Crise au Togo : l'opposition interpelle les médiateurs et la CEDEAO

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Brigitte Adjamagbo-Johnson, coordonnatrice de la coalition des quatorze partis, et Jean-Pierre Fabre, chef de file de l'opposition au Togo.
Brigitte Adjamagbo-Johnson, coordonnatrice de la coalition des quatorze partis, et Jean-Pierre Fabre, chef de file de l'opposition au Togo. (Crédits : Reuters)
Ce mercredi à Lomé, la coalition de l'opposition a dressé un bilan des manifestations de la semaine dernière, parlant d'un mort de près de 200 blessés et une trentaine d'arrestations. Les opposants au régime de Faure Gnassingbé sont allés plus loin demandant aux médiateurs ghanéen et guinéen de poursuivre leur travail avec efficacité, pointant au passage la démarche de la CEDEAO.

Suite au communiqué final du sommet extraordinaire de la Conférence des chefs d'Etat de la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) citant le cas du Togo, l'opposition a fait une sortie face aux médias en guise de réplique. Une sortie qui a permis aux contempteurs du régime du président Faure Gnassingbé de faire avant tout un bilan des manifestations de la semaine dernière, mais également de réagir sur les dispositions annoncées par l'organisation sous-régionale, notamment sur la nomination des médiateurs.

1 mort, 174 blessés et 26 arrestations

1 mort, 174 blessés dont 92 dans un état critique (parmi lesquels des femmes et des enfants) et 26 personnes arrêtées par les forces de sécurité. C'est le bilan que la coalition de l'opposition a livré ce mercredi 18 avril à la presse togolaise. Très remonté contre la répression qu'il a subie, le groupe des quatorze partis a condamné avec véhémence les agissements du pouvoir visant selon lui, à empêcher l'exercice d'un droit constitutionnel.

«La coalition condamne avec la dernière énergie, le gangstérisme d'Etat du pouvoir RPT/UNIR. Le peuple togolais n'acceptera jamais de se voir déposséder de son droit constitutionnel de manifester. Quelles que soient les contorsions du pouvoir, le Togo accouchera sa démocratie cette année», a conclu la déclaration liminaire de la Coalition, signée par Brigitte Adjamagbo-Johnson, coordinatrice du regroupement.

Celle-ci a également indiqué que la coalition a, comme ce fut le cas la semaine dernière, de nouveau, envoyé une correspondance au ministre de l'Administration territoriale, de la décentralisation et des collectivités locales pour annoncer des manifestations ponctuées par des marches prévues pour la semaine prochaine.

Revenant sur les engagements des uns et des autres pris devant le président ghanéen, médiateur, de suspendre les manifestations durant la période du dialogue pour l'opposition et de suspendre les travaux préparatoires aux élections, pour le pouvoir, la coalition a sollicité une intervention du médiateur.

«Aujourd'hui, il y a une contradiction entre notre compréhension de ces recommandations et la manière dont le régime les interprète. Il est donc temps que le facilitateur nous situe sur le sens qu'il donne à ces recommandations », a déclaré Nathaniel Olympio, du Parti des Togolais, membre de la coalition.

Pour interdire les manifestations et donc les réprimer, le gouvernement avait justifié sa position en indiquant que l'opposition allait violer sa promesse faite devant le facilitateur.

Vice dans la démarche à la CEDEAO

Dans le communiqué final sanctionnant les travaux de son sommet extraordinaire, la conférence des chefs d'Etat est longuement revenue sur la crise togolaise, exhortant les uns et les autres à la retenue et appelant aux réformes dans le respect de la démocratie. Mais pour l'opposition qui ne condamne pas le contenu, la démarche de la CEDEAO comporte un vice.

«S'agissant du sommet de la CEDEAO, le moment viendra où nous prendrons position officiellement. Nous ne voulons pas trop parler aujourd'hui. Mais nous voulons faire observer tout simplement quelque chose. Nous voulons faire observer qu'il y a un vice dans ce qui s'est fait», a dénoncé Brigitte Adjamagbo-Johnson.

«Déontologiquement, lorsqu'il y a un conflit entre deux parties et que l'on veut prendre position, on écoute les deux parties. Non seulement on écoute les deux parties, mais on prend également position en toute objectivité, en toute liberté, sans la présence des deux parties. Cela n'a pas été le cas samedi », a-t-elle renchéri.

Pour la coordinatrice de la coalition, le régime togolais qui est l'une des parties en conflit a eu la chance d'assister aux travaux de l'organisation et a également pris part aux huis clos sur le dossier togolais. Malheureusement la coalition des quatorze, elle, n'a pas eu cette possibilité de donner sa version aux chefs d'États participants. Pour se montrer plus convaincante, la femme universitaire a donné l'exemple bissau-guinéen :

«Même pour régler la crise de la Guinée Bissau, on a fait venir l'opposition. Le chef de l'opposition a été consulté et on l'a écouté. Mais on ne l'a pas fait pour nous. Enfin on verra. Nous, nous savons ce que nous voulons. La lutte continue».

Concernant la nomination officielle par la Conférence des chefs d'Etat, des présidents ghanéen Nana Akufo-Addo et guinée Alpha Condé comme médiateur pour la résolution de la crise, l'opposition a aussi fait une mise au point. Pour Jean-Pierre Fabre, chef de file de l'opposition, les deux chefs d'Etat devront conjuguer leurs efforts pour jouer le rôle de facilitation avec le maximum d'efficacité.

«Ils se sont réparti le travail. La facilitation guinéenne était plutôt préoccupée par les mesures d'apaisement et la facilitation ghanéenne s'occupait des aspects politiques du dialogue. Lorsque la facilitation guinéenne a estimé que le niveau atteint par la réalisation des mesures d'apaisement lui permet de prendre un peu de recul, elle passait le relais à la facilitation ghanéenne. Aujourd'hui nous avons constaté comme vous que le sommet de la CEDEAO a remis en selle la facilitation guinéenne. Il leur revient de conjuguer leurs efforts pour jouer le rôle de facilitation avec le maximum d'efficacité. C'est tout ce que nous pouvons attendre d'eux», a détaillé Fabre.

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