le verdict rendu avait écarté de la liste des chefs d'inculpation, longue comme un roman de Balzac, les délits de «détournements de deniers publics», «association de malfaiteurs», «blanchiment d'argent». Tout au plus, le Tribunal correctionnel que le juge avait quitté précipitamment ne retient que le «faux et usage de faux» et «escroquerie portant sur des fonds publics», au terme des neufs mois d'un procès-fleuve, interrompu de dilatoires d'avocats et cris partisans dans l'immense salle numéro 4.

Trêve ramadanesque ou résignation ? Dans le camp de l'édile de la capitale sénégalaise, aucune grande manifestation prévue ou presque à la veille de l'ouverture de l'autre procès de leur champion. Dans le confort spartiate de la cellule spéciale de la prison urbaine de Rebeuss-la plus peuplée du Sénégal-, Khalifa Sall doit se sentir bien seul de ne pas voir des rassemblements pour plaider sa cause, par la pression de la rue.

De l'Hôtel de Ville au Palais, sans casier d'abord

A la décharge du camp Khalifa Sall,  avec l'arrestation de Barthélémy Dias, le maire de Mermoz-Sacré-Cœur, son « leveur de foules», l'écho autour de son cas s'est un peu tassé. Tout comme la fougue avec laquelle ses lieutenants ont rugi et ses avocats vociféré dans les médias.

Ce mardi donc Khalifa Sall entame une nouvelle bataille de prétoires pour tenter de lever ce verdict qui a fait couler beaucoup d'encre et de salive. Cette audience qui s'ouvre ce mardi 5 juin est cruciale pour le député-maire, un temps pressenti comme l'opposant qui pouvait faire ballotter le régime de Macky Sall, celui-là même qu'on accuse de vouloir le vitrifier pour éviter qu'il usurpe son fauteuil au Palais de la République depuis l'Hôtel de ville situé à cinq minutes de là.

Avec ce nouveau procès, les avocats de Khaff -comme le surnomme ses partisans- veulent faire annuler les gribouillis de condamnation encore sur le papier du verdict du juge Lamotte. L'amende dérisoire (5 millions de Fcfa) au vu du montant (1,8 milliard de Fcfa) supposé s'être évaporé des caisses, les chefs d'inculpation écartés, l'existence de cette «caisse d'avance» (caisse noire) depuis le temps du régime socialiste de Senghor, sont autant d'arguments que les conseils du maire vont mettre en avant. Sans compter les vices de forme et vices de procédures.

Une victoire en appel enlèverait une tache du casier judiciaire de Khalifa Sall, ce qui lui permettrait de recouvrer ses droits civiques et politiques. Et chemin faisant, se porter candidat à la présidentielle du 24 février 2019. A moins que le maire de Dakar ne décide de conquérir le Palais, comme il l'a fait pour la députation, depuis sa cellule de Rebeuss. Ce serait une première !

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