Afrique du Sud : entre Dlamini-Zuma et Ramaphosa, l’ANC s’apprête à tourner la page Jacob Zuma

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Nkosazana Dlamini-Zuma (à gauche) et Cyril Ramaphosa lors de la 5ème conférence nationale sur les politiques publiques à Soweto, en Afrique du Sud, le 30 juin 2017.
Nkosazana Dlamini-Zuma (à gauche) et Cyril Ramaphosa lors de la 5ème conférence nationale sur les politiques publiques à Soweto, en Afrique du Sud, le 30 juin 2017. (Crédits : Reuters)
L’Afrique du Sud retient son souffle à l’approche des élections internes à l’ANC qui se tiendront en marge du congrès national du parti qui s’est ouvert aujourd’hui et qui se terminera le 20 décembre. Les 5.000 délégués d’un parti en crise devront départager Cyril Ramaphosa et Nkosazana Dlamini-Zuma, les deux favoris à la succession de Jacob Zuma.

L'African National Congress (ANC) ouvre aujourd'hui ce qui est déjà un de ses plus importants congrès nationaux. Une grand-messe qui se poursuivra jusqu'au 20 décembre et qui réunira plus de 5.000 délégués du parti au pouvoir qui devront lors de ce congrès élire leur prochain chef. Au pouvoir depuis la fin de l'apartheid, jamais l'ANC n'a été aussi fragilisé. En effet, la succession de scandales de corruption et de collusions qui a rythmé la présidence de Jacob Zuma a terni l'image de l'ANC.

Un parti terni

Bien que le parti conserve sa prédominance électorale faisant que le gagnant des élections internes ait de grandes chances de devenir le prochain président d'Afrique du Sud, l'ANC a perdu de sa superbe. En témoignent les élections municipales de 2016, où le parti s'était vu ravir le contrôle des métropoles Johannesburg et Pretoria par l'Alliance démocratique. Une victoire de l'opposition qui reste symbolique, l'ANC ayant gardé une avance électorale considérable à 54% des voix, contre 27% pour l'Alliance démocratique.

En plus des scandales liés à l'entourage présidentiel, l'Afrique du Sud doit également faire face à la stagnation de la croissance économique lors des 6 dernières années, la hausse du taux de chômage ou encore un déficit budgétaire record. L'instabilité politique qui a précédé ce congrès a par ailleurs attisé la méfiance des investisseurs et des agences de notation. Ces dernières avaient pour rappel réduit la note de la dette sud-africaine à Junk pour ces mêmes raisons.

Dlamini-Zuma, l'option continuité

Le successeur de Jacob Zuma aura ainsi la lourde tâche de réunifier un parti usé par 23 ans de pouvoir, dont la direction a déjà reconnu que la perte du pouvoir est devenue un scénario envisageable. En tout, 7 candidats sont en lice pour tenter de redresser la barre, dont 2 favoris se dégagent et comptent déjà sur le soutien de fédérations régionales du parti. D'un côté, Nkosazana Dlamini-Zuma, ex-présidente de la Commission de l'UA, qui représente l'aile dure de l'ANC. Ministre de la Santé dans le premier gouvernement post-apartheid dirigé par Nelson Mandela en 1994, l'ancienne épouse de Jacob Zuma a également occupé les portefeuilles des Affaires étrangères sous Mbeki et de l'Intérieur sous Zuma.

Nkosazana Dlamini-Zuma se présente comme la candidate de la continuité, et compte sur le soutien du chef de l'Etat et des différentes ligues de femmes et de jeunes de l'ANC. Consciente que sa proximité avec Zuma dont elle a divorcé en 1998 pourrait entraver ses ambitions présidentielles, Dlamini-Zuma a lors des derniers mois soutenu l'ouverture d'une enquête sur liens entre le président et la nébuleuse famille Gupta. Face à elle, Cyril Ramaphosa également cacique du parti, ce compagnon de Madiba est passé de syndicaliste à homme d'affaires (42e fortune du continent en 2015 selon Forbes).

La carte rupture avec Ramaphosa

Donné favori par la presse libérale, Ramaphosa compte sur le soutien de l'aile modérée du parti et se targue du ralliement de 1.862 fédérations à sa candidature contre 1.309 pour sa rivale. Vice-président du parti, Ramaphosa s'est dressé contre Zuma dès le limogeage de Parvin Gordhan en mars dernier et a soutenu les motions de censures et l'ouverture d'enquêtes sur les Gupta. D'autres challengers sont également en lice et pourraient en cas d'égalité se retrouver en position de départager les deux favoris.

Parmi ces "arbitres" l'on retrouve, Zweli Mkhize actuel trésorier du parti et opposant à Zuma, Baleka Mbete présidente de l'Assemblée nationale qui avait permis aux députés de l'ANC le vote secret lors de la dernière motion de censure contre le président. Egalement dans la course, Jeff Radebe, ministre de la Présidence et proche de Zuma, Lindiwe Sisulu actuelle ministre du Logement ou encore Mathew MPhosa avocat et homme d'affaires qui fait figure d'outsider dans cette élection.

Bien que Ramaphosa se soit autoproclamé favori à ce scrutin, le seul soutien des fédérations n'est pas synonyme de voie royale vers la présidence du parti. En effet, toutes n'ont pas le même poids et leurs délégués bien que tenus sur le papier à exprimer le vote de leurs fédérations respectifs ne sont pas "à l'abri" du lobbying et autres marchandages électoraux vu que l'élection se déroulera à bulletin secret.

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