Terrorisme : les calendes sahéliennes de la force du G5

Les futurs soldats, qui devraient être déployés contre les groupes jihadistes dispersés dans le Sahel, semblent être confinés dans les casernes des intentions. L'annonce de la mise en service de la force du G5 dans le courant l'année 2017 pose encore des questions sur son effectivité et surtout son efficacité dans une région devenue un véritable repaire de terroristes.
Ibrahima Bayo Jr.
La force militaire conjointe du G5 Sahel a été mise sur pied en 2015.
La force militaire conjointe du G5 Sahel a été mise sur pied en 2015. (Crédits : Reuters)

Avec les annonces à répétition et les réunions interminables des chefs d'Etat, l'attente est encore prolongée. La concrétisation de la force du G5 Sahel devrait intervenir d'ici la fin de l'année 2017, selon une déclaration d'Abdoulaye Diop, le ministre malien des Affaires étrangères et par ailleurs président du conseil des ministres du G5 Sahel. L'annonce est intervenue en marge d'une réunion d'experts du G5 Sahel et de l'Union européenne qui ont insisté sur la nécessité d'une opérationnalisation rapide de cette force d'intervention trans régionale contre le terrorisme.

Beaucoup d'annonces pour une force qui tarde à entrer en service

Pourtant, malgré cette injonction impérieuse, et en dépit de la validation en avril dernier de la mise en place de la force par l'Union africaine(UA), les bruits de bottes des soldats appartenant à cette unité antiterroriste sous-régionale ne se font encore entendre au Sahel. L'opérationnalisation est toujours à la traîne alors que les armées burkinabè, malienne et nigérienne sont les cibles d'attaques sporadiques de groupes terroristes utilisant le Mali ou sa frontière comme base de repli.

Face à cette poudrière, pourquoi cette force de défense du Sahel tarde-t-elle à voir le jour ?La force du G5 Sahel, créée sur le papier le 20 novembre 2015 lors du sommet de l'organisation à N'Djamena, la capitale tchadienne, souffre d'abord du manque de volonté politique. Près de deux ans après sa création, les chefs d'Etat qui la dirigent se limitent à d'interminables réunions et à des déclarations d'annonce sur cette «urgence à agir», soulignée lors du sommet de Bamako en février dernier.

Au-delà des échanges, les présidents malien, burkinabé, mauritanien, nigérien et tchadien ont-ils pris des mesures urgentes pour accélérer l'effectivité de la force ? Aujourd'hui, ni la composition, ni le financement et encore moins les missions prioritaires de la force n'ont été détaillés. Pour ajouter des inconnues à cette équation déjà trop complexe, le commandement de la force, son fonctionnement et son équipement jettent un voile sur le début de lancement de la force du G5 Sahel.

Effectivité de la force face aux blocages

Et puis, il y a ces problématiques beaucoup plus profondes. «Maintenant, nous attendons aussi dans les prochaines semaines de pouvoir avoir un endossement du Conseil de sécurité de l'ONU pour nous permettre de pouvoir opérer très clairement», a fait savoir Abdoulaye Diop, le chef de la diplomatie malienne. Même si l'UA a validé le ticket de création de la task force et que l'Union européenne offre sa collaboration, il faut attendre le mandat du Conseil de sécurité qui devra délimiter les contours des missions d'intervention de la future mission.

Autre point de blocage, l'efficacité de la force de défense sahélienne. La sécurisation concerne une vaste zone à cheval sur plusieurs pays dont les frontières sont trop peu sécurisées. Sur le terrain, on imagine mal comment cette force sahélienne réussira à repousser des colonnes de jihadistes aussi déterminés que surarmés. Les armées des pays sahéliennes, sous-équipées, envisagent donc de remporter une guerre asymétrique contre un ennemi profitant de la porosité aux frontières, là où les forces étrangères d'intervention ont prouvé leur inefficacité.

Il ne faut d'ailleurs pas exclure que la célérité à vouloir mettre en place le Sahel de la défense soit une parade à vouloir masquer l'échec de la Minusma de l'ONU et de la mission française Barkhane, malgré la sophistication et la technologie utilisée. Le Sahel est devenu un mouroir pour les soldats des forces étrangères et des armées africaines, mais aussi le nid d'essaimage de groupes terroristes qui font peser face à une insécurité grandissante dans les pays voisins.

Ibrahima Bayo Jr.
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