Microfinance camerounaise, faudrait-il plafonner les taux ?

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(Crédits : DR)
Très sollicités par les bénéficiaires, les établissements de microfinance du Cameroun font l’objet de vives critiques relatives aux taux d’intérêt pratiqués. Ces derniers s’en défendent sans convaincre, en brandissant un faible soutien de l’Etat. C’est la source d’une véritable controverse aux multiples facettes interpellant différentes composantes du pays. Faudrait-il plafonner les taux ?

« Les taux sont trop élevés !», se plaint Stella Effa, une marchande bénéficiaire d'un Etablissement de microfinance (EMF) depuis deux ans. En dépit de la forte concurrence dans le secteur de la microfinance, les taux d'intérêts restent en effet élevés. Les taux débiteur et créditeur moyens ressortent à 21% et à 4%, pour une marge d'intermédiation moyenne de 17%. En effet, ces taux oscillent entre 6 et 63% pour les intérêts débiteurs et entre 1 et 22% pour les intérêts créditeurs. S'agissant des taux d'intérêt débiteur et créditeur dans le secteur de la microfinance, ceux-ci ne sont pas réglementés et les EMF sont libres de les fixer. Le rapport d'évaluation du secteur de la Microfinance du Ministère des Finances du Cameroun le qualifie de triste réalité.

Normalement considéré comme un instrument de lutte contre la pauvreté et contre l'exclusion sociale, les EMF se rapprochent petit à petit du modèle bancaire classique et trahissent leur mission, comme le souligne le Dr Ruth P. Godwin-Groen dans une note du Groupe consultatif pour assistance aux pauvres (CGAP).

« Les EMF se doivent d'utiliser des taux d'intérêt leur permettant de couvrir leurs coûts administratifs, le coût du capital, y compris le coût de l'inflation, les pertes sur créances et une augmentation de leurs fonds propres. Les EMF qui ne respectent pas cette règle ne peuvent fonctionner que pendant un certain temps, ne servent qu'une clientèle restreinte et privilégient la plupart du temps les objectifs fixés par un bailleur de fonds ou par un gouvernement, plutôt que les besoins de leurs clients. »

Les EMF accusent l'Etat

« Le taux d'intérêt consiste en un service, le meilleur possible, pour lequel différents types de coûts opérationnels, liés aux pertes sur crédits, les marges prises sur l'opération et liés au fait de disposer des fonds prêtés, sont encourus par l'EMF. Ces coûts, selon leur nature, sont plus ou moins maîtrisables », explique Elodie Parent-Proparco, une experte de la Microfinance. Elle permet de comprendre cette déclaration faite à Stella Effa qui a cherché à comprendre pourquoi un taux si élevé. « Ce sont les risques de ne pouvoir se faire rembourser, les besoins de l'institution et les impôts payés à l'Etat qui sont à la base de ce taux ».

Certains responsables des EMF au Cameroun hésitent à répondre aux questions relatives aux taux pratiqués. L'un d'eux joint par nos confrères de Finance Inclusive a pu, sous anonymat, confier : « Un EMF n'est pas une fondation, encore moins une association d'aide aux indigents ». Tout ahuri, il poursuivra en disant : « nous avons des bâtiments avec le loyer, les équipements de travail, les charges salariales relatives au personnel pour satisfaire les besoins des clients, les factures d'électricité, d'eau, etc. donc nos obligations sont nombreuses ». Hormis les acteurs directs, des observateurs avisés s'intéressent au phénomène et conseillent une revue de ces taux.

Faudrait-il plafonner les taux ? La question est une autre facette de cette même problématique. Gonzalez-Vega, expert en microfinance trouve qu'une telle limitation serait contre-productive. L'obligation de pratiquer de faibles taux risque de conduire les institutions à se concentrer sur les clients moins nombreux, les plus profitables et « puissants ». « Par contrecoup ; les institutions vont augmenter leur crédit moyen pour diminuer leurs coûts et vont donc exclure les plus pauvres ». Ce serait manquer à leur mission qu'est l'accompagnement des plus pauvres. Quoiqu'il en soit, la réflexion devrait se poursuivre.

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Commentaires
a écrit le 16/08/2019 à 18:31 :
L’État doit prévoir des mesures incitatives pour les EMF qui opèrent en milieu rural, en particulier pour ceux qui ciblent les petits producteurs.
Pour donner l'exemple de la région de l'Extrême-Nord que je maîtrise, les EMF qui ciblent les petits producteurs agricoles n'existent presque pas. Ces derniers sont obligés de ce déplacer vers les centres urbains (Maroua, Yagoua, Mokolo) pour avoir accès aux services financiers des EMF.
Les mesures incitatives ne signifient pas forcément subventionner ces institutions, mais un meilleur encadrement qui favorise l'inclusion financière des plus pauvres.

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