One Planet Summit : deux ans après, les dirigeants africains de nouveau à Paris en quête d'investissements

 |   |  1379  mots
Les chefs d'Etat et de gouvernement et des personnalités internationales, lors de la séance plénière du «One Planet Summit», le 12 décembre 2017 à la Seine Musicale à Boulogne-Billancourt, près de Paris.
Les chefs d'Etat et de gouvernement et des personnalités internationales, lors de la séance plénière du «One Planet Summit», le 12 décembre 2017 à la Seine Musicale à Boulogne-Billancourt, près de Paris. (Crédits : Reuters)
Comme en décembre 2015 lors de la COP 21 qui s’est soldée par la signature de l’Accord sur le climat, les dirigeants africains sont de retour à Paris pour le «One Planet Summit». Organisé par la France, la Banque mondiale et l’ONU, l’évènement est destiné à débloquer les fonds pour faire face à l’urgence écologique. Les chefs d’Etat africains vont devoir encore plaider leur cause.

Les chefs d'Etats africains présents ce 12 décembre à Paris pour le «One Planet Summit » ne sont certes pas aussi nombreux qu'en décembre 2015 lors de la COP 21, mais le Continent est bien représenté dans la capitale française. Le Sommet sur le climat voulu par Emmanuel Macron s'est ouvert ce matin dans la banlieue de Paris avec une forte présence de présidents africains, surtout des francophones, des représentants du secteur privé, de la société civile ainsi que des institutions financières panafricaines.

Du roi du Maroc Mohammed VI ou le Nigérian Buhari à l'Ivoirien Ouattara, en passant par le Gabonais Bongo ou le Guinéen Condé, on enregistre certes de grands absents, mais dans la cinquantaine de délégations de haut niveau présentes sur le site de La Seine musicale en Boulogne-Billancourt, la délégation africaine en impose. Organisé par la France en partenariat avec l'ONU et la Banque mondiale, le thème du sommet en dit long sur son objectif principal : «La finance publique et privée au service de l'action climat».

En plus d'une cinquantaine de chefs d'Etats présents ainsi que le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, et le président du groupe de la Banque mondiale, Jim Yong Kim, des personnalités politiques et décideurs économiques de premier plan, d'éminents experts et de représentants des ONGs internationales venus en masse, vont échanger avec des «people» spécialement invités pour l'occasion à l'image de la star hollywoodienne Léonardo Di Caprio, en sa qualité de militant écologique.

A l'évidence, il s'agit d'un aspect particulier qui n'est pas opportun, puisqu'il s'agit aussi de compenser l'absence du président américain Donald Trump, un climato-sceptique convaincu et actif surtout, lui qui n'a pas manqué de retirer son pays de l'Accord de Paris. Les Etats-Unis sont d'ailleurs bien présents au Sommet de Paris avec une importante délégation de philanthropes, d'experts et d'investisseurs.

Presque un air de déjà vu pour l'Afrique

Le «One Planet Summit», ce n'est pas la COP dont la 23e édition vient juste de se tenir il y a quelques semaines à Bonn en Allemagne, mais à bien des égards l'évènement a des allures de déjà vu ! Des discours certes, mais aussi des promesses qui risqueront d'être vaines. Si au niveau des institutions internationales et de certains pays, l'on met en avant le fait que la dynamique est déjà en marche, il faut bien se rendre à l'évidence que dans les faits, la communauté internationale est loin du compte pour ce qui est du respect de ses engagements. C'est particulièrement le cas du financement avec la promesse des 100 milliards de dollars annoncés en grande pompe en 2015 et qui seront débloqués annuellement jusqu'en 2020. Sauf que la tenue même du Sommet de Paris témoigne du fait que l'objectif est loin d'être atteint.

[Lire aussi :  Les 100 milliards de la COP22 : le «bluff» du siècle ?]

Pour l'Elysée, c'est certes un joli coup diplomatique qui conforte le leadership mondial français sur la question de climat. Mais pour les autres pays, surtout les pays africains, l'enjeu c'est de maintenir la dynamique de Paris et de passer enfin aux actions. D'autant qu'il sera question de financement cette fois et l'enjeu pour Emmanuel Macro comme le lui ont rappelé les ONG à la veille de l'évènement, c'est que des annonces concrètes soient faites lors de l'évènement. Ce à quoi s'attelle la présidence française, alors que Macron qui a déjà annoncé que des décisions concrètes seront annoncées.

«Deux ans jour pour jour après l'Accord historique de Paris, l'heure est aux actions concrètes. Beaucoup agissent déjà : des projets qui illustrent la transition à l'œuvre seront présentés. Beaucoup reste encore à faire pour atteindre nos objectifs : des engagements seront pris».

«Le One Planet Summit est l'alliance de centaines de leaders internationaux, tous secteurs confondus, déterminés à montrer la force du collectif face à un enjeu aussi global que la lutte contre le changement climatique», expliquent les organisateurs de l'évènement. Il s'agit, au cours d'une journée de travaux, de trouver de nouveaux moyens de financer l'adaptation des modes de vie aux transformations inéluctables, d'accélérer encore la réduction des émissions de gaz à effet de serre et d'ancrer les problématiques climat au cœur de la finance.

En quête d'investissements

La rencontre de Paris veut donc insuffler une nouvelle dynamique au financement de l'action climatique, un enjeu de premier ordre pour le Continent. C'est connu même s'il est important de le rappeler encore, l'Afrique n'est que le parent pauvre des financements verts, alors que le Continent ne contribue que très faiblement à l'émission des gaz à effet de serre et surtout, la région dispose du potentiel pour apporter des réponses à certains défis engendrés par le réchauffement climatique.

[Lire aussi : Ouverture de la Cop 22, la conférence des ambitions africaines]

Longtemps, l'on a reproché au Continent de ne pas pouvoir présenter des projets «bancables» qui attireraient des investisseurs dans un secteur porteur, mais à risques. Ce n'est désormais pas le cas au regard des initiatives régionales comme celle dite «Triple A», lancée par le Maroc et soutenue par une trentaine de pays ou des solutions locales à l'échelle des différents pays et bénéficiant de l'appui de certains partenaires comme la BAD, mais qui buttent sur le manque de financements.

Alors qu'il est question de débloquer des financements, l'opportunité se présente donc pour le Continent de remettre à l'ordre du jour ses priorités et de vendre l'attractivité de ses projets en matière d'adaptation, d'atténuation et de mobilisation en faveur du climat.

Des solutions africaines bancables

A la veille du Sommet de Paris, l'une des initiatives des plus emblématiques du Continent, portée par l'UA depuis la COP 21, n'a pas manqué de rappeler tous les espoirs placés en elle. Il s'agit de l'Initiative de l'Afrique sur les énergies renouvelables (IAER) que dirige actuellement Seyni Nafo, ambassadeur chargé des négociations pour le climat au nom du Continent.

L'initiative vise à «permettre à l'Afrique de passer rapidement à des systèmes énergétiques modernes, renouvelables, intelligents et capables à la fois de soutenir l'industrie et d'atteindre les personnes qui n'ont actuellement pas un accès adéquat aux services énergétiques modernes». Avec des objectifs précis puisqu'il s'agit d'atteindre au moins 10 GW de capacité de production supplémentaire d'énergie renouvelable d'ici 2020 et un accès universel à l'énergie d'au moins 300 GW d'ici 2030.

«Les pays africains prennent effectivement les devants sur la scène internationale et tracent la voie permettant à l'Afrique d'être le leader en matière d'énergies renouvelables. L'Initiative de l'Afrique sur les énergies renouvelables innove en formulant des plans d'investissement concrets qui sont dans l'intérêt des pays développés et des pays africains, en réalité un plan Marshall pour le climat et le développement. Le financement de la lutte contre le changement climatique devient alors une approche attrayante et gagnant-gagnant qui peut rompre le mode de blocage des négociations actuelles sur le financement climatique».

D'après l'appel lancé par l'IAER, les engagements financiers de 10 milliards de dollars doivent être alignés sur les priorités africaines. «Les bonnes nouvelles sont que les coûts de l'énergie renouvelable sont en chute libre et déjà souvent l'option la moins chère. Le financement climatique est nécessaire pour sécuriser les investissements nécessaires et accélérer cette tendance positive», poursuit le plaidoyer de l'Initiative.

Des arguments qui vont désormais s'ajouter aux discours des chefs d'Etat africains qui, de Paris à Bonn, en passant par Marrakech et cette fois de nouveau à Paris, vont devoir encore plaider leur cause.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :