Législatives en Côte d’Ivoire : les surprenants résultats des urnes

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(Crédits : Reuters)
La commission électorale indépendante ivoirienne s’est hâtée lentement. Les électeurs ont dû patienter 24 heures après le vote avant de connaître les premiers résultats officiels. Sur les antennes sur la RTI, la télévision publique, la commission électorale indépendante a joué au scénariste en dévoilant par épisodes entre deux journaux télévisés ou films, le feuilleton des résultats des législatives du 18 décembre dernier, circonscription par circonscription. Mais la surprise des urnes fera peut-être oublier l’attente angoissée des résultats.

Après des heures d'attente de suspens, les résultats des élections législatives ivoiriennes, encore incomplets, donnent le Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP), la coalition au pouvoir, vainqueur en nombre de sièges. Elle rafle 116 sièges sur les 255 à pourvoir pour la première législature de la IIIè République. Le président Alassane Ouattara peut désormais souffler. Sa coalition avait vacillé en raison de dissensions internes et de querelles sur le choix des listes communes qui s'est soldé par des éjections poussant certains à outrepasser la discipline de parti pour se présenter en cavaliers seuls. Et le président avait dû jouer de son aura pour appuyer les candidats.

Alassane Ouattara assuré d'avoir sa « forte majorité »

Pour certains ténors de cette coalition notamment au sein du Rassemblement des Républicains (RDR), le parti au pouvoir, le scrutin législatif avait des allures de plébiscite. A Séguéla (nord-ouest), Hamed Bakayoko, le ministre de l'Intérieur, a fait un carton plein à 100% de votes sans bulletin nul ni blanc. De quoi donner un concert gratuit aux populations de la ville aux frais du ministre de l'Intérieur.  Avec 99,8% des voix, Téné Birahima Ouattara, le frère du président ivoirien a failli atteindre le score parfait. A Ferkessédougou, Guillaume Soro, le président sortant de l'Assemblée nationale, a montré ses muscles dans les urnes. Gardera-t-il son perchoir quand on sait que le président de l'hémicycle n'est plus, suite à l'adoption de la dernière version du texte républicain, le dauphin constitutionnel du président de la république.

Avec des scores moins staliniens, Amadou Gon Coulibaly, le puissant Secrétaire général de la présidence, a arraché son siège à Korhogo. D'autres ministres du gouvernement Ouattara siègeront à la Chambre basse du parlement sous la nouvelle constitution. Une victoire à l'emporte-pièce de la majorité qui permet à Alassane Ouattara d'avoir sa « forte majorité » pour gouverner à son aise durant les 4 prochaines années de son second et dernier mandat.

Des « grands » sombrent

Mais dans le camp Ouattara, les urnes ont également apporté des résultats inattendus. Candidate du RHDP, Sara Fadiga Sako, la vice-présidente de l'Assemblée nationale a perdu sa branche au perchoir dans son fief de Touba et pourra désormais travailler pour le RDR.

A Yamoussoukro, le fief de Félix Houphouët-Boigny, le Parti démocratique de Côte d'Ivoire(PDCI) d'Henri Konan Bédié a dû mal à faire passer la pilule de la défaite devant une percée des candidatures indépendantes de membres écartés de la course. L'actuel ministre de l'Environnement, Allah-Kouadio Remi issu du PDCI n'aura pas un siège à l'assemblée nationale. Son collègue du même parti, Nabo Clément, ancien ministre des Eaux et Forêts a également mordu la poussière dans la ville de San Pedro.

Le duel aux allures de présidentielle entre Affoussiata Bamba Lamine, la ministre de la Communication et Yasmina Ouégnin, députée écartée du PDCI a tourné à l'avantage de la seconde qui se présentait en « rebelle » indépendante. Son camarade, Soro Kanigui Mamadou en cavalier seul, a légitimé son siège par le vote populaire en dehors de son parti.

Le retour manqué du FPI et l'émergence des indépendants

Les « Colombes » du Front populaire ivoirien (FPI) ont bravé le boycott des « Faucons » d'Aboudramane Sangaré, le « jumeau de Laurent Gbagbo », pour marquer leur retour. A la cuisante défaite de Pascal Affi Nguessan à la présidentielle d'octobre 2015, il faut désormais ajouter la bérézina du FPI des « Colombes ».

Ces derniers qui tablaient sur une razzia d'une trentaine à une cinquantaine de sièges pour s'imposer au sein de l'hémicycle, sont repartis bredouilles ou presque. Le FPI n'a remporté qu'un seul siège avec Kouman Yao Nguettia. Il faudra y ajouter la possible victoire de Pascal Affi Nguessan dans son fief de Bongouanou. Mais la déroute est totale avec les défaites de Marcel Gossio, ancien DG du port d'Abidjan Alcide Djédjé à l'ancien ministre des Affaires étrangères et bien d'autres.

Un enseignement dans ces législatives. Les frondeurs des grands partis qui se sont présentés en indépendants ont raflé 50 sièges, selon les résultats provisoires. L'heure est peut-être venue de décréter une indépendance dans la façon de siéger, hors des cadres des partis. Les intérêts du peuple seraient alors défendus sans calculs politiciens.

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Commentaires
a écrit le 22/12/2016 à 22:39 :
Qu est ce que vous appelez commission electorale indepandente? C EST UNE COMMISSION QUI EST DEPANDENTE DES PARTIS POLITIQUES.ELLE N EST PAS INDEPANDENTE. PAS DU TOUT
a écrit le 20/12/2016 à 14:17 :
Vu la compromission de plus en plus visible de nos politiciens avec les hommes d'affaires il est évident que les candidats indépendants vont être de plus en plus sollicités, cela devrait permettre aux vieux partis tout corrompus de gagner du temps avant leur renversement.

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