Djibouti : bousculée, la France veut renforcer sa coopération militaire

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Le général d’armée François Lecointre, chef d’état-major des armées (CEMA), et le général de corps d’armée Zakaria Cheik Ibrahim, chef d’état-major général des forces armées djiboutiennes.
Le général d’armée François Lecointre, chef d’état-major des armées (CEMA), et le général de corps d’armée Zakaria Cheik Ibrahim, chef d’état-major général des forces armées djiboutiennes. (Crédits : Twitter)
L’enjeu stratégique s’est scellé sous les dorures des salons feutrés parisiens. François Lecointre, chef d’état-major de l’armée française, a reçu à Paris Zakaria Cheikh Ibrahim, son homologue de Djibouti pour une «visite de travail» d’une semaine. Dans le pays africain le «plus militairement convoité», la France pousse ses pions géostratégiques au moment où des puissances, même traditionnellement observatrices, viennent la concurrencer.

Au milieu de la mosaïque de bases militaires américaine, japonaise et chinoise, Paris se sent un peu prise en étau à Djibouti. Pour tenter de le desserrer, la France a entrepris une longue opération de séduction auprès de la République de la Corne de l'Afrique pour rappeler les «liens historiques» qui l'unissent à son ancienne colonie et resserrer la coopération militaire.

La visite de Zakaria Cheikh Ibrahim, l'atout séduction de Paris

Aboutissement de l'opération séduction : cette visite d'une semaine à Paris (11 au 15 avril) de Zakaria Cheikh Ibrahim, chef d'état-major des armées djiboutiennes à l'invitation de François Lecointre, son homologue français. Les échanges entre les deux hommes, «historiques» pour la France, tournaient autour du déploiement des forces françaises stationnées à Djibouti (FFDj) dans le cadre du traité de coopération en matière de défense signé le 21 décembre 2011 entre Djibouti et la France.

Une présence militaire française forte de 1450 soldats qui «permet, souligne le communiqué de l'état-major français, d'entretenir un partenariat resserré avec la République de Djibouti, en contribuant notamment à l'appuyer dans la modernisation de son outil de défense ainsi que pour ses déploiements extérieurs».

«Régulièrement, les Forces Française stationnées à Djibouti conduisent des détachements d'instruction opérationnelle en vue de préparer les bataillons djiboutiens avant leur projection au sein de l'AMISOM. Cette coopération opérationnelle est également mise en œuvre dans le cadre d'exercices conjoints», ajoute le communiqué.

La réparation d'Ambouli et enjeu géostratégique

Ce que le langage d'un communiqué diplomatiquement flatteur ne dit pas, c'est que les deux chefs d'état-major ont dû aborder les petites fâcheries entre soldats américains et français lors d'exercices aériens qui obligent parfois les vols commerciaux à rebrousser chemin. Au cœur des discussions, la dégradation du tarmac de l'aéroport d'Ambouli (à l'est du pays) en raison d'atterrissages fréquents des avions français et américains dont les deux puissances devaient se partager la facture.

L'enjeu pour la France pourrait être plus géostratégique dans ce pays bien situé sur le golfe d'Aden et le détroit de Bab-Al-Mandeb, routes maritimes par lesquelles transitent plus de 40% du trafic mondial. Du statut de «quasi-protecteur» de Djibouti, la prééminence française se voit concurrencée.

A côté de sa plus importante base militaire à l'étranger, la France a comme voisins des bases américaine, japonaise que complète la dernière arrivée de la Chine au cœur de Djibouti, situé à l'entrée de la mer Rouge et de l'océan Indien. Sans compter les autres qui se bousculent aux portes de la République, devenue le pays le «plus militairement  convoité» d'Afrique. Au milieu de ces «concurrents», Paris use de sa diplomatie militaire pour renforcer ses liens de coopération avec Djibouti afin de conserver son statut de «partenaire privilégié». Une manière d'avoir une longueur d'avance sur les autres.

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