Kenya : les autorités veulent l'extradition du patron de la firme italienne CMC Di Ravenna

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Tout comme le ministre kényan des Finances, Paolo Porcelli, CEO de CMC Di Ravenna, est poursuivi pour corruption présumée. Une accusation réfutée l'entreprise italienne.
Tout comme le ministre kényan des Finances, Paolo Porcelli, CEO de CMC Di Ravenna, est poursuivi pour corruption présumée. Une accusation réfutée l'entreprise italienne. (Crédits : DR)
Le Kenya est secoué depuis hier par l’inculpation pour corruption du ministre des Finances, Henry Rotich, dans le cadre d’un marché public pour la construction de deux barrages. Convoqué à la barre parmi une vingtaine de hauts responsables issus du public et du privé, le patron de la société italienne CMC Di Ravenna, Paolo Porcelli, qui a décroché ce contrat dans des conditions remises en cause, ne se serait pas présenté. Nairobi cherche à l’extrader. La société assure n’avoir pas reçu de convocation officielle et nie la participation à tout acte de corruption.

«Nous avons l'Italien ; il ne s'est pas présenté, alors nous allons demander son extradition pour qu'il vienne faire face aux accusations ici au Kenya. Nous allons également lancer un mandat d'arrêt international», a déclaré à Reuters ce mardi matin Noordin Haji, directeur des poursuites pénales. L'homme recherché, c'est Paolo Porcelli, 52 ans, directeur général de CMC Di Ravenna, géant italien de la construction industrielle. Il est visé dans l'affaire de corruption qui a conduit à l'arrestation hier, lundi 22 juillet, du ministre kényan des Finances, Henry Rotich.

Désormais derrière les barreaux, le ministre, ainsi qu'une vingtaine de fonctionnaires et de salariés du privé -dont Paolo Porcelli- sont accusés d'avoir usé de corruption dans la gestion d'un marché public pour la construction de deux barrages. «Il a été établi que la conception, la passation des marchés et le processus de paiement pour les projets de barrage ont été entachés d'irrégularités», a déclaré Noordin Haji. Le ministre est accusé d'avoir surfacturé le projet qui devait coûter environ 450 millions de dollars, poussant le Trésor public à s'endetter de 17 milliards de shillings (environ 164 millions de dollars) de plus que nécessaire.

Cette affaire a initialement éclaté en mars dernier. Le ministre avait nié les faits qui lui étaient reprochés, estimant que le contrat avait été attribué à la société italienne en conformité avec les normes en vigueur. Hier, après son arrestation et son inculpation, il a encore plaidé non-coupable.

CMC Di Ravenna réfute les accusations

En Italie, l'affaire commence à attirer l'attention des médias. Dans une note adressée aux médias locaux, CMC Di Ravenna réfute toute pratique liée à la corruption et assure n'avoir reçu aucune convocation officielle à comparaître :

«En ce qui concerne les nouvelles concernant l'enquête au Kenya sur les barrages Arror et Kimwarer, CMC Di Ravenna affirme qu'elle n'a pas été informée à ce jour ni reçu une quelconque communication officielle des autorités kényanes sur les décisions prises et rapportées par la presse. CMC reste confiante dans la justice et ses représentants, tant en Italie qu'à l'étranger, en particulier sur cette question».

Fondée en 1901, CMC Di Ravenna est l'une des principales entreprises qui ont contribué à la construction d'infrastructures dans l'Italie d'après-guerre. Sa transformation progressive l'amène à tester l'internationalisation au milieu des années 1970 à travers les quatre coins du globe. Mais c'est à partir des années 1980 que la firme devient très active en Afrique où elle concrétise de nombreux projets de routes et barrages, notamment en Algérie, en Côte d'Ivoire, au Burkina Faso, en Tanzanie, au Botswana ou au Zimbabwe. Depuis, CMC Di Ravenna a opéré un peu partout sur le Continent. Outre les projets de barrages au Kenya, la firme italienne travaille actuellement sur des projets de route, d'autoroutes et de logements sociaux en Namibie, au Mozambique, en Algérie ou Angola, sans parler des projets en cours en France, en Belgique, aux Etats-Unis, en Chine ou ailleurs.

Porcelli, l'homme clé des contrats de CMC au Kenya

Paolo Porcelli, l'homme visé par la demande d'extradition que s'apprête à formuler Nairobi, a passé près de 20 ans dans les rangs de CMC Di Ravenna -notamment en qualité de directeur de la construction à l'international- avant d'en prendre les rênes l'été 2018. Selon la société qui le décrit dans le communiqué annonçant sa nomination, Porcelli «a joué un rôle important dans la sécurisation et /ou l'exécution de projets d'infrastructures clés tels que les projets hydroélectriques à Ingula et au Laos, les barrages d'Itare, Arror et Kimwarer au Kenya». Les deux derniers étant les projets à l'origine de l'affaire actuelle.

Depuis qu'il chapeaute les poursuites pénales au Kenya, Noordin Haji -ex-agent des services secrets- mène une véritable chasse aux corrompus et corrupteurs. La présente affaire fait suite à plusieurs autres qui ont conduit à l'arrestation de plusieurs personnalités, dont la vice-présidente de la Cour suprême, Philomena Mbete Mwilu, en août dernier. Du jamais vu dans le pays. D'ailleurs, des Kényans interprètent l'arrestation du ministre des Finances comme une aggravation de la confrontation politique entre le président Uhuru Kenyatta et son vice-président William Ruto, dont Henry Rotich est politiquement proche. Pour l'instant, difficile de savoir ce que pense le locataire de la State House de Nairobi sur ce changement majeur dans l'actuel gouvernement, lui qui a désactivé tous ses comptes sur les réseaux sociaux en mars dernier. Il devra, dans les prochains jours nommer un nouveau ministre des Finances. Reste à savoir de quel bord sera ce dernier.

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