Audit Interne : A Casablanca, les professionnels africains défrichent les « next practices »

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(Crédits : DR)
La Conférence africaine des auditeurs internes s'est tenue à Casablanca ces 27 et 28 juin. Organisée par l’antenne marocaine de l’Institut des auditeurs internes (IIA-Maroc), la rencontre a connu la participation d’une vingtaine de pays africains, du président de l’IIA Global et l’Union francophone de l’audit interne (UFAI). En abordant les thématiques centrales, enjeux majeurs pour l’avenir de la profession, les auditeurs internes du Continent entendent emmener leur métier à une nouvelle dimension. Entre temps, nous apprenons que la Fédération africaine des IIA a suspendue quelques pays dont le Cameroun et le Sénégal, pour non respect des normes.

Au-delà des best practices qui caractérisent le métier l'audit interne, les next practices s'imposent impérativement comme des sujets de réflexion, d'étude et de formation pour les auditeurs internes dans le monde en générale et en Afrique en particulier. Mais comment s'y prendre en Afrique pour s'adapter aux changements permanents que connait l'écosystème des organisations, qu'elles soient des institutions étatiques, des entreprises publiques ou privées ? C'est en substance l'une des questions fondamentales auxquelles a répondu la cinquième édition de la Conférence africaine de l'audit interne qui s'est tenue à Casablanca ces 27 et 28 juin.

Placé sous le thème « L'Audit interne au service de l'efficacité de la gouvernance et du renforcement de la performance », l'événement -organisé par l'antenne marocaine de l'Institut des auditeurs internes (IIA)- a réuni administrateurs, membres de comités d'audit, directeurs généraux et directeurs d'audit interne venus de 24 pays d'Afrique du Nord, de l'Ouest, du Centre, de l'Est et australe, ainsi que l'IIA mondial et l'Union francophone de l'audit interne (AFAI). Quelques personnalités du pays hôte y étaient également représentées, notamment le chef du gouvernement marocain, Saâdeddine El Othmane et le gouverneur de Bank Al Maghrib -la banque centrale du Maroc- Abdellatif Jouahri.

Audit interne

« Nous sommes fiers d'organiser cet événement au Maroc, terre de partage et d'ouverture alliant authenticité et modernité », s'est réjoui Mounim Zaghloul, président de l'antenne marocaine de l'Institut des auditeurs internes (IAI), saluant la présence du président de l'IIA Global, le japonais Naohirio Mouri.

Fondé en 1941 et basé aux Etats-Unis, l'Institut des auditeurs internes est une association internationale dédiée à l'établissement de standards professionnels d'audit interne. Couvrant 165 pays, l'IIA est représenté dans chaque continent par les fédérations régionales qui regroupent les instituts de chaque pays. En Afrique, la fédération est active depuis 2009. L'IIA a notamment pour mission de proposer aux auditeurs internes des formations, afin d'affiner continuellement leurs compétences selon l'évolution des différents contextes propres aux organisations.

Next practices oui, mais le but reste le même

Réparti en sessions et ateliers, l'événement a abordé de fond en comble les principales problématiques émanant de la pratique de l'audit interne au sein des organisations africaines : les mécanismes de maîtrise de la gouvernance qui permettent de mieux exploiter la stratégie sur le plan opérationnel, les plans d'audit dynamiques selon les différents univers que peuvent connaitre les organisations, ou encore le précieux facteur de la transformation digitale qui ouvre notamment la porte sur les next practices.

Rappelant « la pertinence croissante de l'Audit interne en tant qu'outil de soutien essentiel à la gouvernance auxquels tous les aspects de la vie quotidienne doivent s'identifier », Eric Yankah, président de l'IIA Ghana et président de la Fédération africaine des IIA (AFIIA), assure :

« Faciliter le choix de faire ce qui est juste, faire les bonnes choses et s'assurer que les bonnes choses sont faites au bon moment résonne clairement avec n'importe qui, groupe ou institution désireux de voir, d'expérimenter le développement et la croissance. C'est le but de l'audit interne ! »

Pour lui, il est clair que la transformation digitale et tous les autres facteurs qui poussent vers les next practices ne viendront pas modifier cet objectif ultime, mais modifieront certainement la manière dont l'auditeur interne pratiquera son métier. Le président de l'IIA-Maroc, Mounim Zaghloul, abondait déjà dans ce sens dans une récente interview accordée à La Tribune Afrique, évoquant le défi que représente « la vague de digitalisation disruptive » (Blockchain, l'intelligence artificielle ou plutôt augmentée, Big Data, et IoT). « Autant de technologies qui vont bouleverser la pratique du métier d'audit interne et pour lesquelles il est temps de s'inscrire dans une dynamique de changements, afin d'accompagner pleinement les organisations dans un environnement nécessitant de plus en plus d'agilité et de proactivité », arguait-il.

Hisser le métier vers de « nouveaux sommets »

Impossible d'évoquer tous ces sujets, sans discuter de l'éternelle question des risques. Les auditeurs africains insistent sur la nécessité pour la profession, malgré les changements technologiques notamment, de travailler de façon à scrupuleusement respecter les piliers de la bonne gouvernance : transparence, contrôle, évaluation et rendre compte. « Le risque c'est tout ce qui peut écarter l'entreprise de l'atteinte de son objectif », a rappelé Tomaso Capurso, président de l'UFAI. Philani Maphanga, Associé chez PwC Afrique du Sud et leader de l'audit interne, risque et gouvernance, a -pour sa part- insisté sur un fait : « La question du risque est essentielle dans le travail de l'auditeur interne et il faut pouvoir, en ce sens, évaluer la performance de l'unité d'audit interne ».

C'est alors que la formation devient un impératif. Or, le bât blesse encore à ce niveau, notamment en matière de certification des auditeurs internes africains. « Beaucoup d'auditeurs dans les institutions du Continent, ne s'y intéressent même pas, pourtant, il est très important d'être certifié », confie une auditrice ouest-africaine à La Tribune Afrique. « L'objectif de ce genre de rencontre, c'est d'encourager les auditeurs à adhérer à l'IAI pour justement se faire former et obtenir des certifications, ce qui leur permettrait de mieux répondre aux normes du métier », ajoute-t-elle.

Par ailleurs, les participants, dont une importante proportion est issue d'institutions et entreprises publiques, ont évoqué la difficulté d'implémenter la performance au sein des institutions étatiques africaines. Et c'est à ce moment qu'intervient l'incontournable vertu de l'auditeur interne : l'éthique. « Nous avons en Afrique des administrateurs très compétents d'un point de vue technique. Mais le problème c'est l'éthique. Si l'organisation n'accorde pas la priorité à l'éthique, tout le monde sombre dans les travers », a confié à La Tribune Afrique une auditrice d'Afrique centrale.

A toutes ces problématiques, Naohirio Mouri n'a qu'une seule recette : « Mettre l'accent sur les basiques [du métier] et élever [permanemment] les standards ».

« Nous devons utiliser tous les outils fournis par les normes pour construire une fondation sur laquelle jalonner notre revendication professionnelle. Si chacun de nous s'efforce d'élever les standards dans notre pratique quotidienne, alors ensemble nous pourrons emmener la profession vers de nouveaux sommets », a déclaré le patron de l'IAI Global.

Quant les standards manquent, l'AFIIA sanctionne

C'est d'ailleurs ce manque de standards qui a poussé la Fédération africaine des IIA (AFIIA) à suspendre quelques pays dont le Cameroun et le Sénégal, a appris La Tribune Afrique auprès d'une source au sein de l'IIA. « Les Sénégalais n'ont pas respecté les normes », confie notre source. D'ailleurs le Sénégal est le grand absent des 24 délégations ayant participé à cette conférence.

Au Cameroun -qui avait pourtant accueilli la deuxième édition de la Conférence africaine de l'audit interne en 2015-, les raisons de la suspension sont les mêmes. « Nous ne respections pas les règles. Nous ne faisions pas de reporting, parce que nous n'avions pas d'activités. Les membres se sont plaints auprès de l'IIA Global disant qu'ils payent des cotisations pour rien », explique à La Tribune Afrique un auditeur camerounais, soulignant que la cotisation annuelle pour les auditeurs membres s'élève à 65 000 Fcfa par an par tête.

Actuellement les deux pays tentent de réintégrer la Fédération. Mais avant, chacun d'eux devra -par une procédure de restructuration interne- prouver sa détermination à « mettre l'accent sur les basiques » et relever les standards.

En attendant, les autres instituts du Continent aussi bien que la Fédération régionale poursuivent leurs activités et entendent bien, au bout de tous ces échanges, donner un nouveau ton à la fonction d'auditeur interne en Afrique, espérant que patrons d'entreprises publiques et privées et gouvernants saisissent pleinement l'enjeu pour le développement.

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