Madagascar : cette décision de la Haute cour qui décante la crise

Elle représentait la dernière chance pour calmer la crise politique qui secoue la Grande-Île depuis des semaines. Ce jeudi 3 mai au soir, la Haute cour constitutionnelle malgache a finalement usé de son pouvoir de plus haute juridiction du pays pour rejeter la quasi-totalité des lois votées le 3 avril dernier par l’Assemblée et qui sont à l’origine du mouvement de contestation à forte coloration politique. Une décision salutaire qui devrait décanter la crise politique opposant le HVM, le parti du président Héry Rajaonarimampianina et ses opposants à quelques mois des législatives et d’une présidentielle très attendue.
Ibrahima Bayo Jr.

2 mn

(Crédits : Reuters)

«C'est une première victoire pour le changement!». Sur l'emblématique Place du 13 mai, devenue le bastion de la contestation "antigouvernementale", lorsque Hanitriniaina Razafimanantsoa, la députée de l'opposition prend la parole, c'est pour pilonner le gouvernement et récolter tous les lauriers politiques du désaveu des lois électorales par la Haute cour constitutionnelle.

Inconstitutionnalité de la quasi-totalité des textes

Dans une décision rendue jeudi au soir, la juridiction faitière de la Grande-Île a frappé d'inconstitutionnalité plusieurs textes de lois à l'origine du vaste mouvement de contestation qui alimente depuis des semaines une crise politique. Concrètement, la Haute cour constitutionnelle a «extirpé» des textes litigieux, plusieurs dispositions dénoncées par l'opposition comme une marque de partialité du vote et un moyen détourné d'écarter de la course à la présidentielle, les candidatures défavorables au HVM, le parti au pouvoir.

Dans le détail, la Cour lève le raccourcissement de la durée de la campagne électorale du second tour - passée sous le texte annulé de 15 à 7 jours. L'inconstitutionnalité s'applique aussi à l'obligation pour les candidats à la succession du président actuel de fournir le bulletin numéro 2, une sorte de casier judiciaire détaillé de toutes les infractions. Enfin, au nom de l'égalité entre candidats et pour éviter la multiplication des recours postélectoraux, la Cour exige l'utilisation d'un bulletin.

Plus loin, la décision de la Cour apporte un bol d'air frais au pouvoir d'Héry Rajaonarimampianina qui avait choisi de répondre par la fermeté aux manifestations monstres qui ont eu pour cadre la très emblématique place du 13 mai. Une fermeté qui avait relancé de plus belle la contestation des lois électorales au point de déraper sur une revendication des contestataires qui se résumait au départ par démission ou destitution du président.

Un nouveau vote indicateur de la température d'ambiance électorale

Ni les appels du ministre de la Défense, envoyé pour jouer les pompiers ni l'envoi d'un émissaire onusien ou encore les rappels de circonstances de l'Union africaine n'avaient réussi à calmer les slogans que les manifestants scandaient quasi-quotidiennement à tue-tête : «Hery Dégage!». Il semble que la décision de la Haute cour ait réussi à calmer le jeu sur l'Île.

Pour autant, la vague pourrait venir d'une autre tempête, politique encore une fois. Le texte annoté de la Haute Cour devra passer entre les mains de l'exécutif pour révision  avant de revenir encore sur la table de l'Assemblée nationale pour une relecture et un nouveau vote dont les débats, alimentés par la ferveur de l'approche des législatives et de la présidentielle (entre le 24 novembre et le 25 décembre 2018), promettent d'électriser l'hémicycle. Les votes seront encore le mercure que l'on observera minutieusement pour voir si la température politique va encore grimper.

Ibrahima Bayo Jr.

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