Angola-Portugal : Isabel dos Santos fait valoir de « faux passeport et emails » à la base de ses déboires

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(Crédits : DR)
C’est un rebondissement inattendu en pleine pandémie du coronavirus. La milliardaire Isabel dos Santos dont les actifs sont saisis en Angola et au Portugal dans le cadre de l’enquête ouverte par Luanda pour détournements de fonds publics, accuse les autorités de s’être fondées sur un « faux passeport » signé par Bruce Lee, l’acteur américain décédé en 1973.

Le communiqué d'Isabel dos Santos transmis ce mardi à plusieurs médias dont La Tribune Afrique fait au total 16 pages. La femme d'affaires y dénonce l'utilisation d'un « passeport falsifié » en son nom « comme preuve pour geler ses avoirs en Angola et au Portugal ». « Les autorités angolaises et portugaises se sont fiées à un passeport portant la signature de Bruce Lee, l'acteur de Kung Fu des années 1970 », en lieu et place de l'autorité émettrice du document, affirme la femme d'affaires.

Alors qu'elle a toujours invoqué un procès dans lequel elle n'a pas eu l'occasion de se défendre, Isabel dos Santos affirme que ses avocats n'ont eu accès au dossier judiciaire qu'en avril dernier. Outre la signature « réelle » de Bruce Lee, la milliardaire pointe la mention d'une date de naissance erronée (Isabel dos Santos est née le 20 avril), la description de la profession et de l'état civil en anglais sur un passeport libellé en portugais, la confusion entre le nom de famille et le prénom, l'inexactitude et l'incohérence du numéro de passeport.

Les avocats auraient également découvert, dans le dossier judiciaire, « une série de courriers électroniques concernant une escroquerie au Japon ». Ces documents, relayés sous forme d'image dans le communiqué, révéleraient qu'un « fraudeur sur internet » aurait tenté d'escroquer 10 millions à 1 milliard de dollars à une entreprise japonaise en se faisant passer pour un homme d'affaires moyen-oriental représentant les intérêts de la milliardaire. Selon la fille de l'ex-président angolais, la justice angolaise se serait servie de ces emails et du passeport alors dévoilé pour soutenir qu'elle essayait une rapide cession d'actifs pour en expatrier le produit.

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« Il apparaît clairement que l'État angolais, par le biais des services de renseignement, du tribunal civil et de la Cour suprême, a monté un dossier afin d'obtenir à mon encontre une décision injuste et illégale. De faux documents et fausses déclarations ont été délibérément apportés au tribunal », déclare Isabel dos Santos. « N'est-il pas désormais clair, interroge-t-elle, que l'objectif des autorités angolaises consistait à obtenir une saisie conservatoire en urgence, à tout prix, afin de m'empêcher d'assurer ma propre défense et de provoquer la faillite des entreprises dans lesquelles j'ai investi et que j'ai gérées ? ».

Son entourage continue d'être fragilisé

Après le gel de ses avoirs en Angola en décembre dernier, les révélations des « Luanda Leaks »en janvier et le gel de ses avoirs au Portugal, Isabel dos Santos avait très vite commencé la vente de ses actifs portugais, notamment au sein d'Eurobic et Efacec. Si elle a lutté l'année dernière pour rester présidente d'Unitel en Angola, la femme d'affaires a été très fragilisée au Portugal  où Carlos Alexandre, le « super juge » du pays, est en charge de l'affaire. Lorsqu'il a ordonné la saisie des avoirs de la femme d'affaires en mars, l'avocat de cette dernière Me João Carlos Silva, a démissionné.

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Ces dernières semaines, en dépit de la pandémie du Covid-19, la communauté business liée à la milliardaire angolaise a été plutôt secouée. Présenté dans les « Luanda Leaks » comme un acteur clé dans la construction de la fortune d'Isabel dos Santos, PricewaterhouseCooper's -son auditeur pendant de nombreuses années- a diligenté une enquête interne avec l'implication du patron mondial Bob Mortiz. A l'issue de la démarche début avril, PwC a commencé à négocier sa séparation d'avec deux partenaires -Jaime Esteves et Ivo Faria- proches d'Isabel dos Santos.

De quoi relancer le bras de fer avec Luanda ?

La justice angolaise n'a pas encore réagi aux allégations de la milliardaire. Mais il est clair que l'affaire n'en restera pas là. Les autorités angolaises se sont jusqu'ici montrées déterminées dans leur démarche. Dans un entretien avec La Tribune Afrique au sujet de cette affaire résolument d'Etat, l'économiste et patron de presse angolais Carlos Rosado, estimait que la fille de l'ex-président perdrait la bataille contre Joao Lourenço. Les « Luanda Leaks » et l'évolution du dossier au Portugal semblait confirmer cette hypothèse. Jusqu'où ira ce bras de fer ?

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