Sénégal : l’affaire Khalifa Sall déclenche un clash à l’Assemblée nationale

« Taisez –vous, taisez-vous, taisez-vous ! ». Il aurait peut-être fallu le secours d’un verre d’eau pour éviter à Moustapha Niasse, le président de l’Assemblée nationale, une crise de suffocation tant il haussait le ton du haut de son perchoir face au député Barthélemy Dias. En embuscade lors de la séance de questions orales au gouvernement, ce proche de Khalifa Sall a apostrophé le Premier ministre, ce qui a enflammé les débats dans l’hémicycle sur l’incarcération du maire de Dakar.
Ibrahima Bayo Jr.

4 mn

(Crédits : DR)

La quasi-totalité de la presse sénégalaise a barré sa Une avec cette acrimonieuse séance de questions orales. Les rutilants boubous en bazin amidonné qu'arboraient les députés, ce jeudi 23 mars, n'ont pas été sortis pour un jour de fête. Un peu plus tôt dans la matinée, Massamba Sall, le doyen des juges, recevait dans son bureau du Palais de Justice de Dakar, Khalifa Sall pour une confrontation avec son directeur administratif et financier (Daf), dans l'affaire de la caisse d'avance.

L'invective de Barthélémy Dias en direction du Premier ministre

Le tohu-bohu des manifestants, pancartes à l'effigie du maire de Dakar à la main venus lui témoigner leur soutien, s'est déplacé à l'Assemblée nationale où les députés sénégalais soumettaient le chef du gouvernement à la traditionnelle séance de questions orales. Certains députés ont trompé les scans rétiniens en se réfugiant derrière de grosses lunettes noires, d'autres, pour ne pas annoncer l'orage qui allaient venir, affichaient un sourire de circonstance.

Jusqu'à ce que le premier ministre s'aventure dans les eaux troubles de l'affaire Khalifa Sall, pendante devant la justice depuis l'incarcération du maire de Dakar accusé d'un détournement de 2,7 millions d'euros ! Et c'est Moustapha Diakhaté, le président du groupe parlementaire de Benno Bokk Yaakaar (BBY, mouvance présidentielle) qui évoque la « caisse d'avance » de la discorde dans une question au Premier ministre.

« Pourquoi un maire, pourquoi un député devrait être libre de faire tout ce qu'il veut, de commettre des infractions sans frais ? Nous ne sommes pas des va-t-en guerre, par contre nous sommes pour la loi et rien que la loi. L'égalité de tous les citoyens devant la loi », a argué Mouhamed Boune Abdallah Dione

Et le chef du gouvernement sénégalais de renchérir. « Pour parler de Dakar, il faut savoir qu'il n'y a pas de fonds politique dans ce pays, il y a des fonds spéciaux ». Depuis son siège, Barthélémy Dias, maire de Mermoz-Sacré-Cœur, proche du maire de Dakar, rumine sa réponse, les mots lui brûlent la bouche. A contre-courant des règles de prise de parole, il se lève, allume son micro et déclenche les joutes verbales.

« Objection, monsieur le président !», interrompt-il en s'adressant à Moustapha Niasse. Il s'en suit un échange dans le brouhahaha. « « Vous ne pouvez pas intervenir, vous violez le règlement intérieur », intervient le président de l'Assemblée nationale à en rompre ses cordes vocales.

«Pour prendre la parole on la demande. Demandez la parole. Vous n'avez pas le droit de prendre la parole sans qu'on vous la donne. Asseyez-vous je vous en prie, au nom de tous les députés je vous le demande », ordonne-t-il. Sans tenir compte de l'injonction, Barthélémy Dias poursuit. « Ici ce n'est pas le tribunal pour la mairie de Dakar, nous sommes à l'Assemblée nationale, le Premier ministre ne doit venir que pour informer les citoyens ». Et l'occupant du perchoir de couper encore.

Vers une hausse du thermomètre politique avec les législatives?

 « Regardez, lisez le règlement intérieur, lisez les articles 53,54, 55, 56 et 57. Je ne vais pas vous les appliquer parce que je vous respecte en tant que député. Si je les applique vous quittez la salle », menace Moustapha Niasse en brandissant le règlement de l'Assemblée nationale. Sans se faire prier, le député-maire de Sacré-Cœur, lance une dernière pique. « S'il vous plaît ne jugez pas le maire de Dakar ici, ce n'est pas un tribunal », assène-t-il avant de sortir.

L'échange tendu donne la température de la bataille politique autour de cette affaire judiciaire qui défraie la chronique. Les partisans du maire de Dakar dénoncent une « cabale politique » et ont engagé une riposte politique et médiatique pour blanchir leur champion. De l'autre côté, la mouvance présidentielle avance l'indépendance de la justice et la reddition des comptes publics.

Les avocats du maire de Dakar ont introduit une demande de liberté provisoire après une confrontation qui aura duré plus de cinq heures. Et certains partis d'opposition, le Grand parti de Malick Gackou ou encore le PDS d'Abdoulaye Wade, envisagent déjà de faire du maire, la tête de liste pour les élections législatives de juin prochain.

Depuis la chambre spéciale de la prison urbaine de Rebeuss, le maire de Dakar pourrait mener un autre combat. A moins de trois mois de l'échéance électorale, le thermomètre politique au Sénégal pourrait grimper au point de donner des sueurs froides au camp d'en face !

Ibrahima Bayo Jr.

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