UEMOA : la Bourse régionale veut monter en puissance

Portée par des performances exceptionnelles en 2015, la Bourse Régionale des Valeurs Mobilières (BRVM) ambitionne de se mettre plus amplement au service du développement des pays de l'UEMOA. Une ambition qui exige certaines mutations dans les services qu'offre cette Bourse, ainsi que dans le cadre offert par l'Union régionale en elle même.

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(Crédits : Reuters)

La BRVM a enregistré en 2015 une progression de plus de 17% de son indice composite (au moment où l'UEMOA connaissait une croissance de 6,5%). Elle se positionne à l'heure actuelle parmi les 15 bourses africaines les plus dynamiques. «Face aux reflux des financements internationaux depuis 2008, ce marché revêt dorénavant une importance certaine dans le financement du développement régional», apprécie Maxime Akpaca, Directeur de la stratégie à la Banque Ouest Africaine de Développement (BOAD), le bras financier de l'UEMOA. « De l'épargne existe dans la zone UEMOA; il faut juste aller la mobiliser. "Total-Sénégal" recherchait 3 milliards de Fcfa; en une journée, elle en a récolté 8 sur le marché boursier », illustre Edoh Amenounve, Directeur général de la BRVM.

Financer l'infrastructure, le casse-tête

En dépit de cet environnement favorable à l'atteinte de ses objectifs, plusieurs acteurs de la finance ouest-africaine sont d'avis que la BRVM demeure largement sous-exploitée, au regard de ses capacités et des besoins pressants en financement à l'échelle de la zone. « La BRVM ne joue pas encore un rôle structurant pour financer la croissance dans l'UEMOA, car ce marché régional doit aider au développement des infrastructures et du secteur privé. Les investissements en infrastructures ne s'élèvent pour l'heure qu'à 3% du PIB des Etats de l'UEMOA », critique méthodiquement Paul H. Aithnard, Directeur Groupe, marchés des capitaux et d'actifs à Ecobank. Pour plus d'efficacité et d'utilité, cette Bourse doit, à ses yeux, « privilégier la mise en place de véhicules d'investissements qui offrent plus de garanties aux investisseurs privés comme les Partenariats publics-privés, les "projects bonds", les fonds d'investissements, etc. A titre d'exemple, très peu de pays de l'UEMOA peuvent supporter des investissements de 200 millions de dollars; les fonds d'investissements peuvent les y aider » dans de telles circonstances, plaide ce responsable financier.

Financer autrement...

Une mutation dans le recours aux services de la BRVM dans cet ensemble de 8 Etats passe inéluctablement par l'approche que font les PME/PMI de ce marché financier porteur. La raison est toute simple : « La plupart des entreprises de l'UEMOA sont des PME/PMI, alors que les banques ne financent généralement que les grandes entreprises. Au même moment, il faut avouer que ces entreprises n'ont pas la culture boursière. Il faut davantage de communication de la BRVM à l'égard de ces PME/PMI », décrypte Venance Agokpome, vice-président de la Chambre de commerce du Togo. Il faut nécessairement s'inventer les moyens d'« inciter les sociétés de l'UEMOA à se tourner un peu plus vers le marché boursier. L'incitation vers la bourse commande un peu plus d'exonérations fiscales pour ces entreprises. Faire l'option de la bourse, c'est encourager la levée de ressources longues et domestiques via des crédits hypothécaires et même les assurances », propose sous anonymat un analyste financier.

« La cotation boursière est une couverture permanente de risque pour toute PME/PMI dans la sous-région. Les grandes entreprises recourent le plus souvent au marché de la BRVM car elles sont mieux organisées et structurées », commente de son côté Mensah Assigbi, Directeur de la Société de gestion et d'intermédiation du Togo. Une nouvelle donne appelée par les vœux de plusieurs opérateurs du marché de la BRVM et qui commande une approche gagnante de la part des banques.

...pour plus d'efficacité

« Les banques sous-régionales doivent accompagner la transition vers le recours à la BRVM (...) Il appartient aux entreprises régionales de trouver un juste-milieu entre le financement sur fonds propres et l'emprunt », concède Michel Koffi Dorkenoo, DG de Banque Atlantique -Togo, actuel Président de l'Association professionnelle des banques et établissements financiers du Togo. «D'où l'impérieuse nécessité pour les banques de digitaliser leurs services dans une Afrique à fort taux de pénétration des TICS. On a souvent l'impression que les banques régionales ne proposent pas des produits de gestion d'actifs et de portefeuilles; elles sont heureusement en train de prendre la mesure de cette tare », conjecture M. Dorkenoo. « Une rééducation financière implémentée dans les familles de la sous-région pour une meilleure pénétration de la culture boursière est à même d'accélérer une accumulation des richesses dans nos économies, pour financer le circuit régional. Les défis de financement dans l'UEMOA restent nombreux ». Ce qui justifie les réformes enclenchées en interne à la BRVM pour «la rendre performante et améliorer ses services», assure Edoh Amenounve, en guise de prémices d'une nouvelle et dynamique ère boursière dans l'UEMOA.

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