Côte d’Ivoire/électricité : les ménages à l’abri d’une hausse des tarifs... pour le moment

Le gouvernement ivoirien a confirmé qu’il n y a pas de hausse des prix de l’électricité pour les deux années à venir. Alors que le pays a besoin d’ajuster les tarifs pour compenser les investissements consentis dans le secteur comme le recommande la Banque mondiale, la hausse ne concernera pour le moment que les industriels. Le pays entend accélérer le processus de libéralisation de son secteur énergétique afin de stimuler la concurrence et améliorer la production du pays.

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(Crédits : DR)

Pas de hausse des tarifs de l'électricité en vue en Côte d'Ivoire. Le président Alassane Dramane Ouatara vient de le confirmer lors du message qu'il a adressé aux travailleurs à l'occasion de la fête du 1er mai. « Comme vous le constatez, le prix de l'électricité n'a pas augmenté en 2016. Il en sera de même pour les ménages en 2017 », a souligné le chef d'Etat ivoirien, histoire de mettre définitivement fin aux rumeurs qui reviennent régulièrement au devant de l'actualité sur une probable augmentation des tarifs.

Ce n'est d'ailleurs pas la première fois qu'un responsable ivoirien insiste, ces derniers temps, sur cette question assez sensible dans un contexte marqué par des risques d'explosion sociale à chaque nouvelle mesure qui tend à rogner ne serait-ce qu'un peu, le pouvoir d'achat des ménages. Il y a une semaine, le premier ministre Amadou Gon Coulibaly a également promis que « l'augmentation tarifaire de l'électricité n'est pas à l'ordre du jour, ni cette année, ni l'année prochaine ».

Le premier ministre ivoirien qui présentait le bilan de ses 100 premiers jours a toutefois confirmé que des négociations sont en cours avec les industriels et selon le ministère en charge de l'énergie, une hausse des tarifs pour les gros consommateurs entrera en vigueur à partir de juillet prochain. Elle sera de l'ordre de 3% et selon les estimations, le réajustement tarifaire devrait concerner quelques 0,3% des abonnés de la tranche moyenne et haute tension des clients de la Compagnie ivoirienne d'électricité (CIE), filiale du groupe Eranove.

Libéralisation

Le président ivoirien a saisit l'occasion pour faire le point sur l'Etat d'avancement du processus de libéralisation du secteur qu'il a annoncé il y a exactement une année jour pour jour. Selon Alassane Dramane Ouatara, « les études préliminaires sont avancées et devraient déboucher sur l'élaboration, d'ici la fin de cette année, de la feuille de route de la libéralisation ».

Les autorités comptent sur ce processus pour rendre le secteur plus compétitif et attirer ainsi des investisseurs. Depuis quelques années, le pays a dû investir massivement pour assainir le secteur et renforcer le réseau de production, de stockage ainsi que les infrastructures de distribution. Avec une hausse moyenne annuelle de 10% de la demande d'électricité, le pays entend investir jusqu'à 18 milliards de dollars d'ici 2030 pour sécuriser son approvisionnement et par la même occasion devenir un acteur majeur du marché sous-régional. Le pays dispose déjà d'une capacité de près de 2.000 MW qu'il entend doubler d'ici 2020 afin notamment de soutenir la transformation économique du pays à travers l'industrialisation.

La décision des autorités ivoiriennes ne manquera pas toutefois d'être vu d'un mauvais œil par certains partenaires du pays, notamment la Banque mondiale qui accompagne le pays dans la réforme de son secteur énergétique. L'année dernière, la Banque mondiale a fait de la hausse des tarifs de l'électricité, une probabilité pour 2017 afin notamment de couvrir le coût de production pour la compagnie nationale.

« L'année prochaine, (2017,  NDLR), il y aura un nouveau réajustement tarifaire pour rendre le secteur de l'électricité plus viable », a même annoncé, en octobre dernier, le chef des opérations de la Banque mondiale dans le pays. « Le prix n'est pas suffisant pour couvrir le coût de la production », a expliqué Pierre Laporte lors d'une conférence de presse à Abidjan, alors que le pays sortait d'une période de turbulences engendrée justement par une première tentative des autorités d'augmenter les tarifs.

En juillet 2016, des émeutes ont éclatés dans plusieurs villes du pays notamment à Bouaké dans le nord du pays, contre la hausse des tarifs qui a fait exploser les factures des ménages. La contestation s'est amplifiée à un tel point que les autorités ont dû surseoir à augmenter les tarifs.

Marge de manœuvres et paix sociale

Face à cette situation, la Banque mondiale est revenue à la charge même si à l'heure actuelle, les autorités ne comptent pas s'aventurer sur ce registre au nom de la « paix sociale ». Il reste que certains syndicats ne se montrent guère convaincus par les promesses des autorités surtout que les industriels et autres acteurs économiques risqueront de répercuter la hausse sur les prix des biens de consommation.

Les autorités ont promis de veiller mais jusqu'à quand serait-on tenter de dire. Avec la crise budgétaire que connait le pays en raison de la  baisse des cours de cacao, le gouvernement ivoirien a été obligé de s'imposer une certaine austérité avec une baisse de 5% des dépenses de fonctionnement des différents ministères. Les marges de manœuvres sont en effet assez réduites, ce qui va certainement impacter la subvention publique pour le secteur. Du reste, le premier ministre ivoirien a, d'une manière à peine voilée, préparé l'opinion à ne pas écarter toute éventualité. S'il a promis qu'il y aura pas de hausse ni cette année, ni l'année prochaine, Amadou Gon Coulibaly a tenu à souligner « qu'il est bon que les populations sachent que la production, le transport et la distribution de l'électricité a un coût ». Bon à savoir...

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