Côte d’Ivoire : un référendum en forme de test pour Ouattara

Il l’avait promis depuis son accession au pouvoir, et avait reculé l’échéance à maintes reprises. Désormais, Alassane Ouattara est face à son destin avec le scrutin référendaire de ce dimanche qui sonne comme une consultation très « gaullienne » dans laquelle le chef de l’Etat Ivoirien a mis tout son poids dans la balance, réussissant à coaliser contre lui une opposition très divisée depuis son accession au pouvoir en mai 2011.

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Alassane Ouattara, quittant la tribune de l'ONU, en Septembre 2016
Alassane Ouattara, quittant la tribune de l'ONU, en Septembre 2016 (Crédits : Reuters)

En toute vraisemblance, le scrutin devrait être favorable au Chef de l'Etat, les opposants à la réforme ayant appelé au boycott. Reste l'inconnue du taux de participation, lequel, selon les observateurs, devrait être relativement faible malgré la forte mobilisation du pouvoir pour envoyer les ivoiriens aux urnes.

Car ce référendum, Alassane Ouattara l'a voulu, au risque de dresser contre lui une partie de l'opinion publique ivoirienne qui l'accuse de vouloir un renforcement des prérogatives de l'exécutif afin d'accroître l'interventionnisme de la Présidence.

 En réalité, les amendements constitutionnels proposés par le référendum révèlent presque les failles intime le Président Ivoirien, tant ils touchent à son passé politique, mais également à son avenir.

 Réconcilier le passé avec l'avenir

En effet, dans ses dispositions principales, le texte propose d'amender le concept très controversé d' « ivoirité », qui avait de facto fermé les portes du palais présidentiel à Ouattara pendant près de trois décennies.  Le nouveau texte consacre également la création d'un poste de Vice-président, qui permettrait à Ouattara d'organiser relativement sereinement une succession qui s'annonce d'ores et déjà très compliquée. Avec ce référendum, Ouattara veut donc réconcilier le passé avec l'avenir, et fermer ainsi une page de l'histoire politique contemporaine qui l'a meurtri dans sa chair.

 L' « ivoirité » au cœur de la consultation

Concernant la notion floue d' « ivoirité », qui avait en son temps été brandie par ses adversaires pour l'empêcher de se présenter aux élections présidentielles de 1995 et de 2000, le nouveau texte prévoit que les futurs candidats à l'élection devront se prévaloir uniquement d'un seul parent ivoirien de naissance. En abrogeant le fameux article 35 qui avait profondément divisé la Cote d'Ivoire, Ouattara souhaite symboliquement tirer un trait sur près de trois décennies d'instabilité dans le pays, et permettre ainsi l'écriture d'une nouvelle séquence politique.

 Un Vice-Président à l'américaine ?

La seconde disposition phare, la création d'un poste de Vice-Président, a pendant quelque temps fait jaser la classe politique ivoirienne sur l'état de santé du Chef de l'Etat. Certains esprits malins y voyaient une tentative de placer un dauphin présomptif tout en  permettant au clan présidentiel de continuer à tirer les ficelles si Alassane Ouattara venait à tomber malade. En réalité, cette disposition viendrait consacrer une situation de fait en Côte d'Ivoire, où la Présidence exerce un pouvoir qui va bien au delà de ses prérogatives constitutionnelles, le cabinet du Président faisant office de « gouvernement bis » avec des technocrates aux pouvoirs étendus.

Bakayoko et Soro en embuscade

De surcroît, cette disposition pourrait s'avérer fort utile dans un contexte où deux prétendants principaux ont émergé pour succéder à Ouattara, se livrant une guerre sans merci où tous les coups sont permis. D'un côté, le ministre de l'intérieur, Hamed Bakayoko, qui avance ses pions et cache  de moins en moins son ambition. De l'autre, Guillaume Soro, Président de l'Assemblée nationale, et surtout allié précieux de Ouattara lors de la crise institutionnelle de 2011. L'un tient la police, l'autre un carré de militaires fidèles. Les deux semblent animés d'une détermination sans faille et prêts à l'affrontement pour obtenir la fonction suprême.

Si Ouattara venait à désigner l'un des deux au poste de vice-président, une partie de la question de la succession serait réglée, car en Afrique plus qu'ailleurs, l'adoubement par l' « ancien » constitue un avantage important.

Reste qu'il sera loisible au Président, afin d'éviter d'avoir à trancher dans ce conflit annoncé, de désigner une personnalité neutre. A ce jour, le jeu reste ouvert, et seul Alassane Ouattara, en tacticien florentin, sait sur qui il portera son choix...

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