Offensive diplomatique : le Burkina de Kaboré courtise l’Egypte d’Al Sissi

Honneurs militaires, conférence de presse commune des deux chefs d’Etat, réception au Palais d’Al Ittihadiya au Caire. Pour une « visite de travail et d’amitié » de Roch-Marc Christian Kaboré, l’Egypte a vu les choses en grand. La visite du président Burkina dans ce pays qui n’est pas dans le cercle des partenaires diplomatiques habituels, n’en est pas moins stratégique. Décryptage.
Ibrahima Bayo Jr.
(Crédits : Reuters)

Ce Boeing 727 qui s'est posé ce mardi 07 mardi à 13h30 (TU), transportait un invité de marque et surprise ! Alors que le régime Compaoré (1987-2014) n'entretenait pas de relations poussées avec l'Egypte, son successeur Roch-Marc Kaboré semble inverser la tendance. Il entame à partir de ce mercredi une « visite d'amitié et de travail » de quatre jours aux pays d'Abdel Fattah Al-Sissi qui l'a reçu dans le faste au Palais de l'Ittihadiya.

Relance de l'axe Ouagadougou-Le Caire

Officiellement la visite de Roch Marc aux pays des Pharaons « vise à renforcer la coopération entre les deux pays ». Commerce, santé, sécurité, investissements, sécurité militaire, ce nouveau rapprochement s'est matérialisé par les thèmes de la séance de travail qui a suivi le cérémonial d'accueil et le tête-à-tête entre Roch-Marc Kaboré et Abdelfattah Al Sissi.

« Je souhaite que la tenue prochaine de la Commission mixte au Caire soit accélérée pour promouvoir les relations entre les deux pays », se presse le général-président. « Entre l'Egypte et le Burkina Faso, les relations sont anciennes et de ce point de vue, nous sommes engagés à faire en sorte que la prochaine rencontre mixte permette de relancer cette coopération de façon intensive dans les domaines de l'éducation, de l'agriculture, de la santé et dans le domaine militaire », a répondu Roch-Marc Kaboré lors de la conférence de presse conjointe.

Le président burkinabé ne devrait pas repartir du Caire, la besace présidentielle vide. A en croire l'agenda officiel, le président burkinabé et sa délégation devraient rencontrer des hommes d'affaires égyptiens. « La visite entre dans le cadre d'un renforcement économique et d'une diversification des partenaires du Burkina. Il faut donc s'attendre à des promesses d'investissements de l'Etat égyptien dans la construction d'infrastructures, dans le secteur des mines, de l'or et même du coton », analyse le politologue burkinabé Abdou Karim Saïdou joint par La Tribune Afrique.

Pour concrétiser son PNDES, un vaste plan de relance économique du pays, Roch-Marc Kaboré recherche des financements via une vaste opération séduction qui l'a amené à Paris en France et à Doha au Qatar. Si la visite en Egypte s'inscrit dans cette dynamique, le volet militaire devrait y peser de tout son poids.

Articuler le dynamisme diplomatique et le front social, le défi Kaboré

Avec le régiment de hauts gradés égyptiens qui a défilé à la résidence présidentielle de Roch Marc Kaboré au bord du Nil, la visite a aussi revêtu un cachet militaire et sécuritaire. En filigrane, le processus lancé pour la création de la force commune du G5 Sahel. « Le président du Faso se cherche des alliés et des partenaires dans le renforcement de sa capacité militaire notamment dans la lutte contre le terrorisme et sur ce plan le rôle de l'Egypte dans le domaine de la sécurité est de plus en plus affirmé », complète Abdou Karim Saïdou.

La visite de Roch-Marc Kaboré en Egypte démontre d'une volonté de la diplomatie burkinabè de sortir de sa zone de confort habituelle pour multiplier ses partenariats bilatéraux. « Cela démontre effectivement d'un dynamisme engagé de la diplomatie du Faso », corrobore Abdou Karim Saïdou à une nuance près. « Mais cela peut aussi avoir l'effet contraire. La grogne sociale dans le pays avec des grèves à répétition notamment dans la fonction publique, le personnel de santé et de sécurité, peut donner l'impression que le présiden n'est pas assez présent sur le plan intérieur », prévient cet observateur expérimenté de la vie politique au Burkina.

Sa solution pour accompagner d'un bon œil ce « voyagisme » présidentiel ? « Il faut trouver l'articulation entre cette grande offensive diplomatique et le front social pour prouver que les investissements recueillis vont permettre de l'améliorer. Tout dépendra de la pédagogie qui sera mise en place pour l'expliquer ».

Ibrahima Bayo Jr.
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