Innovation : les compagnies minières se tournent vers les énergies renouvelables

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(Crédits : Petra Diamonds)
Remplacer le diesel par des centrales solaires sur les sites miniers en Afrique. L’initiative encore timide fait son chemin. En cause, les défaillances des réseaux électriques locaux et la baisse des prix dans l’énergie solaire. Mais cette transition exige l'adoption de dispositions spécifiques.

Les compagnies minières expérimentent la production de leur propre énergie par des sources renouvelables, comme le solaire photovoltaïque. Le dernier à avoir tenté l'expérience est la compagnie minière Caledonia Mining au Zimbabwe. Dans un communiqué publié le 16 octobre, la société annonçait son projet d'installation d"une centrale solaire photovoltaïque au niveau de sa mine d'or Blanket,. D'une capacité de 12,5 MW, l'ouvrage devrait couvrir les besoins en énergie pour l'exploitation du site. « Il existe actuellement plusieurs projets à l'étude dans ce domaine, mais peu d'entre eux ont vu le jour », explique Gilles Parmentier, directeur général d'Africa REN Development, une entreprise spécialisée dans le développement des énergies renouvelables en Afrique.

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 Au Burkina Faso, la mine d'Essakane développée par  IAMGOLD a implanté localement une centrale solaire d'une capacité de 15MW, alors qu'au Mali un projet similaire mené par la société aurifère B2 Gold porte sur une centrale solaire de 30 MW. Au Ghana, les miniers sont encouragés à développer des projets similaires : le gouvernement prévoit de réduire la fourniture d'électricité aux entreprises minières, dans la mesure où celles-ci ont les moyens d'investir dans la production d'énergie, contrairement à la population privée d'électricité. Prises individuellement, les quantités d'énergies à couvrir restent faibles, mais cumulées à l'échelle africaine sur les milliers de sites, elles représentent une partie importante de la consommation d'énergie du Continent où la demande reste faiblement couverte.

Contribuer au développement énergétique des pays africains

La région a le niveau de consommation d'énergie le plus faible au monde, selon l'Atlas des ressources en énergies de l'Afrique publié en 2017 sous la direction de l'ONU environnement, de la BAD et du FEDA. Le document révèle qu'un tiers de la population africaine n'a pas accès à l'électricité et le Continent qui représente 16 % de la population mondiale consomme 3,3 % de l'énergie générée dans le monde. Le rapport met également en exergue le potentiel illimité du Continent en termes d'énergies renouvelables, estimé à 10 TW pour le solaire, à 350 GW pour l'hydroélectrique, à 110 GW pour l'éolien et à 15 GW pour la géothermique. L'abondance des sources d'énergies renouvelables les positionne en une alternative viable pour les industries extractives, souvent isolées, alimentées par des centrales à diesel, à cause de l'éloignement des réseaux d'approvisionnement.

« Le type d'énergie renouvelable le plus approprié à implanter dépendra du site. Le photovoltaïque d'une manière générale est la solution la plus accessible et la plus facile à mettre en place. Il y a aussi l'option éolienne ou les déchets organiques avec la biomasse, transformé en énergie sous forme de gaz méthane », explique Jacques Oloa, directeur et Co-fondateur d'African Solar Academy.

Une solution « durable » pour les industries extractives

Les entreprises minières sont souvent implantées au niveau des sites isolés, loin des réseaux électriques, rendant difficile tout raccordement. « Celles qui sont raccordées aux réseaux font ressortir un paradoxe, car bénéficiant de l'électricité de pays qui peinent à assurer la fourniture à sa population, alors que les entreprises ont les capacités financières de produire leur propre électricité », a déclaré Gilles Parmentier. Les coûts notamment du solaire de plus en plus compétitifs devraient pousser les sociétés minières opérant en Afrique à adopter ces solutions économiquement plus compétitives que le diesel, réductrices de leur emprunte carbone et s'inscrivant dans leur politique RSE. Selon le rapport 2019 de l'IRENA portant  sur 150 Etats, le coût de production solaire a baissé de 26 %, alors que les capacités de stockage ne cessent d'augmenter. La baisse des coûts dans la production solaire offre aux entreprises minières l'opportunité de se lancer dans la production des énergies renouvelables ou de faire appel à des sous-traitants du secteur.

« De tels investissements rendent les sociétés en questions moins exposées aux risques de fluctuation des prix des hydrocarbures », précise Parmentier.

Orientées sur des objectifs à court terme, les compagnies minières craignent souvent d'investir dans les énergies renouvelables, rebutées par les contraintes inhérentes, aggravées par les incertitudes liées à l'exploitation minière en Afrique. « Dans l'industrie extractive, les tractations avec le gouvernement pour le recours à des solutions non carbone en termes de pollutions devraient débuter dès l'obtention du droit d'exploitation du sol », affirme Jacques Oloa.

Investir dans les énergies renouvelables

L'installation de centrales solaires sur des sites miniers n'est pas sans difficultés, notamment d'ordre technique et financier. L'ouvrage nécessite la disponibilité d'une certaine superficie. Les mines restent également des zones poussiéreuses favorisant le dépôt de substances sur les plaques solaires réduisant leur efficacité. Les centrales solaires à la durée de vie moyenne de 25 ans s'amortissent sur le long terme, exigeant une vision à long terme du projet. « Une centrale peut être rentable sur une durée de 10 à 15 ans par rapport aux autres sources d'énergies alternatives.Ce qui nécessite une durée de vie résiduelle supérieure à 15 ans pour la mine et le maintien en continu de ses activités afin qu'elle soit en mesure d'absorber la production sur cette période », affirme Parmentier. Le développement des énergies renouvelables par l'industrie extractive implique la prise de dispositions particulières, des mesures d'accompagnement au cas par cas.

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 Dans les nouveaux projets miniers, les Etats africains peuvent imposer la couverture d'une partie des besoins énergétique de la mine par des énergies propres. Pour les mines existantes, ayant déjà leur centrale à diesel, il est possible de trouver le moment adéquat comme lors du renouvellement des équipements pour passer au mode d'énergie propre, dans l'optique d'éviter des coûts supplémentaires à la société minière, explique Gilles Parmentier. La solution résiderait également dans la mise en place de politiques incitatives, caractérisées par une réduction des taxes sur les équipements en énergies renouvelables pour les entreprises minières, mais aussi la détaxation de l'énergie générée par les centrales solaires, même dans le cas où l'énergie a été générée par une société indépendante.

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