Tunisie : une grande marche pour l'égalité successorale

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Des manifestants lors de la marche pour l'égalité hommes-femmes, le 10 mars 2018 dans la capitale Tunis.
Des manifestants lors de la marche pour l'égalité hommes-femmes, le 10 mars 2018 dans la capitale Tunis. (Crédits : Reuters)
A l'appel d'une coalition de plus de 70 associations de la société civile, des milliers de Tunisiens étaient ce samedi 10 mars dans la rue pour revendiquer l'égalité dans l'héritage entre hommes et femmes. Sujet autrefois tabou dans un pays où l'Islam est le plus pratiqué, l'égalité successorale provoque aujourd'hui un débat qui divise l'opinion l'opinion tunisienne.

Deux jours après la Journée internationale de la femme, le débat sur l'égalité totale entre femmes et hommes a été relancé en Tunisie. Ce samedi, quelques milliers de Tunisiens ont marché de la Place Bab Saâdoun à la Place du Bardo devant le siège de l'Assemblée des représentants du peuple pour réclamer l'égalité entre hommes et femmes dans l'héritage.

Les manifestants ont massivement répondu à l'appel de la Coalition tunisienne pour l'égalité dans l'héritage (CTEH), un collectif de quelque 73 associations, dont l'Association tunisienne des femmes démocrates (ATFD), Amnesty International et nombre d'organisations de défense des droits humains. Bien encadrés par la police, les manifestants brandissaient des pancartes et des banderoles portant des slogans portant les messages de «L'égalité dans l'héritage est un droit pas une faveur», «Moitié-moitié, c'est la pleine citoyenneté», alors que d'autres scandaient «Egalité-Egalité» ou encore «L'égalité, une revendication légitime. Pas d'hypocrisie!».

«L'égalité entre citoyens et citoyennes est un droit garanti par la Constitution tunisienne de 2014 et les conventions internationales ratifiées par la Tunisie et l'égalité dans l'héritage en fait partie», a expliqué la CTEH dans une communiqué de presse. Un avis confirmé par Ahlem Belhaj, une des responsables de l'ATFD, co-organisatrice de la marche, qui a confié que «la démocratie demeurera tronquée, sans l'égalité totale entre l'homme et la femme».

Aujourd'hui en Tunisie, malgré les importantes avancées en matière des droits de la femme, l'homme hérite du double de ce qui est légué à une femme. C'est la première fois qu'une marche est spécifiquement organisée pour lutter contre cette «inégalité». «C'est un événement historique», a estimé Emna Ben Miled, psychologue et anthropologue, également initiatrice de ce rassemblement.

Une question sociale très sensible

Inspirée des préceptes de la charia, la loi tunisienne sur la succession est très ancrée dans les pratiques traditionnelles. Ainsi, révoquer cette loi aujourd'hui semble tenir du «courage politique», puisque la question de l'égalité successorale reste un sujet très sensible.

«Déjà le fait qu'il y a un débat national sur la question, cela veut dire que c'est sorti du sacré. Il y a quelques années, c'était une question taboue, on ne pouvait absolument pas en parler. Donc, je pense qu'on va pouvoir avancer ; on va pouvoir l'avoir cette égalité dans l'héritage», a déclaré Monia Ben Jemia de l'ATFD au micro de nos confrères de RFI.

Pour les ONG droits-de-l'hommistes, l'espoir est désormais permis, d'autant que le chef de l'Etat, Béji Caïd Essebsi, avait lui-même appelé l'année dernière à réfléchir sur une réforme de la loi sur l'héritage, nommant à travers une commission chargée de formuler des propositions et d'en rendre compte d'ici à juillet 2018.

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