Quelle transition écologique pour l'industrie manufacturière en Afrique  ?

Bien que responsable de 4% des émissions globales de gaz à effet de serre (GES), l'Afrique est particulièrement exposée aux chocs climatiques. Lundi 27 septembre, à l'occasion de l'Africa Climate Week (ACW), McKinsey & Company présente le rapport « Africa's Green Manufacturing Crossroads : Choices for a low Carbon Industrial Future » relatif à l'empreinte climatique de l'industrie manufacturière sur le continent...

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(Crédits : Reuters)

Les conclusions du dernier rapport du groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) viennent rappeler l'urgence climatique. Les cinq dernières années ont été les plus chaudes jamais enregistrées depuis 1850. La hausse du niveau de la mer est devenue trois fois plus rapide qu'entre 1901 et 1970 et la fonte du Groenland a été multipliée par six entre 2010 et 2019. La rapidité des changements climatiques est directement liée aux émissions de CO2, dont les conséquences pourraient rapidement atteindre des points de basculement irréversibles. Selon le rapport du GIEC, le réchauffement de la planète pourrait s'élever à +1,5°C d'ici 2030, soit dix ans plus tôt que prévu.

En dépit de ce « choc climatique » annoncé, l'Afrique doit pourtant poursuivre son développement en renforçant notamment ses infrastructures, sur fond d'engagements responsables. Selon la Banque africaine de développement (BAD), les besoins en infrastructures du continent sont compris entre 130 milliards de dollars et 170 milliards de dollars par an. Dès lors, se pose la question du développement structurel de l'Afrique et de son coût, dans le respect des objectifs de développement durable (ODD) définis par les Nations Unies et d'engagements climatiques inscrits dans l'Accord de Paris. Pour McKinsey, concilier l'industrialisation à la croissante verte est un impératif que l'Afrique est en mesure de relever...

L'industrie manufacturière, une opportunité verte pour l'Afrique ?

« La moitié des infrastructures industrielles susceptibles d'émettre des GES en 2050 ne sont pas encore présentes en Afrique. L'industrie manufacturière a donc la possibilité de faire un saut technologique, en privilégiant le développement de solutions à faible émission carbone. Cette stratégie permettrait d'éviter une forte dépendance aux énergies fossiles et les coûts liés à la transition de la filière combustibles vers les énergies renouvelables, telle que constatée dans les pays développés. Cette perspective ouvre également la voie à une économie africaine plus compétitive, résiliente et durable », estime Kartik Jayaram, associé senior du bureau de McKinsey à Nairobi.

Les choix que prendra le continent, seront déterminants pour l'Afrique, mais aussi pour le reste du monde et selon Kartik Jayaram, « les opportunités pour concilier industrialisation et croissance verte » ne manquent pas. Par ailleurs, le secteur manufacturier sur le continent, pourrait générer à terme, quelque 6 millions « d'emplois verts ».

« Dans la course mondiale vers la neutralité carbone, de nombreux pays hors Afrique se sont déjà engagés à atteindre des objectifs ambitieux, en adoptant un cadre réglementaire et fiscal permettant de réguler les émissions de GES de biens importés. Face à cette évolution, le secteur manufacturier africain pourrait voir sa compétitivité réduite et se retrouver dans l'incapacité de répondre aux nouvelles exigences d'exportation à l'échelle internationale », précise Kartik Jayaram.

Le ciment, en tête des secteurs émetteurs de GES

Le rapport de McKinsey & Company indique que l'industrie manufacturière africaine émet actuellement environ 440 mégatonnes d'équivalent de CO2 (Mt éq CO2), soit 30 à 40 % du total des émissions africaines. Cinq secteurs sont principalement responsables des GES en Afrique selon McKinsey & Company. Le secteur du ciment à lui seul représente 32 % des émissions totales de l'industrie manufacturière africaine. Par ailleurs, la transformation du charbon en liquide pour produire des carburants liquides et des produits pétrochimiques à partir du charbon s'élève à 13 %, le raffinage du pétrole à 5 %, le fer et l'acier à 6 % et enfin, l'ammoniac utilisé dans la production d'engrais à 4 %.

En termes de répartitions géographique, les locomotives démographiques et économiques du continent campent la tête du classement des GES. En effet, 75 % sont concentrées dans 4 pays : 37 % en Afrique du Sud, 20% en Egypte, 10% en Algérie et 7% au Nigeria.

Selon le cabinet international de conseil en stratégie, la trajectoire vers la neutralité carbone s'accompagnerait d'un investissement de près de 2 000 milliards de dollars supplémentaires dans les secteurs de l'industrie et de l'électricité au cours des 30 prochaines années. Cette transition écologique devrait s'accompagner de nombreuses créations d'emplois.

« Alors qu'environ 2,2 millions d'emplois pourraient être perdus à l'échelle mondiale en raison de l'obsolescence de certaines technologies, 3,8 millions de nouveaux emplois pourraient voir le jour d'ici à 2050 dans le secteur manufacturier. Cette croissance serait principalement motivée par le développement de nouvelles entreprises vertes, des flux d'investissement en hausse dans les énergies renouvelables, principalement l'hydrogène, le solaire et l'éolien, ainsi que la complexité accrue de certains processus », explique Kartik Jayaram.

Enfin, en matière sectorielle, le rapport de MacKinsey & Company identifie 24 opportunités économiques, notamment dans les secteurs de l'agriculture, des biocarburants, des matériaux de base, de l'énergie, des emballages et des plastiques, des transports et des textiles.

Quels scénarios pour demain ?

Le premier scénario envisagé repose sur l'hypothèse que les pays africains tiendront leurs engagements en matière de contributions déterminées au niveau national (CDN) dans le cadre de l'Accord de Paris sur le climat, sans se lancer dans la décarbonation. Le second repose sur le postulat que les engagements de l'Afrique en matière de CDN sont alignés sur la moyenne mondiale. Le troisième scénario relatif à la neutralité carbone suppose que l'industrie manufacturière africaine utilise « tous les leviers disponibles pour réduire fortement ses émissions, en prévoyant que celles-ci ne représentent que 47 Mt éq CO2 d'ici à 2050 ».

Cette troisième hypothèse serait rendue possible à travers l'accélération des innovations technologiques en particulier selon Adam Kendall, associé du bureau de McKinsey & Company de Lagos, au Nigeria. « L'intensification du recours aux énergies renouvelables dans le secteur de l'électricité est essentielle pour atteindre la neutralité carbone. Moins il y aura de demandes des secteurs émissifs, plus les secteurs alternatifs à faibles émissions se généraliseront », estime-t-il.

A ce jour, le continent oscille entre les deux premiers scénarios alignés sur la moyenne mondiale, dont le dernier rapport du GIEC vient de souligner l'insuffisance pour contrecarrer les pires scénarios climatiques envisagés...

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