Qui est Mohamed Abdullahi Mohamed, le nouveau président somalien ?

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(Crédits : Reuters)
La Somalie vient de désigner, ce 8 février 2017, son nouveau président de la République. Mohamed Abdullahi Mohamed, c’est son nom, a été élu 9ème président de la République fédérale somalienne au terme d’un scrutin particulièrement long. Au-delà des défis qui se résument à la restauration de l’autorité de l’Etat et à la reconstruction économique, qui est le nouveau président somalien ? Eléments de réponses.

« L'histoire est en train de se réécrire. Nous venons d'emprunter ce chemin qui mène à la démocratie ». Cette exclamation de Hassan Cheikh Mohamoud, le président sortant, élu en 2012 qui a reconnu sa défaite dès le deuxième tour de vote, résume bien ce jour historique du 8 février 2017 en Somalie.

Le premier président de l'après-guerre civile

Après une guerre civile longue de plus de 25 ans qui aura mis à mal les fondements et l'autorité de l'Etat, Mohamed Abdullahi Mohamed devient le 9ème président. Pour arriver à cette consécration, ce maheran - ethnie majoritaire du clan des Darod - affublé d'une moustache fournie a dû passer par un laborieux processus de vote au suffrage universel indirect.

Face à 21 prétendants au fauteuil, Mohamed Abdullahi Mohamed, âgé de 54 ans, a raflé, dès le deuxième tour, les 184 votes des 328 députés et sénateurs qui ont désigné le président dans l'enceinte de l'aéroport de Mogadiscio, transformé pour l'occasion en congrès électif.

La politique est presque héréditaire au sein de la famille Mohamed. A sa naissance, ce 5 mai 1962 à Mogodiscio, ses parents étaient déjà des militants réguliers de la Somali Youth League (SYL), le premier parti politique postindépendance de ce petit pays d'Afrique orientale d'abord sous tutelle italienne, puis sous protectorat britannique.

La carrière américaine comme tremplin pour le pouvoir

Le jeune Mohamed Abdullahi fait partie de cette génération de Somaliens qui ont quitté très tôt le pays pour se construire une carrière à l'étranger loin du népotisme et des conflits claniques qui ont caractérisé le régime du général Maxamed Siyaad Barre -lui-même issu du clan Darod.

A 23 ans, après avoir collaboré avec plusieurs ONG internationales en tant que fonctionnaire des Affaires étrangères, Mohamed Abdullahi s'envole pour les Etats-Unis où il est affecté en tant que premier secrétaire de l'Ambassade de Somalie à Washington jusqu'en 1989.

De son passage au pays de l'Oncle Sam, il en profite pour parfaire sa formation. C'est ainsi qu'il intègre l'Université d'Etat de New York où il décroche une licence en Histoire et un master en science politique.

Après avoir acquis la nationalité américaine, l'homme fera carrière au sein de la municipalité de Buffalo (New-York) dans la commission des Finances avant de devenir gestionnaire des affaires pour l'égalité d'accès à l'emploi pour les minorités à Erié (en Pennsylvanie) et commissaire pour l'équité de l'emploi dans le département des transports à Buffalo.

En 2010, il fait la rencontre qui va changer le cours de sa vie. Alors en visite à New-York, Sharif Sheikh Ahmed, le chef de l'Etat somalien de l'époque demande à rencontrer cet Américain d'origine somalienne très populaire dans les milieux diplomatiques. Il est séduit par la pertinence d'analyse de l'homme qui avait fait une thèse sur les intérêts américains en Somalie.

Cet épisode fera de Mohamed Abdullahi, le premier ministre de la Somalie de novembre 2010 à juin 2011. Après ce bail à la primature somalienne, il lance son propre parti, le Tayo Political Party (TPP) qui plaide pour un retour de la diaspora somalienne pour sortir le pays des troubles politiques nés de la guerre civile déclenchée en 1991.

L'homme de l'espoir

Surnommé « Formajo » (« fromage ») - surnom hérité de son père-, Mohamed Abdullahi se présente sans succès à la présidentielle de 2012 dans ce pays miné par une guerre qui n'en finit jamais. Celle-ci a acté la dislocation du pays entre les États du Somaliland et du Puntland, situés au nord et respectivement indépendant et autonome. Pour compliquer la situation, la région du Galmudug, situé au sud, a déclaré son autonomie.

Face à cette situation presque inextricable et à l'impopularité d'un président sortant incapable de restaurer l'autorité de l'Etat, Formajo s'est appuyé sur les valeurs de son parti qui plaident pour l'unité nationale face à la terreur des Shebbab. Mais aussi sur sa réputation d'homme politique honnête, éloigné de la corruption qui a gangréné le pays au point d'être taxé d'Etat défaillant.

Somalie-élection

Les manifestations de joie qui ont accueilli son élection, ce 8 février, témoignent du vent d'espoir qui accompagne son entrée à la Villa Somalia, le palais présidentiel. Son élection ne lui laisse aucun répit pour des célébrations. Mohamed Abdullahi devra reconstruire un pays ruiné par la guerre, rongé par la corruption et à la population menacé par la famine.

Plus que cela, il devra remettre sur les rails une économie de survie. Dans ce tableau sombre, Mohamed Abdullahi apparaît comme la lumière de l'espoir. Celui de voir émerger une Somalie nouvelle !

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