Gambie : les hommes et les femmes du président

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(Crédits : Reuters)
C’était l’un des 4 chantiers prioritaires qui attendaient le troisième président de la Gambie. Une semaine après un retour d’exil triomphal à la suite du départ, le 20 janvier 2017 de Yahya Jammeh, le nouveau président gambien a dévoilé la liste des ministres qui vont constituer le premier gouvernement de l’ère post-Jammeh. Une équipe resserrée mais dont la nomination, marquée par des absences de taille, n’est pas encore achevée. Voici les hommes et les femmes du président Adama Barrow.

Adama Barrow, le nouveau président gambien a mis à profit ses deux semaines d'exil à Dakar pour réfléchir à la formation de son gouvernement. C'est en effet depuis la capitale sénégalaise que le tombeur de Jammeh annonçait déjà détenir les noms qui devaient constituer la liste de son équipe gouvernementale. Passé l'épisode de la violation de la limite d'âge (60 ans) constitutionnelle lors de la nomination de la vice-présidente (65 ans), Adama Barrow a dévoilé, ce mercredi 01 février, une équipe gouvernementale restreinte composé de 11 membres.

Le poste de ministre des Affaires étrangères revient à Ousainu Darboe. Cet opposant historique à Yahya Jammeh à échoué à trois reprises à battre par les urnes, l'homme fort de Banjul. Président du Parti démocrate unifié (UDP), cet avocat de formation devait être le candidat investi par son parti pour tenter à nouveau sa chance contre Jammeh. Mais l'homme avait été condamné en juillet 2016 à trois ans de prison pour avoir participé à une manifestation non autorisée de l'opposition. C'est un certain Adama Barrow, alors trésorier du même parti qui fut finalement investi à sa place avec la suite que nous connaissons.

Ensuite, le gouvernement Barrow c'est un peu le partage du pouvoir entre les membres des sept autres partis de l'opposition qui ont fait bloc derrière un candidat unique pour abréger les 22 ans de règne de Yahya Jammeh.

Isatou Touray, militante de la Gambia Democratic Congress (GDC) se voit nommée ministre du Commerce, de l'intégration régionale et de l'emploi. D'abord candidate indépendante à la présidentielle de décembre, cette militante du Comité Gambie contre les pratiques traditionnelles (Gamcotrap), une ONG de défense des droits des femmes et des enfants, avait fini par soutenir Adama Barrow.

Arrivé troisième à la présidentielle de 2001, Hamat Bah, est le leader du parti de la réconciliation nationale (NRP, acronyme anglais). Lorsqu'il rejoint une coalition de 4 partis en 2005, la Cour suprême lui retire son siège pour appartenance à deux entités politiques en même temps. Battu aux législatives de 2007 par un membre de l'APRC, le parti de Jammeh, Hamat Bah est aujourd'hui le ministre de la Culture et du Tourisme.

Le très tactique maroquin de ministre de l'Intérieur est revenu à Mai Ahmad Fatty. Après un exil de 5 ans pour avoir dénoncé l'irrégularité de la présidentielle de 2011, ce chef du Congrès moral de Gambie (GMC, acronyme anglais) est rentré en novembre 2016 pour apporter le soutien de son parti à la coalition 2016 qui a porté Barrow au pouvoir. Auparavant, cet avocat de formation a multiplié les contacts avec la diaspora gambienne pour la tenir au courant des « exactions du régime ».

Lors de la crise post-électorale de 2016, Mai Ahmad Fatty sera le conseiller spécial de la coalition et du président. Il n'hésitera pas à accuser Jammeh d'avoir pillé les caisses de l'Etat avant son départ pour la Guinée Equatoriale avant de se faire remonter les bretelles. Sur son tout nouveau bureau, la refonte des redoutables hommes de la National Intelligence Agency (NIA, les services de renseignements) rebaptisé State Intelligence Services (SIS).

Parmi les prisonniers libérés en même temps qu'Ousainou Darboe, son camarade de parti et prédécesseur de Barrow à la trésorerie de l'UDP, Amadou Sanneh est en charge du ministère de l'Economie et des Finances. Il rejoint dans le gouvernement, Omar Amadou Jallow, leader du Parti du peuple et du progrès (PPP, acronyme anglais) dirigera le département de l'Agriculture. Tambadou Ba, un ancien procureur à la Cour international de justice et farouche militant de l'ONG britannique Human Rights Watch est le Garde des Sceaux et ministre de la Justice. Si Henry Gomez est le ministre en charge de la Jeunesse et des Sports

Equipe resserrée et absences remarquées

La nouvelle équipe gouvernementale est resserrée car même avec les sept nominations attendues au cours des prochains jours, le gouvernement gambien ne devrait compter au plus qu'une vingtaine de membres. Mais certaines absences dans l'équipe gouvernementale peuvent être perçues comme curieuses. Sont-elles retardées par des négociations de coulisses au sein de la Coalition Gambie 2016, celle qui porta Barrow au pouvoir ? Des brouilles seraient-elles apparues lors de la répartition des postes ministériels ?

On ne saurait le dire. Halifa Sallah, le porte-parole de la coalition et du président Adama Barrow, brille par son absence. Pressenti pour être le ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement, le président de l'Organisation démocratique du peuple pour l'Indépendance (PDOIS, acronyme anglais), n'a pas été formellement nommé.

L'annonce la plus attendue est sans doute de savoir comment le nouveau président compte régler la question de l'inconstitutionnalité de la nomination, ce 23 janvier, de Fatumata Jallow Tambadjang. A 67 ans, Fatumata Jallow, trop âgée pour être nommée au poste de vice-présidente dont la limite d'âge est fixée à 60 ans, pourrait ne pas succéder à Isatou Njie-Saidy.

Parfaite bilingue -elle a une licence en français de l'Université de Nice -, Fatumata Jallow Tambadiang aura traversé tous les gouvernements de la Gambie. Conseillère de Dawada Jawara (premier président de la Gambie), elle est ministre de la Santé et du Bien-être social dans le cabinet de Jammeh avant de rejoindre en 2015, le camp de l'opposition. Particulièrement virulente envers le régime Jammeh après avoir rejoint la coalition d'opposition, elle n'hésitait pas à promettre à Yahya Jammeh un aller sans retour à la CPI.

Pour valider sa nomination, Adama Barrow devra nommer une autre personnalité à ce poste stratégique ou modifier la constitution de la Gambie au risque de rappeler de mauvais réflexes qui pourraient raviver de mauvais souvenirs.

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Commentaires
a écrit le 03/02/2017 à 12:09 :
Le conseil que je donnerais au nouveau pouvoir en Gambie,c'est de ne pas reprendre les erreurs des pouvoirs passés afin de permettre aux gambiens de tout bord de se réconcilier pour l'intérêt de leur pays ,c'est-à-dire associer toutes les sensibilités au pouvoir et introduire deux (02) partis politiques en instaurant les primaires au sein de chaque parti politique comme aux États Unis .C'est à ce prix qu'il pourra réussir son pari pour une nouvelle Gambie rayonnante .

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