Financement : I&P et Mastercard Foundation lancent un programme d’éducation d’urgence en Afrique

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Début février 2021, Investisseurs & Partenaires (I&P) annonçait un nouveau partenariat avec la Mastercard Foundation pour soutenir les entreprises du secteur de l'éducation en Afrique. Cette alliance, conclue sur fond d'urgence sanitaire, s'inscrit dans une initiative plus large, le programme « I&P Éducation et Emploi 2 », conduite par le fonds d'investissement d'impact pour répondre au double défi de l'emploi et de la démographie sur le continent africain.

« I&P a pour mission d'atteindre des résultats de développement en Afrique, à travers la promotion d'entrepreneurs africains. Au sein de nos activités, nous avons pris conscience des problèmes très particuliers posés par l'arrivée de 450 millions de jeunes sur le marché du travail d'ici à 2050 », explique Jean-Michel Severino, directeur du groupe Investisseurs & Partenaires, qui lance un nouveau programme de financement hybride, I&P Education & Emploi (IP2E), pour améliorer l'employabilité des jeunes sur le continent. Ils seront près de 25,6 millions de jeunes Africains à entrer sur le marché de l'emploi à l'horizon 2030, selon l'Organisation internationale du Travail (OIT).

Le programme d'I&P comprend un premier fonds d'accès à l'éducation, qui identifie et accompagne les entreprises du secteur de l'éducation et de la formation, qui ne sont pas encore en mesure d'être financées par un fonds d'investissement.

Par ailleurs, IP2E permettra de mobiliser des ressources pour améliorer l'accès social à l'enseignement et se penchera sur la mesure de l'impact et sur le plaidoyer. « À ce jour, nous disposons déjà de 1,5M€ apportés par la Commission européenne, qui ont donné lieu à de premiers financements d'entreprises », précise Jean-Michel Severino.

« I&P a également lancé un fonds d'investissement destiné à entrer dans le capital ou à fournir de la dette aux entreprises du secteur de l'éducation. Nous cherchons à lever une cinquantaine de millions d'euros, pour financer une trentaine d'entreprises à partir de 2022 », ajoute-t-il. C'est dans ce cadre qu'I&P a passé, début 2021, un partenariat avec la fondation Mastercard. Le « Programme de Rétablissement et de Résilience de la Covid-19 » de la fondation Mastercard, qui a versé 10,5 millions de dollars, permettra à IP2E d'intensifier le déploiement de son fonds d'accès à l'éducation pour atteindre 95.000 bénéficiaires (étudiants, stagiaires et utilisateurs de plateformes ed-tech desservis par les entreprises), dont 55 % de femmes et 33 % de jeunes gens défavorisés.

L'Edtech, symbole de la fracture numérique ?

La pandémie de coronavirus a révélé de profondes fractures numériques que ce nouveau programme devrait s'atteler à réduire, en faisant la part belle à l'ed-tech (technologie de l'éducation). Les foyers africains restent singulièrement sous-équipés. Selon le Rapport sur les Objectifs de développement durable des Nations unies 2020, en 2019, près de 87 % des ménages en Europe avaient accès à Internet à leur domicile, contre 18 % des ménages en Afrique, et 78 % des ménages européens possédaient un ordinateur, alors qu'ils n'étaient que 11 % en Afrique. L'e-learning est donc peu accessible sur le continent et, depuis la pandémie de la Covid-19, plus de 250 millions d'élèves du primaire et du secondaire ne vont pas à l'école en Afrique, selon les estimations de la Banque mondiale.

« Bien que le secteur de l'éducation ait été fortement touché par la crise de la Covid-19, de nombreux entrepreneurs ont redoublé d'efforts pour retenir les étudiants et accélérer l'utilisation des outils numériques dans les écoles. Ce partenariat contribuera à renforcer la résilience de ces PME afin d'offrir aux jeunes de meilleures voies d'accès à l'éducation et à l'emploi », déclarait néanmoins optimiste, Domoina Rambeloarison, la directrice du Programme Fonds d'Accès IP2E, par voie de communiqué.

Si la pandémie a révélé des défis inédits, elle a également faire apparaître de nouvelles opportunités auxquelles les Africains devront répondre.

Reconnecter l'enseignement supérieur au marché du travail

L'enseignement progresse sur le continent, mais à un rythme insuffisant. Encore 1 enfant sur 5 âgé de 6 à 11 ans ne va pas à l'école et près de 60 % des adolescents de 15 à 17 ans sont déscolarisés. Par ailleurs, la « pauvreté des apprentissages » touche 87 %des enfants en Afrique subsaharienne selon la Banque mondiale et les « prive des compétences fondamentales dont ils ont besoin pour s'adapter au marché du travail ». La situation n'est guère plus favorable dans l'enseignement supérieur...

« Il est massivement sous-financé par les Etats, car face à l'expansion démographique, ils doivent avant tout concentrer leurs ressources sur le primaire et le secondaire. Cela est rendu nécessaire par la démographie, mais c'est aussi la première prescription des organisations internationales », explique Jean-Michel Severino. « Le taux de croissance démographique est tel, que les ressources des Etats sont complètement absorbées par les premiers niveaux de la pyramide de l'éducation », poursuit-il, pour expliquer le sous-financement des formations supérieures, en particulier techniques.

Alors que le nombre de bacheliers ne cesse de croître, les capacités d'accueil dans l'enseignement supérieur ne suivent pas et les « formations professionnalisantes sont le « parent pauvre » des investissements dans l'éducation », considère le directeur d'I&P. Elles requièrent en effet, des équipements, dont le prix se répercute d'abord sur le financement de la structure, mais aussi sur les tarifs d'inscription. Dans les faits, cela se traduit par une inadéquation entre les compétences des jeunes diplômés africains, sortis majoritairement des Universités, et les besoins, souvent techniques, recherchés sur le marché du travail.

Selon la Banque africaine de développement (BAD), il faudrait, au bas mot, 12 millions de nouveaux emplois chaque année pour« contenir » le chômage sur le continent. La BAD prévient par ailleurs que le chômage constitue un terreau qui favorise non seulement les migrations, mais aussi l'enrôlement des jeunes dans des mouvements radicaux et des milices armées. Le 6 mars 2019, la banque africaine twittait que « 40% des jeunes Africains qui rejoignaient des groupes extrémistes (évoquent) l'absence de travail » pour justifier leur enrôlement. La formation et l'emploi des jeunes dans un contexte de pression démographique sont non seulement un impératif économique et social, mais également définis aujourd'hui comme un enjeu prioritaire en matière sécuritaire.

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