Economie bleue : 50 milliards de dollars pour sauver le Lac Tchad

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Les présidents Ali Bongo, Mahamadou Issoufou, Muhammadu Buhari, Idriss Déby Itno et Faustin Touadera, lors de la conférence sur le Lac Tchad, le 28 février à Abuja, au Nigéria.
Les présidents Ali Bongo, Mahamadou Issoufou, Muhammadu Buhari, Idriss Déby Itno et Faustin Touadera, lors de la conférence sur le Lac Tchad, le 28 février à Abuja, au Nigéria. (Crédits : DR)
La capitale fédérale nigériane accueille depuis le 28 février et jusqu'au 1er mars une conférence internationale de haut niveau sur le Lac Tchad. Au cœur de cette rencontre, la mobilisation de la communauté internationale et principalement les bailleurs de fonds pour sauver le lac de l’assèchement et lui donner une seconde vie, avec l'objectif de lever une enveloppe de 50 milliards de dollars. Pour les pays riverains, c’est un défi stratégique au regard des enjeux socioéconomiques et sécuritaires qui caractérisent cette sous-région du Continent.

C'est encore une nouvelle déclaration d'intention et des annonces solennelles, mais cette fois, les chefs d'Etat et de gouvernement des pays riverains du Lac Tchad veulent y croire. C'est en tout cas ce qui est ressorti de la Conférence de haut niveau de la Commission du bassin du Lac Tchad (CBLT) qui vient de se tenir, les 28 février et 1er mars à Abuja au Nigeria.

La rencontre, organisée en collaboration avec l'UNESCO et la BAD, a enregistré la présence des présidents Muhammadu Buhari du Nigeria, Issoufou Mahamadou du Niger, Idriss Déby Itno du Tchad, Ali Bongo Ondingba du Gabon, Faustin Touadera de Centrafrique, ainsi que Filhomé Nyang, le Premier ministre du Cameroun représentant le président Paul Biya. Plusieurs pays partenaires se sont faits également représentés par des délégations, notamment l'Angola, le Soudan, l'Algérie, l'Egypte, le Maroc, la Libye ainsi que celles de pays des autres continents comme les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, la Chine, le Canada, la Hollande. Des organisations internationales notamment l'ONU, l'UNESCO, l'Union africaine, l'Union européenne, la Banque mondiale, la Banque Islamique de développement étaient également présentes à la conférence qui a été annoncée «comme celle de l'espoir et de l'action pour restaurer l'écosystème du Bassin du Lac Tchad» par les autorités nigérianes.

Déclaration d'Abuja

Du beau monde donc à la Conférence qui a été précédée par une réunion d'experts et le Sommet des chefs d'Etat a été sanctionné par l'adoption d'une déclaration dite «Déclaration d'Abuja». En 9 principaux points, elle a consacré «la volonté politique des Chefs d'Etats de la CBLT et ceux de l'Afrique Centrale et de l'Est à travailler ensemble pour restaurer le bassin du Lac Tchad».

C'est ainsi que parmi les mesures phares envisagées par la Déclaration, la réactivation de l'ambitieux programme de transfert des eaux inter-bassin, un projet titanesque datant de plusieurs années et qui devrait consister à réhabiliter le Lac Tchad à travers son remplissage par transfert des eaux du bassin du Congo vers le fleuve Oubangui et jusqu'au Chari qui alimente le Lac Tchad. Pour ce faire, un canal de près de 2 500 kilomètres devrait être construit selon l'ancienne version du projet qui devrait nécessiter une enveloppe estimée à 15 milliards de dollars.

Il s'agit d'un vieux rêve datant de plusieurs décennies que la Déclaration d'Abuja remet à l'ordre du jour avec de nouvelles ambitions, afin notamment de tenir compte des enjeux climatiques et socioéconomiques apparus depuis chez les pays riverains.

«Nous devons traiter les questions du Lac Tchad avec l'urgence qu'elles méritent et montrer l'engagement politique nécessaire pour relancer les activités dans la zone», a ainsi plaider le chef d'Etat nigérian pour qui de l'inaction ou du retard pris dépendra la vie de millions de personnes dont le niveau de vie continue décliner du fait de l'assèchement du fleuve. Pour Buhari, le bassin du Lac Tchad, autrefois, «une oasis dans le désert», est désormais devenu un désert tout simplement avec des conséquences qui menacent la stabilité de la région.

«Le temps est venu d'agir et dès maintenant», a déclaré Buhari tout comme son homologue tchadien Idriss Déby qui ont également plaidé pour que cette conférence et les engagements qui y sont pris ne soient pas encore «des Talk show de trop», mais le déclic d'un nouvel élan envers le Continent et le bassin en particulier.

Le temps de l'action

Le temps de l'action donc pour les chefs d'Etat de la CBLT. «Les conséquences de l'assèchement  du lac sont évidentes : réduction de la production agricole ; réduction des pâturages et donc de la production animale ; chute de la pêche ; disparition de la biodiversité ; le tout se traduisant par une paupérisation de la population», a fait remarquer à l'ouverture de la conférence le président du Niger.

Issoufou Mahamadou qui assure également la présidence en exerce de la CBLT a ajouté que cette pauvreté a jeté de milliers de jeunes dans les bras de Boko Haram qui, depuis 2009, sème la désolation au sein du bassin. «Ainsi, le lien entre assèchement du lac et terrorisme est bien établi. La combinaison des deux phénomènes provoque une crise humanitaire sans précédent dans le bassin du Lac Tchad», a détaillé le président nigérian résumant la quadruple crise que connaît le bassin du Lac Tchad : sécuritaire, humanitaire, économique et écologique.

«La régénération du bassin du Lac Tchad comporte de nombreux défis. L'ampleur de ces défis ne doit pas nous décourager. Au contraire, nous devons faire preuve de détermination et garder à l'esprit la contribution inestimable de ce bassin au développement économique et social de nos pays et à l'équilibre écologique mondial», a déclaré le président Mahamadou Issoufou


Afin de prendre réellement compte des enjeux et autres défis qui se posent aux pays riverains, les chefs d'Etat ont convenu, dans leur nouvelle feuille de route, la mise en place d'un Fonds Lac Tchad de 50 milliards de dollars qui sera géré par la BAD et sera alimenté par les contributions des Etats et les donations des partenaires.

Si plusieurs alternatives sont sur la table des chefs d'Etat, cette fois l'espoir pour une seconde vie du Lac Tchad repose en grande partie sur le projet BIOPALT (Biosphère et patrimoine du Lac Tchad) et qui est mis en œuvre par l'UNESCO en partenariat avec la CBLT. Il est financé par la BAD pour une période de trois ans avec comme objectif de dresser un état des lieux des ressources hydrologiques, naturelles, socioéconomiques et culturelles du Lac Tchad.

Ainsi donc, les pays de la CBLT et les partenaires au projet pourront opter pour le montage financier et les réalisations nécessaires pour redonner vie à tout le bassin. D'autant que certaines des alternatives actuellement sur la table, comme le transfert des eaux inter-bassin, ne manquent pas de soulever des inquiétudes sur leurs pertinences et surtout leurs impacts écologiques. Des aspects qui devraient être réglés au plus vite, même si pour les dirigeants de la région, l'urgence c'est la volonté politique pour une mobilisation des partenaires afin de donner corps au gigantesque chantier.

Le bassin du Lac Tchad constitue une importante source d'eau douce qui fait vivre plus de 40 millions de personnes au Cameroun, au Niger, au Nigeria, en République centrafricaine et au Tchad. En un demi-siècle, la pluviométrie a diminué et la superficie du lac s'est réduite de plus de 90%, ce qui a eu un impact considérable sur les écosystèmes et l'économie de cette sous-région.

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Commentaires
a écrit le 02/03/2018 à 10:34 :
Pour nous qui développons la culture de spiruline dans le monde la sauvegarde du Lac Tchad est un enjeu majeur.
a écrit le 02/03/2018 à 10:27 :
Pour nous qui développons la culture de spiruline dans le monde la sauvegarde du Lac Tchad est un enjeu majeur.

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