Equity : le FEDA lève 670 millions de dollars pour booster l’export africain à valeur ajoutée

Le Fonds pour le développement des exportations en Afrique (FEDA) entend appuyer les entreprises industrielles, avec la toile de fond l’ambition de relever le niveau du continent dans le commerce mondial.
Ristel Tchounand
(Crédits : Reuters)

La nécessité d'ajouter de la valeur aux exportations africaines fait l'objet de plusieurs sons de cloche depuis quelques années. C'est pour répondre à cette urgence que le Fonds pour le développement des exportations en Afrique (FEDA) -la branche d'investissement à impact de la Banque africaine d'Import-Export (Afreximbank)-  vient d'opérer son premier closing de 670 millions de dollars déclinés à travers quatre fonds spécialisés ayant des stratégies complémentaires. « Nous sommes très heureux de ce premier closing qui constitue une première étape dans le financement du déficit en fonds propres dans le secteur du commerce en Afrique. Les différents fonds générés par FEDA faciliteront et augmenteront également les investissements directs étrangers dans les secteurs du commerce et de l'exportation en attirant des institutions de premier plan ayant un intérêt marqué pour le développement de l'Afrique », a déclaré Benedict Oramah, président d'Afreximbank qui a confié, en mai dernier, le pilotage de la stratégie du FEDA à la Congolaise Marlène Ngoyi.

Private equity, capital-risque... pour le « Made in Africa »

Les quatre fonds qui déploieront ces investissements sont : le FEDA Direct Equity Fund I qui injectera 270 millions de dollars en fonds propres et quasi-fonds propres dans diverses entreprises à travers le continent ; le Fonds d'initiatives stratégiques qui disposera de 250 millions de dollars pour appuyer en capitaux les projets à fort impact et catalyseurs du commerce intra-africain et du développement des exportations à valeur ajoutée ; l'Africa Credit Opportunities Fund dit « fonds de dettes », sera alimenté de 125 millions de dollars ; enfin, un fonds prochainement lancé et axé sur le capital-risque recevra 25 millions de dollars.pour miser sur les petites entreprises à travers le continent.

« Conformément à notre mandat, nous visons tous les pays africains tant qu'on arrive à trouver une entreprise qui a besoin d'investissement en equity ou quasi equity avec l'objectif de soit développer le commerce intra-africain, soit faire de la substitution à l'importation, la promotion de l'industrialisation ou encore l'exportation de produits manufacturés », explique à La Tribune Afrique Marlène Ngoyi, CEO du FEDA. Et de préciser : « Par exportation à valeur ajoutée, nous entendons toute exportation de produits manufacturés dont la transformation s'est faite en Afrique ».

Combler un gap de 110 milliards de dollars

En créant le FEDA en 2019, Afreximbank affichait clairement l'ambition de combler un important gap financier qui empêche les entreprises exportatrices de relever le niveau de leur business et du commerce en général. Selon l'expert, les études menées en interne ont permis de lever le voile sur « un déficit de financement en fonds propres d'environ 110 milliards de dollars en Afrique dans les domaines qui favorisent le commerce intra-africain et le développement des exportations de produits manufacturés ainsi que le développement de la chaîne de valeur industrielle en Afrique ».

Dès son opérationnalisation à l'automne 2021 suite à l'adhésion du Rwanda -pays abritant le siège de l'entité, le FEDA a réalisé son tout premier investissement dans Liquid, la firme du milliardaire zimbabwéen Strive Masiyiwa qui construit depuis quelques années le premier réseau de fibre optique traversant toute l'Afrique. Depuis lors, la Mauritanie, le Togo, la Guinée et le Soudan du Sud ont ratifié l'accord de création du Fonds. Et l'un des piliers du mandat de Marlène Ngoyi est de décrocher l'adhésion des autres pays du continent.

Bien que leur valeur reste légèrement inférieure à celle des importations, les exportations africaines ont connu une hausse de 40% à 572,59 milliards de dollars en 2021, selon le rapport 2022 d'Afreximbank sur le commerce de l'Afrique. Alors que jusqu'au début des années 2010, l'Europe était la première destination des exportations africaines, le « vieux continent » est désormais dépassé par l'Asie. L'Amérique du Nord a considérablement réduit ses importations africaines, tandis que les pays africains livrent de plus en plus aux marchés du Moyen-Orient. Historiquement, ces exportations sont dominées par les matières premières minières, énergétiques et agricoles, livrées à l'état brut.

« A la différence des banques, nous supportons tous les risques avec les entreprises »

Dans le cadre de l'agenda 2063 de l'Union africaine (UA) et de la Zone de libre-échange continentale (Zlecaf), l'un des objectifs phares du continent est l'industrialisation, dans le but non seulement de faire monter en puissance l'Afrique qui ne représente que 3% du commerce mondial, et le commerce intra-africain afin d'élargir l'horizon des entreprises partout en Afrique. « L'une des grosses différences au niveau économique entre les pays développés et ceux en voie de développement, réside dans la production manufacturière et dans les échanges intra-communautaires / régionaux (UE, USA, Asie) qui sont source de création de valeur et d'emplois pour les pays développés; ce qui renforce les indicateurs économiques de ces pays. Comme vous pouvez le constater, dans la plupart des cas, c'est l'opposé de ce qui se fait dans la plupart des pays africains », explique la dirigeante du FEDA.

Dans la dynamique qui est désormais sienne, le FEDA -par la voix de Marlène Ngoyi- entend se positionner en étroit partenaire des PME africaines: « à la différence des banques, nous sommes un fonds Equity qui investit comme actionnaire et donc supporte tous les risques liés à ce titre, au même titre que les actionnaires existants de l'entreprise dans laquelle nous investissons. Nous ne demandons pas de garantie en tant que tel ; mais des droits qu'ils sont liés à notre rôle d'actionnaire ».

Ristel Tchounand
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