Affaire BAD : Pas de nouvelle enquête, mais une « revue indépendante » du rapport du comité d’éthique

Les discussions auront été longues et houleuses, mais le bureau du conseil des gouverneurs de la BAD semble être parvenu à un consensus, en décidant finalement d’une « revue indépendante » du rapport d’enquête interne, plutôt qu’une enquête indépendante comme réclamé par les Etats-Unis.
Ristel Tchounand
(Crédits : Reuters)

S'il faut s'en tenir au communiqué de Kaba Niale, ministre du Plan et du développement de Côte d'Ivoire et présidente du bureau du conseil des gouverneurs de la Banque africaine de développement (BAD), relayé jeudi soir, il n'y aura plus d'enquête indépendante au sens propre du terme -du moins à ce stade-, concernant les accusations des lanceurs d'alerte contre le président Akinwumi Adesina.

« Le Bureau convient d'autoriser une revue indépendante du rapport du comité éthique des conseils d'administration concernant les allégations examinées par le comité d'éthique et les éléments fournis par le président dans l'intérêt d'une procédure en bonne et due forme », déclare Kaba Niale, ajoutant que ladite revue sera conduite « par une personne neutre, intègre, de haut calibre, ayant une expérience incontestable et une réputation internationale avérée dans un délai de quatre semaines maximum, en tenant compte du calendrier électoral » de la BAD.

La décision du juste milieu ?

En clair, le bureau du conseil des gouverneurs de la BAD réitère sa confiance dans le processus qui a conduit à blanchir Adesina à l'issue de l'enquête du comité d'éthique. D'après Kaba Niale, la décision d'autoriser une revue du rapport d'enquête n'a pour seul but que de « réconcilier les différents points de vue de chaque gouverneur dans la résolution de cette affaire ».

Cette nouvelle orientation tranche avec la tendance qui s'est dessinée ces dernières semaines suite à la demande des Etats-Unis d'une enquête indépendante autour des allégations de mauvaise gestion présumée par le président de la BAD. « En principe, selon la communication de la BAD, les experts chargés de cette revue indépendante recevront uniquement le rapport de l'enquête interne. Ils devront l'examiner, en évaluer la fiabilité et dire si le document a été produit dans les conditions d'indépendance », explique à La Tribune Afrique un avocat au Barreau de Paris. « A partir de là, poursuit-il, les résultats qui seront attendus d'eux ne seront pas de dire si le président de le BAD est coupable ou pas, mais simplement de dire si le rapport émis par la BAD est fiable ou pas ».

Lire aussi : BAD : Visé par une enquête indépendante, Akinwumi Adesina insiste sur son « innocence »

En d'autres termes, il n'y aura pas une reprise du processus à la base. La semaine dernière, le Nigeria a intervenu en faveur de son ex-ministre de l'Agriculture estimant anti-statutaire l'enquête indépendante réclamée les Etats-Unis à la demande des lanceurs d'alerte. Toutefois, remarque l'avocat, une nouvelle enquête indépendante serait inévitable si l'expert en charge de la revue indépendante remet en cause le rapport d'enquête.

Aucune précision pour l'instant quant au moment où la revue indépendante se fera. L'heure est probablement à la recherche de l'expert qui s'en chargera. Après un week-end dernier mouvementé où un groupe de collaborateurs a tenté de déconstruire, via une lettre ouverte, l'argumentaire des douze chefs d'Etats africains ayant affiché leur soutien à Akinwumi Adesina pour sa réélection, le président de la BAD s'est rendu au Ghana, au Sénégal et au Nigeria cette semaine pour mobiliser un soutien dont le président Muhammadu Buhari en l'occurrence l'a rassuré.

Ristel Tchounand
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