Présidentielle au Liberia : pourquoi le parti au pouvoir conteste le premier tour...

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La présidente du Liberia, Ellen Johnson-Sirleaf, lors de la cérémonie de sa seconde investiture, le 16 janvier 2012. A ses côtés, le vice-président Joseph N. Boakai, aujourd'hui candidat à la présidentielle.
La présidente du Liberia, Ellen Johnson-Sirleaf, lors de la cérémonie de sa seconde investiture, le 16 janvier 2012. A ses côtés, le vice-président Joseph N. Boakai, aujourd'hui candidat à la présidentielle. (Crédits : Reuters)
Le scrutin présidentiel au Liberia est-il entaché d’irrégularités ? C’est en tout cas la conviction du parti au pouvoir. L’Unity Party se joint désormais à trois partis de l'opposition pour contester les résultats du premier tour de la présidentielle de ce 10 octobre en raison d’irrégularités. Plus grave encore, le parti au pouvoir accuse Ellen Johnson, la présidente sortante, d’avoir interféré dans le processus électoral pour faire le jeu de l’ opposition.

La marche vers la première transition démocratique pacifique risque d'être longue pour le Liberia. Alors que le pays vit dans l'attente de connaître le nom de son prochain président, le duel annoncé au second tour entre le sénateur George Weah et le vice-président sortant Joseph Bokai pourrait ne pas se tenir le 7 novembre prochain. Du moins pas dans le scénario dessiné par le premier tour.

En soutien de l'opposition, le pouvoir conteste le premier tour

Après plusieurs hésitations à franchir le pas, le Parti de l'unité a décidé officiellement de saisir la justice d'irrégularités supposées qui auraient entaché le déroulement normal du scrutin présidentiel. Dans un communiqué assez surprenant, le parti au pouvoir soutient la requête en annulation du premier tour de trois partis d'opposition. Un premier tour «caractérisé par des irrégularités systématiques massives et des fraudes», selon le communiqué de l'Unity Party.

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Cette requête du parti au pouvoir qui provoque un séisme politique est d'autant plus incompréhensible que le candidat du parti au pouvoir était qualifié au second tour. Au passage, l'UP s'est offert le luxe de clouer au pilori, Ellen Johnson, la présidente sortante, issue du même parti et accusée d'ingérence dans le processus électoral notamment via des rencontres secrètes avec des juges avant le scrutin.

Plus loin, la présidente sortante qui doit passer le relais, après 12 ans au pouvoir, est accusée de vouloir influencer le vote en faveur de l'opposition. «L'affairisme a refait surface sous sa forme la plus dure, semant à nouveau les graines de la discorde dans le but de perturber la paix fragile au Liberia», indique  Wilmont Paye, le président du Parti de l'unité, dans un communiqué lu à la presse.

Joseph Boakai descend Ellen Johnson pour mieux revenir face à Weah

A l'analyse, la manœuvre du parti au pouvoir est bien habile à une dizaine de jours d'un second tour que l'on annonce joué d'avance en sa défaveur. L'annulation du scrutin du premier tour provoquerait tout de suite l'organisation d'une nouvelle présidentielle avec la vingtaine de candidats précédemment en lice. Pour le Parti de l'unité, cette nouvelle élection permettrait de grappiller des voix à George Weah, l'ultra-favori qui le devance de 10 points, un fossé difficilement rattrapable dans la course à l'Executive Mansion, le palais présidentiel de Monrovia.

Par ailleurs, il faut voir dans cette «crucifixion politique» d'Ellen Johnson, une volonté de Joseph Boakai de se distancier du bilan peu reluisant de la présidente sortante. Vice-président sans interruption aux côtés de cette femme qu'il critique indirectement aujourd'hui, Joseph Boakai n'en est pas l'héritier politique de «Mom» -surnom d'Ellen Johnson.

Renier cet héritage dont il est comptable lui permettrait d'incarner le changement d'un système qu'il a paradoxalement contribué à mettre en place et à faire perdurer. Toute la question est de savoir si cette prise de distance lui permettra de monter la dernière marche pour accéder au Château.

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