Gambie : un opposant unique pour faire trembler l’inamovible Yahya Jammeh

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L'opposant Adama Barrow de l'UDP, a été désigné candidat de l'opposition = pour la présidentielle de décembre enGambie
L'opposant Adama Barrow de l'UDP, a été désigné candidat de l'opposition = pour la présidentielle de décembre enGambie (Crédits : DR)
Nouveau rebondissement sur le chemin de la présidentielle gambienne de décembre prochain. Alors que l'on pensait que l'opposition gambienne irait à cette échéance historique en rangs dispersés, elle vient de montrer un signe d'unité en désignant Adama Barrow, candidat unique de l'opposition. De quoi faire trembler Yahya Jammeh, l'homme fort de Banjul? Eléments de réponse.

Quatre fois en 20 ans et des présidentielles presque jouées d'avance, aucun opposant gambien n'a réussi à « renverser » l'indéboulonnable président gambien Yahya Jammeh. Plusieurs ont essayé, certains en ont été proches mais tous ont échoué à mettre fin au règne du maître de Banjul, le fantasque président au pouvoir depuis 22 ans. La cinquième tentative sera peut-être la bonne, au regard du message d'unité affiché par l'opposition gambienne.

Primaire historique et candidat unique

Ce dimanche, lors d'une primaire exceptionnelle tenue à Banjul dans la capitale gambienne, sept des huit partis d'opposition ont désigné un candidat unique pour la présidentielle du 1er décembre prochain. Ce sont en tout 308 délégués d'opposition sur les 487 issus des sept régions administratives de la Gambie qui ont désigné Adama Barrow, membre du Parti démocrate unifié (UDP) candidat de l'opposition pour la présidentielle du 1er décembre 2016 devant ses rivaux Halifa Sallah de l'Organisation démocratique du peuple pour l'indépendance et le socialisme (PDOIS) et Lamin Bojang du Parti de la Convention nationale (NCP).

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 Au soir du 1er décembre, Adama Barrow fera donc face à Yahya Jammeh au cours d'une présidentielle dans laquelle le président gambien est candidat à sa propre succession pour un cinquième mandat. L'homme d'affaires de 51 ans, qui a fait fortune dans l'immobilier, compte bien abréger la longévité de Jammeh au pouvoir en raflant le maximum de voix des 885.000 électeurs des 53 circonscriptions du pays. Pour réussir la mission qui pèse sur ses épaules, Adama Barrow, a enfourché le cheval de l'union pour évincer l'actuel président du « State House », le palais présidentiel.

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"Nous avons mis nos différends de côté dans l'intérêt de ce pays. Les Gambiens sont fatigués par 22 ans de mauvaise gestion de Yahya Jammeh, auxquels nous mettrons fin quand nous irons aux urnes", a clamé le candidat unique de l'opposition. Mais ce père de deux enfants ne se fait pas d'illusions sur ce qui l'attend à cette échéance qui débutera le 16 novembre, date de lancement officiel de la campagne électorale.

Un duel d'hommes...

Face à lui, Yahya Jammeh, l'homme fort de Banjul. A 51 ans, ce lieutenant de l'armée est au pouvoir depuis 22 ans. C'est en 1996 qu'il arrive au pouvoir en renversant, avec quatre hommes seulement et sans effusion de sang, le président Dawda Jawara. L'homme qui a depuis troqué son treillis militaire pour un boubou blanc, un coran, un chapelet et son légendaire sceptre, a été élu, puis trois fois réélu. Il dirige la Gambie d'une poigne de fer avec des accusations, jamais prouvées et toujours niées, d'exécution sommaires, harcèlement de la presse et de la société civile et de disparitions mystérieuses.

Pour cette présidentielle de l'espoir, les règles électorales ont été durcies. La nouvelle loi prévoit en effet le versement d'une caution de 500.000 Dalasis (la monnaie gambienne soit l'équivalent de 12.500 dollars US). Le prétendant au fauteuil du « State House » devra également faire renouveler la reconnaissance légale de son parti moyennant 12.500 dollars en sus sans compter qu'il devra installer des permanences dans toutes les sept régions du pays.

... arbitré (peut-être) par une femme

Malgré ces obstacles, Adama Barrow semble bien déterminé à incarner le candidat « unique » de l'opposition. « Unique » à une exception près! La Gambia Democratic Congress (GDC) portée par la candidate indépendante Isatou Touray n'a pas participé au congrès de l'opposition. Cette militante de 60 ans au sein du Comité Gambie contre les pratiques traditionnelles (Gamcotrap), une ONG de défense des droits des femmes et des enfants, pourrait se poser comme la « troisième voie » dans le duel d'hommes que compte se livrer Jammeh et Barrow. L'espoir de la voir être la seule femme candidate à cette élection relance le débat d'une présidentielle à trois candidats voire plus. Le symbole de son mouvement très populaire auprès des femmes: un balai. Tout un symbole !

Pour l'heure, peu d'informations filtrent sur son soutien ou non à la candidature unique de Barrow. La dame s'est murée dans un silence qui ajoute encore du suspens à cette page historique du roman politique de la Gambie. A moins que son silence ne signifie qu'elle est décidée à ravir la vedette aux deux hommes et devenir, peut-être... la première femme présidente de la Gambie.

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