Agriculture : le plaidoyer du CIRAD pour l'intégration de l'information géospatiale dans les politiques agricoles

Dans la revue spécialisée «Perspective» du Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement, les experts déplorent la sous-utilisation des informations géospatiales dans les stratégies de développement agricole en Afrique. Investir dans ces produits serait essentiel pour établir des politiques agricoles plus efficientes.
Pour les experts, l’information géospatiale africaine souffre d’activités
dispersées, principalement menées grâce à des projets ponctuels,
souvent concurrents dans la recherche de financements.
Pour les experts, l’information géospatiale africaine souffre d’activités dispersées, principalement menées grâce à des projets ponctuels, souvent concurrents dans la recherche de financements. (Crédits : DR.)

«Les informations géospatiales et leurs produits dérivés, conçus pour contribuer à la définition des politiques publiques agricoles, sont peu utilisés en Afrique». C'est le constat que dégagent les experts du Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (CIRAD) qui reviennent sur cette thématique dans l'édition du mois de mai 2019 de la revue Perspective que publie l'institution. Selon ceux-ci, les besoins en informations géospatiales actualisées pour accompagner les politiques publiques agricoles sont d'autant plus importants que les systèmes statistiques nationaux, basés généralement sur des inventaires, sont souvent défaillants.

«Le continent a cependant du mal à produire ces informations géospatiales. Les centres de formation aux technologies du spatial et les universités dispensant des cursus en télédétection (acquisition d'informations spatiales) et en géomatique (méthodes et outils d'analyse des données géographiques) sont peu nombreux et concentrés dans quelques pays», argumentent les experts.

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«Même là où ces centres existent, l'accès aux images satellitaires et aux outils de traitement n'entraîne pas un usage accru des données et informations géospatiales. Malgré les nombreux projets déployés sur le Continent africain depuis la fin des années 2000, les services basés sur des données de télédétection restent rares, principalement par manque de compétences et d'interactions entre utilisateurs et producteurs d'informations», alerte le groupe d'experts. Parfois même de nombreux produits sont disponibles, mais leur potentiel est encore inexploité, ajoutent ceux-ci en évoquant l'exemple des spatiocartes qui sont des images satellitaires en couleurs naturelles, géo-référencées, avec une surcouche incluant des éléments de paysage tels que les routes, les villes, les cours d'eau, etc.

«La stratégie d'offre de technologies, largement impulsée par les institutions du Nord, a pour objectif de transférer des données et des produits qui ne répondent que partiellement à la demande africaine», rapporte la revue Perspective. Les méthodes employées ne sont pas adaptées aux systèmes agricoles africains, plus diversifiés et beaucoup moins documentés que l'agriculture des pays industrialisés. Aussi, précise-t-on, les conditions environnementales, la diversité des systèmes agricoles, le manque d'images et de données complémentaires, et les difficultés du partenariat sont des contraintes pour le transfert et l'adaptation entre les pays du nord et l'Afrique.

Un environnement stable pour des services informationnels opérationnels

Pour le CIRAD, malgré tout, les pays africains devraient chercher à investir grandement dans la production des informations géospatiales et dans l'utilisation pleine de ces dernières. Pour y arriver, il est essentiel de mettre en place un environnement favorable pour garantir des services informationnels opérationnels, faire en sorte que cet environnement soit au service des utilisateurs finaux et structurer des réseaux de compétences.

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«Pour que des services opérationnels produisent de l'information pertinente et utile, un environnement stable doit être garanti aux entreprises, aux institutions et aux projets. Ces services co-construits naissent dans le cadre d'un partenariat pérenne entre les chercheurs, les opérateurs chargés des études et les utilisateurs finaux. La recherche ouvre alors d'autres voies d'exploitation des images satellitaires pour documenter et expliciter les processus de transformation de l'agriculture. Enfin, des réseaux de compétences interdisciplinaires structurés sur le temps long sont nécessaires pour favoriser les échanges méthodologiques et thématiques», résume le groupe d'experts.

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