Togo : Gnassingbé lance l'électrification rurale, l'armée réprime l'opposition

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Affrontements entre manifestants et forces de l'ordre en octobre dernier à Lomé, la capitale du Togo.
Affrontements entre manifestants et forces de l'ordre en octobre dernier à Lomé, la capitale du Togo. (Crédits : Reuters)
Le chef de l'Etat togolais Faure Gnassingbé a lancé dans la région des plateaux du pays ce samedi 2 décembre 2017, son projet d'électrification rurale ''Cizo''. Il s'agit d'un projet qui tient à cœur au président togolais et pour lequel la Banque africaine de développement s'est déjà engagée pour environ 1 million de dollars. Pendant ce temps, dans le pays, fortement mobilisés comme jamais, l'opposition et ses militants qui étaient dans les rues comme depuis le 19 août, se faisaient bastonner et gazéifier.

Faure Gnassingbé continue les initiatives de son mandat social annoncé en début d'année. Ce samedi 02 décembre, le président togolais a procédé au lancement du projet «Cizo»(en guin, langue du sud-Togo, allumer). Selon un communiqué de la présidence togolaise, ce projet devrait permettre l'électrification rurale par kits solaires individuels. Le président togolais s'était rendu à Awagomè (175 km au nord de Lomé, préfecture de l'Ogou) pour lancer les opérations du fournisseur BBOXX.

Les autorités togolaises avaient signé le 19 juillet dernier un accord de partenariat avec la compagnie britannique spécialisée dans les énergies renouvelables, pour la fourniture de 300 000 systèmes solaires domestiques, grâce auxquels les ménages pourront charger cinq lampes, une télévision et une radio sur une batterie de 12 volts. Les kits se présentent sous la forme d'un panneau solaire relié à une batterie qui donne accès à une énergie renouvelable et décentralisée pouvant être utilisée comme solution d'éclairage avec lampes LED et pour faire fonctionner de petits appareils électriques. Ainsi, les autorités ont annoncé qu'au moins 2 500 résidents du village d'Awagomè sont raccordés et que le projet Cizo vise à fournir de l'énergie pas chère et de bonne qualité à 2 millions de foyers. A terme, l'initiative pourra générer 5 000 emplois directs et 4 000 indirects pour un investissement de plus de 68 milliards de francs CFA sur 5 ans, essentiellement financé par des capitaux privés, précise-t-on à la présidence togolaise.

Pour le besoin de financement, le gouvernement togolais assure qu'il y met 8,7 milliards de francs CFA de fonds propres et devra mobiliser le restant auprès des investisseurs privés. De son côté, le 13 août 2017, la Banque africaine de développement (BAD) qui s'intéresse au projet à travers son Fonds des énergies durables pour l'Afrique (SEFA, un fonds hébergé par la Banque) a apporté déjà sa part de 975.000 dollars. «Nous sommes heureux de soutenir le programme d'électrification rurale ''CIZO'' du Gouvernement du Togo destiné à apporter une solution adéquate aux localités éloignées du réseau et faiblement peuplées», a déclaré Ousseynou Nakoulima, directeur du Département des énergies renouvelables et de l'efficacité énergétique de la BAD. La banque ouvre ainsi la porte et le Togo devrait s'attendre à l'intervention d'autres acteurs pour boucler les 60 milliards de francs CFA restants.

L'opposition réprimée

L'opposition politique au Togo n'épouse pas vraiment les différentes actions du chef de l'Etat togolais. Pour celle-ci, la priorité pour le pouvoir devrait être de consacrer le retour de la constitution de 1992, la libération de la totalité des prisonniers politiques et le droit de vote de la diaspora. Comme depuis le 19 août 2017, la coalition de l'opposition a encore appelé le peuple à sortir massivement dans la rue pour manifester. Des manifestations qui ont sombré dans la violence avec certains leaders politiques ''pris à partie'' par les Forces armées togolaises (FAT). L'opposition dénonce aussi des bastonnades de ses militants qui après la marche ont été empêchés de rentrer chez eux par la violence et aussi une nouvelle sortie des milices du pouvoir.

« Togo : plus de 600 000 personnes dans les rues de Lomé à l'appel de la coalition. En fin de journée, barrages bastonnade et gaz lacrymogènes à bar 3K et Attikoumé empêchant les manifestants de rentrer chez eux. Jean-Pierre Fabre (Président de l'Alliance nationale pour le changement (ANC) et Brigitte Adjamagbo Jonhson (coordinatrice de la coalition) ont été pris à partie par les FAT », a twitté Eric Dupuy, le chargé de communication de la coalition.

Les deux leaders de l'opposition étaient allés vérifier une information selon laquelle, leurs militants se faisaient violenter et essuyaient des tirs de gaz lacrymogènes. Le député Robert Olympio, face à la situation,lui, sera obligé d'envoyer un SOS aux organisations de défense des droits humains avant de signaler que Francis Pedro, vice-président de l'ancienne commission électorale et Suzanne Nukafu, membre de l'état-major de l'opposition, « ont été bastonné et souffrent de plusieurs contusions ». Victime, Brigitte Adjamagbo Johnson a twitté elle aussi. «Comme réponse, le détachement présent reçoit du renfort et les gaz lacrymogènes pleuvent et même sur la portière de ma voiture. Dieu merci, le chauffeur a pu se dégager et je suis saine et sauve», a-t-elle écrit avant de s'inquiéter pour la vie des manifestants attaqués. «Mais combien de mes compatriotes n'ont pas eu cette chance ce soir», s'est plainte Adjamagbo-Johnson.

Malgré les nombreuses vaines tentatives de le joindre, alors qu'il était inaccessible, le ministre de la Sécurité et de la protection civile, Damehame Yark a dû surseoir à sa conférence de presse des soirs des manifestations de l'opposition auxquelles il a habitué les médias. Ces évènements se déroulent alors que des préalables au dialogue sont en train d'être discutés entre le gouvernement et l'opposition par l'intermédiaire du président ghanéen Nana Akufo-Addo, médiateur désigné par ses pairs, et le président de l'Union africaine, chef d'Etat guinéen, Alpha Conde. La médiation risque d'être encore plus difficile maintenant.

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