Zlecaf - Commerce : vers une « panafricanisation » quasi-systématique des entreprises ?

La Zlecaf créera à terme un vaste marché de 1,3 milliard de consommateurs. Et alors que l’accord de Zone de libre-échange continentale fait encore ses premiers pas, les PDG africains, dans une nouvelle enquête, se disent encouragés à « panafricaniser » leurs entreprises pour mieux tirer parti de ce vaste espace commercial. Mais pour de meilleurs résultats, il faudra renverser les éternels ennemis du commerce sur le continent.
Ristel Tchounand
(Crédits : DR)

Avec la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf), les entreprises commerciales sur le continent auront-elles tendance à systématiquement se « panafricaniser » ? Une majorité écrasante de patrons s'y préparent déjà, du moins en théorie pour certains et en pratique pour d'autres, selon la nouvelle enquête présentée ce mardi 14 décembre et menée dans 46 pays par le Comité panafricain du commerce et de l'investissement du secteur privé (Paftrac), un organe qui relève de la Banque africaine d'import-export (Afreximbank). Sur un échantillon représentatif de 400 président-directeurs généraux (PDG) en effet, 71% se disent encouragés par la Zlecaf à investir pour le développement régional de leur activité.

« Saisir les opportunités »

« Le sentiment positif exprimé par les participants à l'enquête démontre le potentiel de la ZLECAf et l'empressement du secteur privé africain à tirer parti des opportunités d'accès aux marchés qu'offre la zone de libre-échange » a déclaré Patrick Utomi, président de Paftrac, qui participait au panel de lancement du Paftrac Africa CEO Trade Report.

Son implémentation lancée le 1er janvier 2021, la Zlecaf établira un vaste marché de 1,3 milliard de consommateurs, lourd de 3,4 milliards de dollars et dont le rôle catalyseur pour le commerce intra-africain ainsi que pour les entreprises du continent a été démontré à plusieurs reprises. Ainsi, les patrons africains s'attendent à une importante hausse des exportations de leurs entreprises dans le cadre du libre-échange qui résulterait de la conjugaison de plusieurs facteurs dont la hausse de la demande, la diversification des exportations et la montée de la compétitivité.

Actuellement, les plus grandes destinations des exportations en Afrique sont l'Afrique du Sud, le Ghana, le Kenya et le Nigeria, selon le rapport du Paftrac. A noter qu'un pays comme la Côte d'Ivoire a été identifié en 2019 par Standard Chartered comme l'un des deux étoiles montantes du commerce, pas seulement à l'échelle africaine, mais mondiale.

Si ces marchés, parce que plus accessibles, absorberaient potentiellement davantage d'exportations des entreprises dans le cadre de la Zlecaf , la Zone de libre-échange devrait également favoriser l'émergence d'autres destinations pour les exportateurs africains, aussi bien au centre, au Sud ou au Nord du continent.

Se panafricaniser, plus qu'une tendance ?

Longtemps resté l'apanage des grands groupes internationaux et des mastodontes africains, la logique « multi-pays » s'invite de plus en plus dans les stratégies de développement des PME du continent. Le phénomène étant beaucoup plus fréquent au niveau sous-régional (Afrique de l'ouest, centrale, du Nord, de l'Est...), les PME -récemment- tentent également le « multi-sous-région », au gré des avancées des pays, notamment en termes de réglementation et de qualité de l'environnement des affaires, mais aussi de l'engagement du monde financier en faveur de la croissance des entreprises.

Ce dernier a d'ailleurs largement contribué à cette tendance naissante, suite au renforcement sur le continent récemment des fonds d'investissement à vocation régionale. A ce sujet d'ailleurs, l'éminent financier ivoirien Charles Kié expliquait dans un entretien avec La Tribune Afrique que la « panafricanisation » permettrait « de faire en sorte que demain nous ayons de vraies multinationales africaines, qui savent naviguer dans ces différents environnements avec profitabilité ».

En finir avec les ennemis du commerce

Toutefois, les PDG africains restent réalistes, estimant que les entreprises ne pourront correctement se déployer sur le vaste marché africain que si la corruption issue du commerce illicite, les restrictions informelles ou encore le coût du transport sont traités par tout l'écosystème, les gouvernements en particulier, comme des véritables ennemis du commerce, donc de l'économie.

Ristel Tchounand
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