Yassine Bouhara, poisson pilote du futur méga consortium solaire algérien ?

Annoncé en grande pompe lors du sommet « Powering Africa Forum » qui s'est tenu le 13 mars à Washington, le mégaprojet solaire algérien visant la production à terme de 4050 MW devrait voir au moins un acteur se constituer rapidement, sous forme de consortium porté par le financier Yassine Bouhara, Ex banquier de Deutsche Bank et UBS. La Tribune Afrique a eu accès en exclusivité aux détails de ce projet.

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(Crédits : DR)

Retrouver de la marge de manœuvre budgétaire et diversifier l'économie. C'est devenu depuis la chute brutale des cours du pétrole fin 2014 une obsession quotidienne pour le chef de l'exécutif algérien, Abdelmalek Sellal, ainsi que pour la nouvelle génération de chefs d'entreprises algériens, pour la plupart coalisés au sein du Forum des Chefs d'Entreprises (FCE), dirigé par Ali Haddad.

Depuis une année, la bataille pour la diversification est engagée sur plusieurs fronts, mais un secteur en particulier est mis tout en haut de la pile : le développement des énergies renouvelables, et au premier chef l'énergie solaire. Il faut dire qu'il y a urgence, les réserves en devises de l'Algérie ont en effet perdu 40% de leur valeur depuis 2014, passant de près de 200 milliards de dollars US à un peu plus de 114 milliards fin 2016.

Mi-décembre 2016, profitant de la tenue du forum Algéro-américain de l'énergie à Houston (Texas), le ministre de l'énergie, Noureddine Boutarfa, annonçait la volonté de son pays de lancer un méga-appel d'offres pour se doter à terme d'une capacité de production de 4050MW en énergie solaire photovoltaïque. Depuis, le projet semble se préciser avec l'annonce à la mi-mars à Washington du lancement imminent de l'appel d'offres relatif à trois tranches de 1350 MW par le patron de la compagnie algérienne de l'engineering de l'électricité et du gaz (CEEG), Mohamed Arkab. Ce dernier a également affirmé que l'objectif de l'Algérie serait d'atteindre 22 000 MW de capacité de production d'énergie verte à l'horizon 2035.

Malgré le scepticisme affiché par notamment les médias algériens, Il y aurait donc bien un plan solaire algérien en gestation. Selon un document confidentiel auquel La Tribune Afrique a pu avoir accès, sobrement intitulé « Transition énergétique en Algérie », Alger serait en effet en train de travailler sur un projet de création d'un consortium dédié aux énergies alternatives qui pourrait constituer la pierre angulaire de ce grand-œuvre solaire, avec toutefois une capacité visée beaucoup plus modeste de 500 MW. Cette capacité semble avoir été choisie d'abord pour des raisons de projection de puissance, car elle permettrait à l'Algérie de se positionner juste au dessus du grand rival marocain, qui a inauguré il y a près d'un an en grande pompe la plus grande centrale solaire d'Afrique, Noor, d'une capacité de 480MW.

Co développeur et actionnaire

A la barre de ce projet de consortium porté par le secteur privé, l'inévitable Yassine Bouhara, patron de Tell Group, ancien banquier d'affaire (UBS , Deutsche Bank) et figure emblématique de l'Algérie économique depuis deux ans. Installé à Dubaï, mais avec une grosse antenne à Alger, Tell Group est à l'origine de nombreuses conférences internationales pour « vendre » le nouveau projet algérien « pro-business ». Proche de Sellal, mais également du Patronat, l'ex banquier reconverti en patron de fonds d'investissement a effectué, selon nos informations, plusieurs réunions cet automne avec le premier ministre et son équipe de conseillers. Il a également donné une présentation formelle au sein du FCE, essayant ainsi de rallier à son projet les opérateurs économiques.

Les ambitions du plan Bourhara tel qu'il a été présenté aux différents protagonistes sont claires : créer un consortium dont son groupe, Tell, serait à la fois l'arrangeur, le co-développeur et l'actionnaire. Le financier compte ainsi sur son vaste carnet d'adresse -développé du temps où il officiait au sein de la banque Suisse UBS en tant que patron de l'investissement des marchés émergents- pour boucler un tour de table composé à 51% d'actionnaires locaux, et à 49% d'actionnaires internationaux.

Avec ce montage, Bouhara réussit à rester dans les clous de la fameuse règle des 51/49, qui stipule que la majorité de l'actionnariat d'une entreprise doit être détenu par un algérien. Bien qu'il se raconte que cette loi régulièrement décriée serait en cours de démantèlement et qu'un assouplissement ait récemment été consenti aux banques étrangères, le projet de consortium resterait ainsi conforme à la législation actuelle.

Une partie des fonds nécessaires à l'investissement serait en outre glanés sous forme de dette auprès des banques commerciales locales et internationales, des banques de développement et des fonds multilatéraux, ainsi que des agences de crédit à l'exportation.

Autre axe fort mis en avant par le plan : la création d'un écosystème local qui devrait à terme permettre un niveau d'intégration de l'ordre de 30% au bout de dix-huit mois, fédérant un écosystème local incluant les fabricants de modules, de câblage, d'onduleurs, et mobilisant également, dans une moindre mesure, de l'ingénierie locale, du génie civil et des logisticiens. Là aussi, Bouhara touche une corde sensible : depuis les années 70, l'Algérie ne jure que par l'intégration industrielle et la mise en valeur locale, lointaine héritière des théories dites des « industries industrialisantes » des années 70.

Selon un expert en énergie, fin connaisseur du dispositif algérien , consulté par La Tribune Afrique : « L'on trouve dans le document tout ce qui a pour plaire aux autorités algériennes, incluant de nombreuses marottes: montage de toute la chaîne design valeur localement, comprenant la partie énergétique mais aussi et surtout la partie industrielle-équipementier(...) or les équipements sont devenus une commodité et lier de prime abord les deux composantes risque de ne pas apporter beaucoup de valeur ajoutée. Ajoutez à cela la clause de 51% et cela devient une usine a gaz... ».

Reste la question cruciale de l'aval du système et de la commercialisation de l'énergie produite à des prix qui permettraient au projet d'atteindre l'équilibre. Au cœur du dispositif, est prévue la mise en place d'accord commerciaux avec le géant public de l'électricité et du gaz Sonelgaz, qui agirait à la fois comme Offtaker et client du Consortium. Condition de réussite : que Sonelgaz s'engage à régler un tarif plus élevé que ce qu'elle paie actuellement pour l'énergie produite à partir du fossile. Or, l'actuel ministre de l'énergie, Boutarfa continue de garder la main forte sur Sonelgaz qu'il a dirigé de 2004 à 2016 et au sein de laquelle il a placé l'un de ses anciens collaborateurs, Mustapha Guitouni,  suite à son entrée au gouvernement l'été dernier. En fin connaisseur du dossier, Boutarfa  sait combien la cruciale augmentation des tarifs de gaz et d'électricité -qui fut l'un de ses grands dossiers en tant que patron de l'institution- se heurte à la realpolitik de la préservation d'un équilibre social précaire. Ceci pose a terme une vraie menace sur la viabilité de ce genre de projet quand il doit être mis en concurrence avec un gaz naturel fortement subventionné.

Jusqu'à aujourd'hui, rien n'a filtré sur la concrétisation de ce projet dans des délais courts. Toutefois, selon nos informations, plusieurs investisseurs internationaux potentiels auraient été approchés afin d'évaluer leur appétence pour faire partie du tour de table.

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Commentaire 1
à écrit le 14/04/2017 à 19:38
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