Le Togolais Kako Nubukpo a-t-il été limogé de l'OIF pour ses positions contre le franc CFA ?

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(Crédits : Page Facebook Kako Nubukpo)
Un livre incendiaire contre la monnaie décriée de 16 Etats africains, une tribune contre le silence des chefs d’Etat sur le franc CFA, une critique de la condescendance d’Emmanuel Macron... Difficile de ne pas établir le parallèle : ses prises de position contre ce qu’il théorise comme la «servitude volontaire» lui ont coûté son poste au sein de l’OIF. Plus grand détracteur du franc CFA, Kako Nubukpo est démis de ses fonctions au sein de l’organisation de la francophonie. Un limogeage qui ne serait pas le fait d'un simple hasard.

Jusqu'au bout, Kako Nubukpo aura tenu tête au top managment de Michaelle Jean, la secrétaire générale de l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF). Dans les bureaux de l'hôtel particulier de l'Avenue Bosquet à Paris qui abrite le siège de l'OIF, l'on aura poussé jusqu'à la dernière minute d'arracher la démission à cet ancien ministre togolais de la Prospective, en charge depuis 2016 de la francophonie économique et numérique. Mais ce docteur agrégé d'économie résiste «par principe».

Limogé «sur protestation de chefs d'Etat»

Sous le couvert d'une violation du devoir de réserve, l'économiste aux portes de la cinquantaine est mis au placard au début du mois «à titre conservatoire». Son salaire suspendu et ses outils de travail confisqués. Une punition vite commuée en limogeage sur «protestation de chefs d'Etat», précisée dans la missive de limogeage.

La formule est vague, mais l'économiste paye le prix de son indépendance récurrente à critiquer aussi bien Emmanuel Macron, le président français, après son oral de Ouagadougou que les chefs d'Etat de la zone franc CFA dans leurs positions sur la question incendiaire de cette monnaie. Même Macky Sall, le président sénégalais en a eu pour son grade après l'expulsion de l'activiste anti-CFA Kemi Seba pour avoir brûlé en public des billets de banque.

Une liberté de ton qui interpelle l'Ivoirien Alassane Ouattara qui a profité d'une rencontre à New York avec la SG de la francophonie pour s'étonner de la présence dans les rangs de l'OIF d'un si critique collaborateur. Si cette «pression politique» ivoirienne n'est pas à la base de l'éviction de Kako Nubukpo, la collusion de son limogeage avec l'actualité peut certainement l'éclairer.

Kako Nubukpo, nouvelle icône du front anti-CFA malgré lui

Emmanuel Macron figure-t-il sur la liste de ce que l'OIF a enveloppé dans l'artifice diplomatique de «protestation de chefs d'Etat» ? Les propos jugés «déshonorants pour les dirigeants africains» dans une tribune acerbe au Monde Afrique contre le président français après son discours de Ouagadougou ont-ils poussé le locataire de l'Elysée à prendre la tête d'un front de protestation anti-Nubukpo contre cet ancien ministre abhorré des palais de la zone CFA ? En tout cas, la concomitance des actualités pourrait le laisser penser.

Connu pour ses diatribes anti-CFA, Kako Nubukpo, au phrasé posé, n'est pas homme à se laisser faire. Tout de suite après la notification de son éviction, il a saisi son avocat et un huissier pour constater les violations présumées dans son licenciement brutal.

L'auteur de Sortir l'Afrique de la servitude monétaire qui plaide pour une sortie immédiate du franc CFA s'apprête à croiser le fer juridique avec ses désormais ex-supérieurs hiérarchiques. Tout comme la hargne policée qu'il met pour son plaidoyer contre cette monnaie pour le moins polémique, Kako Nubukpo pourrait devenir la nouvelle icône d'un front anti-CFA en quête d'un leader moins éruptif et surtout plus expert que Kémi Seba.

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