Afrique-France : l'AFD réunit le gratin de la finance africaine à la STATION F

Le 16 février, les présidents Macky Sall et Emmanuel Macron participaient à une rencontre organisée par l'Agence française de développement qui a réuni les principaux acteurs de la finance africaine dans le temple de la tech française. Si le discours du président Macron avait des accents de « bilan africain » à quelques semaines des présidentielles, le président sénégalais pragmatique, a rappelé que les droits de tirages spéciaux se faisaient attendre...

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(Crédits : AFD)

« Investir ensemble, pour une nouvelle alliance entre l'Afrique et l'Europe », tel était le thème de la journée africaine organisée par l'AFD à la STATION F dans le cadre de la présidence française du Conseil de l'UE. Cet événement s'est ouvert sur une rencontre dédiée à l'entrepreneuriat et organisée par Proparco (la filiale du groupe AFD dédiée au secteur privé) en présence de Papa Amadou Sarr, ministre sénégalais en charge de l'Entrepreneuriat rapide des femmes et des jeunes (DER/FJ).

Franck Riester, le ministre français chargé du Commerce extérieur et de l'Attractivité, a profité de l'occasion pour lancer la communauté digitale « Afrique-France entrepreneurs », une plateforme qui permettra aux entrepreneurs africains et français de bénéficier d'un nouveau canal d'échange privilégié. Cette initiative s'inscrit dans le new deal franco-africain, résolument tourné vers le secteur privé et les sociétés civiles, appelé de ses vœux par le président Macron.

« Le soutien aux startups, aux TPE et aux PME est au cœur de notre stratégie », a rappelé le ministre, non sans s'interroger sur les voies et moyens pour réduire les barrières qui freinent encore les investissements sur le continent africain.

Sur le segment numérique notamment, la marge de progression est considérable. Les levées de fonds des 54 pays africains représentent, peu ou prou, l'équivalent de celles réalisées par l'Hexagone en une année. Néanmoins, « avec 5 milliards de dollars levés en 2021, les investissements vers les startups africaines ont enregistré une hausse de 265 % par rapport à 2020 », se réjouit Stéphan-Eloïse Gras, directrice exécutive de Digital Africa, qui précise par ailleurs, qu'« il y a encore trop peu de financements au niveau de l'amorçage ». C'est précisément pour pallier cet écueil que le Fonds Bridge (une initiative portée par Digital Africa, déployé par Proparco et doté de 5 millions d'euros) a été annoncé en novembre dernier lors du Nouveau Sommet Afrique France de Montpellier.

La France reste le partenaire privilégié du Sénégal

Ce n'est pas un hasard si la France a choisi de mettre le Sénégal à l'honneur à la veille du Sommet UA-UE. Le président Macky Sall vient de prendre la présidence de l'Union africaine (UA) lors du dernier Sommet de l'Union africaine d'Addis Abeba, alors que le président Emmanuel Macron est devenu le président du Conseil de l'Union européenne (UE) le 1er janvier dernier.

Parallèlement, la France reste le premier partenaire commercial du Sénégal. Les échanges commerciaux entre les deux pays s'élevaient à 876 millions d'euros en 2020. Les exportations françaises vers le Sénégal ont atteint 801,1 millions d'euros la même année.

Le Sénégal est le 3e client de la France en Afrique subsaharienne derrière l'Afrique du Sud et la Côte d'Ivoire, selon l'Agence nationale sénégalaise des statistiques (ANSD). Par ailleurs, l'Hexagone demeure le premier fournisseur du pays de la « Téranga », avec une part de marché de 15,7 %, loin devant la Chine (9,2 %). Il est aussi le premier investisseur au Sénégal avec près de 30 % des stocks d'Investissements directs étrangers (IDE) en 2020, selon les données du Trésor français, et le premier bailleur bilatéral d'aide publique au développement (APD). Enfin le Sénégal est le principal pays bénéficiaire des subventions FASEP (Fonds d'études et d'aide au secteur privé) et depuis 2021, la Banque publique d'investissement (BPIfrance) y a ouvert un bureau à Dakar.

L'Afrique numérique s'expose à la Station F

Cette rencontre fut aussi l'occasion pour de jeunes entrepreneurs de présenter leurs initiatives. Henri Gueye, fondateur de la société Eyone spécialisée dans l'édition de logiciels en e-santé et Hamza Rkha Chaham, directeur de Sowit qui développe des solutions digitales dans l'agriculture de précision, sont respectivement revenus sur leurs parcours riches en promesses d'avenir. La jeune Matina Razafimahefa, fondatrice de la startup Sayna, spécialisée dans l'edtech a quant à elle annoncé sa première levée de fonds d'un montant de 600 000 euros. « Nous avons commencé par le crowdfunding avant de passer par les Business Angels. Nous avons ensuite été incubés à Station F et nous venons enfin de réaliser notre première levée de fonds », s'est-elle réjouie. Le parcours entrepreneurial est souvent semé d'embûches, mais les décisionnaires publics présents ce jour-là ont assuré de leur indéfectible soutien à la jeunesse qui entreprend...

« Nous avons mobilisé 150 millions d'euros de garantie pour accompagner la création de startups ». Papa Amadou Sarr.

« Nous avons mobilisé 150 millions d'euros de garantie pour accompagner la création de startups », n'a pas manqué de rappeler Papa Amadou Sarr, avant d'énoncer les différentes opérations conduites au Sénégal pour soutenir les entrepreneurs du numérique. Loi Startup Act (votée en 2020), D-Hub (présenté comme la Station F sénégalaise), mais aussi développement d'un parc technologique, renforcement de l'offre de formation ou construction du Mohamed Bin Zayed Center (financé à hauteur de 20 millions de dollars par le Khalifa Fund for Enterprise Development d'Abu Dhabi), sont quelques-unes des initiatives portées par le gouvernement.

Macky Sall : « Il faut du cash pour relancer les économies »

Dans l'après-midi, l'AFD avait réussi le tour de force de réunir le gratin de la finance africaine à Paris (une escale avant le Sommet UA-UE). Akinwumi Adesina, président de la Banque africaine de développement (BAD), Ambroise Fayolle, vice-président de la Banque européenne d'investissement (BEI), Serge Ekué, président de la Banque ouest-africaine de développement (BOAD), Maktar Diop, directeur exécutif de la Société financière internationale (groupe La Banque mondiale) ou encore Odile Renaud-Basso, présidente de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement  avaient répondu présents à l'invitation de Rémy Rioux, directeur général de l'AFD.

Aux alentours de 18 h, le président Macky Sall, accompagné par Aissata Tall Sall, ministre des Affaires étrangères et par Papa Amadou Sarr d'une part, et le président Emmanuel Macron suivi d'Elisabeth Moreno, ministre déléguée à l'Égalité femmes-hommes, à la Diversité et à l'Égalité des chances et de Franck Riester d'autre part, sont arrivés à la Station F pour clore cette rencontre de haut niveau.

«  Il faut du cash pour relancer les économies. Ce cash, nous pensons qu'il peut venir des droits de tirage spéciaux. Maintenant que tout le monde est d'accord, on attend l'argent ». Macky Sall,

«  Il faut du cash pour relancer les économies. Ce cash, nous pensons qu'il peut venir des DTS [droits de tirage spéciaux, ndlr]. Maintenant que tout le monde est d'accord, on attend l'argent », a lancé Macky Sall. S'adressant à Emmanuel Macron, il a appelé le nouveau président du Conseil de l'UE à soutenir activement la relance des économies africaines : « Si ensemble nous n'arrivons pas à faire bouger les choses, c'est qu'elles ne bougeront jamais ».

De son côté, le discours d'Emmanuel Macron avait comme des airs de campagne. Revenant sur son « bilan africain », il a réaffirmé sa volonté de construire un partenariat basé sur le « faire avec » et non plus le « faire pour ». Débat sur le franc CFA, restitution des œuvres d'art, accompagnement de la diaspora et des startups africaines, le président français a énuméré les initiatives prises ces cinq dernières années en matière de politique africaine (évitant l'épineux dossier sahélien). S'adressant à la délégation sénégalaise, il a réaffirmé son ouverture sur le monde « au moment ou vous pouvez entendre des musiques qui pourraient suggérer que la France va se refermer ». A quelques semaines des élections présidentielles françaises, le clin d'œil aux candidats déclarés à la droite de l'échiquier politique est à peine voilé.

Enfin, endossant son costume de président du Conseil de l'UE, il a appelé les pays membres de l'UE à prendre des engagements fermes lors du Sommet de Bruxelles, notamment en matière de financements d'infrastructures durables.

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