AfricaDays 2018 mise sur la «révolution verte 2.0»

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La soirée a également été l'occasion de la remise du Prix The Seed Project/HEC/OCP décerné cette année, à la start-up kenyane ACRE Africa.
La soirée a également été l'occasion de la remise du Prix The Seed Project/HEC/OCP décerné cette année, à la start-up kenyane ACRE Africa. (Crédits : DR)
Pour la seconde édition des AfricaDays, HEC Paris a misé sur le thème de l'agriculture. Réunissant experts de haut niveau et invités de marque, le campus a mis en exergue le rôle croissant du digital dans l'agriculture africaine mais aussi les défis liés à l'autosuffisance alimentaire et à la préoccupante crise de l'eau...

Premier employeur du continent, l'agriculture longtemps figée dans des méthodes de production archaïques, est désormais bousculée par l'introduction du digital. « Quel avenir pour l'agriculture africaine ? La révolution verte 2.0 », tel était le thème retenu pour la seconde édition des AfricaDays 2018, qui s'est déroulée sur le Campus d'HEC Paris à Jouy-en-Josas, mardi 3 avril dernier.

« En Afrique, le portable s'est développé sans passer par l'étape du téléphone filaire », il pourrait en aller « de même pour l'agriculture » envisage Patrick Caron du Comité des Nations-unies sur la Sécurité alimentaire mondiale (CFS), pariant sur un leapfrog agricole...

« Dans 3 ans, nous allons atteindre 1 milliard de Smartphones en Afrique et la responsabilité des opérateurs, c'est de développer des services essentiels comme celui de l'agriculture » a expliqué Bruno Mettling, PDG d'Orange Afrique, soulignant la contribution du groupe qui, en donnant accès à l'information aux agriculteurs, leur permet d'optimiser leur production. « Le mobile entre massivement en appui aux agriculteurs, avec des rendements qui augmentent de 11 à 17% » s'est-il félicité.

De son côté, Christian Kamayou, ex-HEC Paris et fondateur de MyAfricanStartup, est revenu sur les exemples de réussites digitales appliquées à l'agriculture en Afrique. Parmi les success stories répertoriées : FarmDrive, dont l'application fixe le niveau de risque crédit, Esoko qui permet aux agriculteurs kenyans de suivre les cours des marchés des matières premières ou encore Tech Innov dont le système de télé-irrigation est géré par des drones au Niger...

Repenser les écosystèmes agricoles

Le modèle de coopérative « à l'occidental  fonctionne très mal en Afrique à cause d'un déficit de confiance entre les agriculteurs » a constaté le jeune Fadel Bennani co-fondateur de Seed Project, étudiant HEC de retour d'une année de césure à parcourir le monde, à la recherche des « clés de la réussite agricole » pour l'Afrique...

Partant d'un constat unanime que la transposition des méthodes occidentales en Afrique reste inadaptée, les experts repensent désormais les écosystèmes agricoles dans leur ensemble. Le DG de Suez Afrique a insisté sur la prise en compte des particularités du continent, expliquant qu' « on ne peut pas dupliquer nos modèles technologiques européens (...) nous devons intégrer les savoir-faire et les spécificités locales ». De leurs côtés, Thierry Blandinières, DG de InVivo et Henriette Gomis Billon de SIFCA Group, ont respectivement rappelé la nécessaire structuration des filières.

Considéré comme un secteur d'investissement à risque, l'agriculture doit pourtant augmenter sa productivité en se modernisant, mais « comment trouver les financements ? » s'interroge Christian Kamayou qui déplore un « sous financement des start-up, y compris dans le domaine agricole ».

L'enjeu est considérable car le secteur primaire emploie 65% de la population active sur un continent qui compte aujourd'hui 1,3 milliard d'habitants et qui atteindra 2,5 milliards d'ici 2050. En dépit de la disponibilité de ses terres arables, pour que l'Afrique ne devienne « le grenier du monde, encore faut-il répondre à l'autosuffisance alimentaire » a rappelé Bertrand Moingeon, Professeur de management à HEC Paris.

OCP parie sur le « potentiel énorme » de l'Afrique

Les défis à venir sont minimisés, selon Karim Lofti Senhadji, DG d'OCP Africa qui constate que « la prise de conscience internationale n'est pas encore là », au regard de la diminution des terres arables disponibles dans le monde, associée à la croissance démographique et au renforcement des classes moyennes (et de leurs exigences). « Le défi alimentaire ne concernera pas que l'Afrique » a-t-il prévenu.

Créé en 2016, OCP Africa permet aux agriculteurs africains « d'avoir accès au bon engrais, au bon moment et au meilleur prix » s'avance Karim Lofti Senhadji en s'appuyant sur l'exemple éthiopien. Dans ce pays d'Afrique de l'Est, où 100% des engrais sont importés (NDR : soit 3 millions de tonnes par an pour un coût de 4Mds $), OCP a développé un engrais « sur-mesure » made in Africa, après une étude approfondie des sols. Grâce à cette formule, la productivité a augmenté de 37% et le coût des engrais a diminué de 30%, s'est réjoui le DG d'OCP Africa qui ambitionne de décliner la formule à d'autres écosystèmes africains.

A ce jour, le continent importe 37 milliards de dollars de denrées alimentaires par an et compte 1 habitant malnutri sur 4. Parallèlement, « Le fermier africain paye de 2 à 6 fois plus cher son engrais qu'un européen ou qu'un américain » poursuit-il, conséquence de coûts logistiques prohibitifs. Pourtant, le DG d'OCP Africa, considère le continent comme « la » solution  aux défis à relever, avec « plus de 60% des terres arables dans le monde, plus de 70% des Africains vivant de l'agriculture » et parie sur le « potentiel énorme » du continent pour passer d'une agriculture de subsistance à une agriculture commerciale.

Bataille de l'eau et « conflits très violents » selon Suez

De son côté, Pierre-Yves Pouliquen, DG Suez Afrique, Moyen-Orient et Inde s'est montré moins optimiste. Le groupe compte 8 972 collaborateurs localement et considère le continent comme « un vrai laboratoire ».

Au niveau du traitement des déchets, Suez a su s'adapter. « Une poubelle ne contient pas la même chose en Occident que dans les pays du Sud » a précisé Pierre-Yves Pouliquen or, « 60 à 70% déchets en Afrique, sont composés de matière organique » (transformables en engrais, ndlr). Il a souligné notamment les efforts consentis par le royaume du Maroc, devenu en quelques années, un véritable « pilote pour l'Afrique grâce à son travail de valorisation de matières organiques ».

Sur le traitement de l'eau, le DG Afrique a exprimé son inquiétude. «  Nous ne savons pas fabriquer l'eau mais nous pouvons la purifier ». Le groupe a fait de la purification de l'eau avant de la rétrocéder aux agriculteurs, son nouveau cheval de bataille car le véritable enjeu de demain selon Pierre-Yves Pouliquen, sera celui de l'eau. Alertant l'auditoire sous forme de conclusion, il déclare : « Nous sommes au début de conflits très violents surtout en Afrique, car nous manquons d'eau. Or l'eau est intrinsèquement liée à l'agriculture... »

La start-up ACRE Africa récompensée

La soirée a également été l'occasion de la remise du Prix The Seed Project/HEC/OCP décerné cette année, à la start-up kenyane ACRE Africa (Agriculture and Climate Risk Enterprise Ltd). Spécialiste dans l'évaluation des risques pour les petits exploitants, ACRE Africa propose toute une série de produits en micro-assurance. L'année dernière, la société a assuré plus d'un million d'agriculteurs au Kenya, en Tanzanie et au Rwanda. Le prestataire de services est né du projet Kilimo Salama, créé en 2009 et financé par la Fondation Syngenta et le Global Index Insurance Facility (GIIF). Il collabore avec des assureurs locaux sur toute la chaîne de valeur de l'assurance agricole.

Le 3 avril, l'entreprise était représentée par Wairimu Muthike, la Directrice du développement, qui a reçu le prix, des mains du DG d'OCP Africa. Karim Lofti Senhadji a salué cette initiative : « Chez OCP, nous pensons qu'il est fondamental, dans le développement de l'écosystème entrepreneurial du continent, d'encourager l'innovation, la créativité et de soutenir les innombrables initiatives qui dynamisent notre continent (...) Acre Africa, start-up kényane qui, par une approche holistique de l'assurance permet d'accompagner de manière personnalisée les fermiers africains vers des rendements pérennes et durables ».

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