Togo/Guinée : après Vincent Bolloré, son groupe mis en examen pour corruption

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(Crédits : Reuters)
Pour les mêmes faits, le logisticien français Vincent Bolloré avait été mis en examen en avril dernier sur la base de soupçons de corruption d’agents étrangers, faux et usage de faux. Dans l’affaire des concessions portuaires à Lomé et à Conakry, la holding du milliardaire français devrait aussi répondre des mêmes accusations devant la justice française. Le conglomérat est à son tour mis en examen depuis ce mercredi 12 décembre 2018. Mais il n’entend pas se laisser faire.

Informer pour mieux nier. Avant même que la nouvelle ne soit diffusée dans les médias, le groupe Bolloré SA s'était déjà fendu d'un communiqué de clarification. « La holding Bolloré SA, qui n'est en rien concernée par les faits objets de l'investigation, a décidé d'exercer un recours afin d'être mise hors de cause », affirme le groupe dans son communiqué lapidaire de deux petits paragraphes, daté du 12 décembre 2018.

Même patron, même groupe, mêmes accusations

Le même jour, le conglomérat éponyme du logisticien français a été mis en examen sur de soupçons de « corruption d'agent étranger », complicité d'« abus de confiance » et de « faux et usage de faux » dans l'affaire des concessions portuaires à Lomé et à Conakry. Les mêmes faits avaient valu au patron du groupe, Vincent Bolloré, sa mise en examen sans contrôle judiciaire après une garde-à-vue de deux jours, le 25 avril 2018.

Six mois après ces accusations pour lesquelles la peine peut aller jusqu'à 10 ans de prison et 1 million d'euros d'amende, le groupe du milliardaire est pris à son tour dans la tourmente judiciaire. « c'est la suite logique, sans aucun élément nouveau à la procédure depuis le mois d'avril, afin que la société ait accès au dossier », déclare Olivier Baratelli, l'avocat du groupe et de son patron joint par l'AFP, empruntant les mêmes éléments de langage que le communiqué.

En charge de l'enquête au Pôle financier de Paris, les juges Serge Tournaire et Aude Buresi soupçonnent le groupe français d'avoir décroché des concessions portuaires pour sa filiale Bolloré Africa Logistics (alors SDV) à Lomé et à Conakry. S'appuyant sur des documents retrouvés au cours de perquisitions au siège du groupe en 2016, les juges estiment que le businessman aurait offert, via sa filiale Havas, des prestations sous-évaluées de conseil politique pour la réélection de Faure Gnassingbé au Togo et l'élection d'Alpha Condé en 2010 en Guinée, en échange de la gestion des ports de Lomé et de Conakry.

Les justices togolaise et guinéenne, pas trop intéressées

Cette année-là, la SDV a décroché le contrat de gestion du port de Conakry, six mois seulement après l'arrivée au pouvoir d'Alpha Condé, qui revendique lui-même une amitié trentenaire avec Vincent Bolloré. Peu avant la réélection de Faure Gnassingbé, le groupe Bolloré avait aussi remporté le marché de la gestion du port de Lomé. Mais il nie en bloc toutes les accusations.

L'ampleur du scandale déclenché par la justice française avait atteint les côtes africaines. Même si au Togo, les autorités ne se sentent pas concernées, elles proposent une collaboration avec la justice française pour faire la lumière sur l'attribution de la gestion du port de Lomé. A Conakry, Alpha Condé manie la carotte et le bâton. Pressé par les questions de nos confrères du journal Le Monde, le président guinéen avait nié les faits à mots couverts.

« Bolloré remplissait toutes les conditions de l'appel d'offres. C'est un ami, je privilégie les amis. Et alors ? » s'interrogeait le président guinéen auprès du Monde. Dans une seconde sortie dans la presse, le président guinéen menace de porter « plainte en diffamation » toute personne qui l'impliquerait dans le scandale. En attendant la mise en examen donne un nouveau tournant à la procédure qui n'a pas trop intéressé les justices des deux pays concernés.

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