Julius Maada Bio, le nouveau visage du pouvoir en Sierra-Leone

 |   |  655  mots
A Freetown, dans l'effervescence de la célébration de la levée du suspense, Julius Maada Bio s'est empressé de prêter serment dans un hôtel de la capitale.
A Freetown, dans l'effervescence de la célébration de la levée du suspense, Julius Maada Bio s'est empressé de prêter serment dans un hôtel de la capitale. (Crédits : Reuters)
C’est en même temps une revanche sur l’Histoire et une occasion inespérée pour lui de gommer l’image de putschiste qui était devenue une seconde peau sur sa réputation. Après un long processus de comptage des voix du second tour, Julius Maada Bio du SLPP (opposition), devient le 5ème président -régulièrement élu- de la Sierra-Leone et succède à Ernest Bai Koroma. Son rival Samura Kamara de l’APC conteste les résultats. Qu’importe, dans les rues, les Libériens semblent avoir fait leur choix !

Cette fois-ci, ce militaire à la retraite restera sans doute plus longtemps au pouvoir. Après la levée d'un pesant suspense entretenu par un fastidieux processus de compilation et de comptage des voix du second tour, la commission électorale sierra-léonaise (NEC), a déclaré, tard dans la soirée, Julius Maada Bio, vainqueur de la présidentielle 2018.

15.000 voix d'avance et une contestation

Avec un taux de participation massif de 81,1%, le candidat du SLPP rafle 51,8 % des voix contre 48,1% pour son rival de l'APC, Samura Kamara, l'ancien chef de la diplomatie du président sortant. Suffisant pour amener l'opposition au pouvoir à la suite d'Ernest Bai Koroma (de l'APC), devenu constitutionnellement inéligible après deux quinquennats. Ce qui n'est pas vraiment au goût du désormais ex-parti au8 pouvoir.

Le verdict des urnes a révélé un second tour, à l'image du premier tour, très serré. Le SLPP conquiert le pouvoir avec une avance de 15.000 voix seulement sur l'APC ! Ce dernier a d'ailleurs saisi, comme au premier tour, la Haute cour, pour contester des résultats qu'il estime obtenus par bourrage d'urnes. La bataille pour la confirmation ou l'annulation des résultats devrait être lancée dans un délai de sept jours.

A Freetown, dans l'effervescence de la célébration de la levée du suspense, Julius Maada Bio s'est empressé de prêter serment dans un hôtel de la capitale. Pour le nouveau président, la victoire est synonyme de retour dans la bâtisse coloniale de Fort Thornton, sur l'Avenue Tower Hill, au cœur de Freetown, la capitale du pays. En janvier 1996, ce brigadier formé aux Etats-Unis, avait brièvement pris la tête d'une junte militaire qui chassa du pouvoir son ami, l'autoritaire Valentin Strasser, plus jeune président du monde. Il y est resté trois mois seulement !

Maada Bio, symbole d'une double revanche

Ce nouveau retour aux affaires a un arrière-goût de revanche sur l'Histoire. A la présidentielle de 2012, Julius Maada Bio avait été battu par le président sortant qui a remporté 58,7 % des suffrages contre 37,4 %. Il prend aussi la revanche pour le compte de son parti, le SLPP qu'Ernest Bai Koroma avait battu en 2007.

Julius Maada Bio, né il y a 53 ans à Bonthe au sud du pays dans l'ethnie Sherbro, père catholique de quatre enfants, marié à une musulmane de l'ethnie Mandingo, veut jouer la carte de la fédération. « Nous sommes un seul pays, la Sierra Leone, et nous sommes un seul peuple. Mon gouvernement va promouvoir l'unité nationale, la cohésion nationale, et un leadership discipliné », fait savoir le nouveau locataire du State House, lors de son intronisation.

Des défis, des promesses et une démocratie

Les défis sont grandioses. Et cet économiste formé à Washington aura besoin de tout son savoir-faire en investissement pour redresser l'économie d'un pays à l'image écornée par l'épidémie d'Ebola, fui par les investisseurs et impacté par la chute des cours de minerais, moteurs économiques du pays. Son arrivée à Tower Hill est accueillie par un legs empoisonné du président sortant avec une marge de négociation qui s'annonce étriquée avec le FMI.

Il faudra aussi à Julius Maada Bio, de grandes capacités de négociations pour former des alliances notamment avec l'APC, devenu un parti d'opposition, qui domine l'Assemblée nationale. Cela pèsera sûrement sur la composition de l'équipe gouvernementale avec laquelle il compte rendre l'éducation au primaire et l'enseignement secondaire gratuits, ses grands chevaux de bataille lors de la campagne électorale.

Toutefois avec cette élection largement saluée par les scrutateurs internationaux, c'est la démocratie sierra-léonaise qui passe avec brio son test de validation de la transition pacifique dans un pays où les militaires ne sont jamais bien loin pour s'emparer du pouvoir quitte à déclencher une guerre civile. Désormais, la Sierra-Leone brille aux milieux des démocraties ouest-africaines.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :