Positive Impact, l’initiative du secteur financier en faveur des ODD, arrive en Afrique

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(Crédits : CFC)
La capitale économique du Maroc a accueillit, ce mercredi 6 juillet, la première conférence sur le continent consacrée à la présentation à l’initiative «Positive Impact» qui vise à mobiliser le secteur financier privé en faveur des Objectifs de développement durable (ODD). Alors que les fonds annoncés pour lutter contre le changement climatique restent toujours en deçà des attentes, Casablanca Finance City Authority, en charge de l’administration de la nouvelle place financière africaine basée au Maroc, se mobilise pour intégrer les marchés financiers africains à la dynamique mondiale en faveur du développement durable.

L'initiative « Positive Impact » arrive en Afrique. La capitale économique du Maroc a en effet abrité, ce jeudi 6 juillet, la première conférence africaine de présentation de cette initiative portée par le secteur financier privé sous l'égide de l'Initiative financière du programme des nations unies pour l'environnement (UNEP FI) et qui vise à contribuer à l'atteinte des Objectifs pour un développement durable (ODD).

C'est Casablanca Finance City Authority (CFCA), l'administration en charge de la promotion de la place financière marocaine à vocation africaine, CFC, qui a accueillit l'événement, lequel a enregistré la présence d'officiels marocains, de représentants de la l'UNEP FI et de CFCA ainsi que d'acteurs majeurs du secteur financier marocain et africain.

L'occasion pour les participants à la rencontre d'échanger sur l'état de la mise en œuvre des engagements souscrits par la communauté internationale en faveur du développement durable, un enjeu stratégique pour l'Afrique, spécifiquement pour ce qui est de la problématique du changement climatique. A ce niveau, force est de constater qu'en dépit de l'urgence de la situation mais aussi des engagements souscrits, beaucoup reste à faire surtout en matière de mobilisation des fonds faramineux annoncés pour accompagner la dynamique mondiale.

« Après l'accord de Paris, le plus grand défi était de mobiliser les acteurs non étatiques et crédibiliser les annonces et les engagements », a exprimé en ouverture de la rencontre, Salaheddine Mezouar, président en exercice de la COP22. A quelques mois de passer le relais à l'occasion de la COP23, l'ancien ministre marocain des affaires étrangères a reconnu que la mobilisation des fonds reste encore une véritable problématique dans le cadre de l'atteinte des ODD et particulièrement de la lutte contre le réchauffement climatique dont les conséquences seront des plus néfastes pour l'Afrique.

C'est pourquoi d'ailleurs, le président de la COP22 n'a pas manqué de réitérer la nécessité pour les pays africains de s'engager durablement dans la recherche de partenariats innovants visant à stimuler l'émergence d'une véritable économie verte afin de favoriser, par effet ricochet, l'éclosion d'un écosystème favorable à la croissance de la finance climatique. Il a en ce sens annoncé que le Maroc, qui a accueillit la COP22 en novembre dernier, continue à mobiliser les initiatives particulièrement en faveur de l'Afrique afin que des projets bancables soient présentés dans les meilleurs délais pour bénéficier des fonds faramineux annoncés d'ici 2020.

Un chemin que certains pays comme le Maroc ont déjà emprunté avec beaucoup de succès au vu des résultats atteints comme l'a mis en relief le directeur général de l'Agence marocaine de promotion des énergies renouvelables (MASEN), Mustapha Bakkoury. C'est en effet par des engagements mais aussi et surtout la mise en œuvre de programmes concrets sur le terrain que le Maroc a pu se doter d'une certaine expertise en matière de mobilisation de fonds, une expérience que le Royaume entend désormais partager avec son continent, l'Afrique.

Le PDG de CFCA, Said Ibrahimi, n'a d'ailleurs pas manqué de relever à l'occasion que le Maroc a été le premier pays au monde à lancer des émissions d'obligations vertes à travers MASEN lors de la COP22. La dynamique s'est poursuivie puisque les banques marocaines se sont également lancées dans cette ouverture aux multiples opportunités comme l'a souligné le directeur général de BMCE Bank of Afrique, Brahim Touimi Benjelloun.

« Les risques liés au changement climatique nous placent devant nos responsabilités : mobiliser des fonds et les capitaux nécessaires aux investissements en énergies propres surtout en Afrique qui reçoit moins de 5% de l'investissement mondial destiné au climat ». Said Ibrahimi, PDG CFCA

Pour sa part, le directeur général de l'Initiative Finance du Programme des Nations-Unies pour l'Environnement (UNEP-FI), Eric Usher, a souligné que le choix du Maroc pour la première présentation de l'initiative et de ses principes n'est pas une coïncidence mais se justifie par « son engagement en faveur du développement durable ».

Des principes pour un financement à impact positif

Les Principes font partie d'un processus plus large présenté dans le « Manifeste pour l'impact positif » publié en 2015, appelant à un nouveau modèle de financement s'appuyant sur les impacts, qui permettra de combler le fossé du financement du développement durable. Elles ont été élaborées par le Positive Impact Working Group, un groupe de travail de l'Initiative Finance du Programme des Nations-Unies pour l'Environnement (UNEP-FI). Le 30 janvier dernier à Paris, une vingtaine de banques et d'investisseurs internationaux, représentant près de 6.600 milliards de dollars d'actifs sous gestion, ont lancé les «Principes pour la Finance à Impact Positif ». Il s'agit en fait d'un ensemble de lignes directrices visant à promouvoir l'impact positif des institutions financières sur l'économie, la société et l'environnement.

La réalisation des ODD, le programme d'action mondial visant à mettre fin à la pauvreté, à lutter contre le changement climatique et à protéger l'environnement, devraient coûter entre 5.000 et 7.000 milliards de dollars par an à l'horizon 2030. Les fonds publics s'avèrent aujourd'hui très insuffisants, ce qui rend indispensable  la contribution de la finance privée qui reste pour le moment cantonnée à seulement quelques objectifs de développement durable.

 Selon le directeur de l'UNEP-FI, Éric Usher, « les Principes pour la Finance à Impact Positif vont changer la donne, ils vont nous permettre de diriger les centaines de milliards de dollars gérés par les banques et les investisseurs vers des projets propres, à faible émission carbone, profitant à tous. » Comme l'a expliqué Careen Abb, en charge du programme au sein du programme onusien, ces principes ne décrivent pas une méthode singulière pour obtenir des impacts positifs mais exigent que les processus et les méthodologies d'évaluation soient transparents. Ils constituent de ce fait un cadre général pour des responsables financiers et des investisseurs et sont applicables à leurs différents secteurs d'activité, y compris le crédit au détail et en gros, les prêts aux entreprises, les investissements et la gestion d'actifs.

« Face à des défis tels que le changement climatique, la croissance démographique et l'accélération de l'appauvrissement des ressources, il est urgent que le secteur de la finance s'adapte et apporte les changements nécessaires à nos économies et nos modèles commerciaux ». Eric Usher

Les quatre Principes pour la Finance à Impact Positif constituent un guide à l'usage des financiers et des investisseurs pour identifier, analyser, et rendre public les impacts économiques et environnementaux des produits et des services qu'ils proposent. Selon ses initiateurs, le caractère innovant de ces Principes réside dans l'exigence d'une évaluation globale des impacts positifs et négatifs de la finance sur le développement économique, le bien-être humain et l'environnement.

Après Casablanca, Johannesburg et Nairobi accueilleront également d'ici la fin de l'année cette conférence de présentation de cette initiative qui vise à mobiliser le secteur financier privé en faveur du climat et des ODD.

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