Paris accueille le fleuron des entrepreneurs nigérians

 |   |  1578  mots
(Crédits : Businss France)
Lundi 21 janvier, le France-Nigeria Investment Club (FNIC) a rassemblé les capitaines d'industries françaises et les poids lourds nigérians dont les très attendus Aliko Dangote ou encore Tony Elumelu. Entre surestimation des risques et approximations des réalités locales, le FNIC a été créé pour rectifier le « tir » et redynamiser les investissements bilatéraux, sous l'impulsion d'Emmanuel Macron.

Jean-Baptiste Lemoyne, secrétaire d'Etat aux Affaires étrangères et Franck Paris, le « Monsieur Afrique » de l'Elysée, ont accompagné la première rencontre du France-Nigeria Investment Club (FNIC). « Le Nigéria est une priorité » pour Emmanuel Macron : « You know, le moment de vérité, c'est maintenant » a déclaré Franck Paris dans un anglais hésitant.

A cette occasion, Business France a réussi le tour de force de réunir le fleuron des entreprises françaises aux côtés des entrepreneurs nigérians. Au total, 30 dirigeants d'entreprises - membres du FNIC - s'étaient réunis à Paris, dont le milliardaire Aliko Dangote (Dankote Group), Tony Elumelu (UBA Transcorp), Mike Adenuga (Globalcom), Herbert Wigwe (Access Bank), Abdulsad Rabiu (BUA Group), Jim Ovia (Zénith Bank), Babatunde Soyoye (Helios), Pedro Novo (BPI France), Patrick Pouyanné (Total), César Giron (Pernod Ricard), Eric de Poncins (BEL), Jean-Sébastien Decaux (JC Decaux), entre autres personnalités...

Lire aussi : Afrique-France : une communauté de destin [Tribune]

La France a mis les petits plats dans les grands pour accueillir les businessmen nigérians. A l'issue de cette réunion de travail, les « géants » nigérians dont Dangote et Elumelu ont été reçus à Versailles par Emmanuel Macron, parmi 150 acteurs internationaux de premier plan, lors d'un déjeuner organisé dans le cadre de « Choose France » (NDR : une initiative lancée en 2018 pour renforcer l'attractivité de l'hexagone à l'international).

Cette rencontre fut l'occasion pour le président Macron -aux prises avec la crise des gilets jaunes- de rencontrer les grands acteurs économiques mondiaux, en dépit de son absence remarquée au forum de Davos... Dans l'après-midi les échanges se sont poursuivis au pavillon Vendôme qui a accueilli plus de 200 personnes dont de nombreux dirigeants de groupes internationaux (Meridiam, Tarkett Europe, Schneider Electric, Keolis, Total, Thalès, Sodexo, Vinci notamment) , de PME mais aussi des représentants de la diaspora nigériane en France.

« Aujourd'hui : Où sont les Français ? »

« L'objectif de cette réunion était de trouver un modus operandi et de réaffirmer notre volonté de renforcer les liens entre la France et le Nigéria. Pour ce faire, nous disposons de l'appui des gouvernements et d'hommes d'affaires de poids », explique Cathia Lawson-Hall Directrice des Relations Clients et Banque d'Investissement pour l'Afrique de Société Générale et co-coordonatrice du FNIC.

Le Nigéria demeure le 1er partenaire commercial de la France en Afrique subsaharienne avec un volume d'échange estimé à 3,29 milliards d'euros, devant l'Afrique du Sud (2,76 milliards d'euros) et la Côte d'Ivoire (1,86 milliard d'euros). L'industrie pharmaceutique, devance désormais les produits pétroliers raffinés (NDR : 1er fournisseur d'hydrocarbures en France) et la présence française s'illustre également dans les services parapétroliers (Technip, Vallourec, Ponticelli), la cimenterie avec Lafarge qui représente le 2ème investisseur français au Nigéria, la construction (Bouygues), les équipements électriques (Alstom, Schneider Electric), le gaz (Air Liquide), ou encore le transport aérien (Air France).

Avec la saison des cultures africaines 2020, le secteur de la culture nigériane n'est pas en reste. Du 9 au 12 mai 2019, Paris accueillera d'ailleurs « Nollywood » à Paris afin de promouvoir la 1ère industrie cinématographique du continent. « Le FNIC va s'impliquer dans la saison culturelle de l'année prochaine « Africa 2020 » mais aussi sur le thème des villes durables », a indiqué Cathia Lawson-Hall.

Cependant, la présence française reste limitée face aux partenaires chinois et anglosaxons en particulier. A ce jour, seulement 1.500 ressortissants français sont répertoriés par l'Ambassade de France. « De quoi parlons-nous aujourd'hui ? Des échanges franco-nigérians d'hier ou de demain ? Car aujourd'hui, où sont les Français ? » lance Acha Leke, Senior Partner chez McKinsey...

Une relation freinée par la surestimation des risques

« La plupart de nos interlocuteurs nous parlent surtout des problèmes de sécurité et de Boko-Haram » constate Franck Paris, qui cherche à « rassurer » les entrepreneurs français. De son côté, Jérôme Pasquier, le nouvel Ambassadeur de France au Nigéria en poste depuis septembre, déplore une surestimation des risques : « On peut tout à fait travailler de façon sécurisée (...) Les Nigérians sont prêts à travailler avec nous, encore faut-il que les entreprises françaises fassent la démarche de s'y implanter. Une réunion comme celle-ci leur montre que cela est tout à fait possible, car elle vise à mettre en relation les entreprises déjà implantées au Nigéria avec celles qui sont intéressées pour le faire. Avec 200 millions de personnes, une classe moyenne qui se développe et qui consomme, les opportunités sont extrêmement larges ».

« Si on y travaille c'est qu'on peut assurer la sécurité des personnes » confirme quant à lui Patrick Pouyanné, le PDG de Total. Le pétrole et le gaz ne représentent plus que 14,4% du PIB mais c'est encore 90% des exportations et 75% des revenus budgétaires, selon Business France. Présent depuis 50 ans au Nigéria, Total dispose d'Egina, sa plus grande unité flottante de production, de stockage et de déchargement  (FPSO) de 220.000 tonnes, 1,400 à 1,700 m de profondeur, sur 330 mètres de long et 60 mètres de large.

Située à 150 km des côtes, elle produit 200.000 barils par jour (NDR 10% de la production nationale en 2018). La production du champ d'Egina a été lancée le 29 décembre 2018 et représente l'un des plus grands chantiers pétroliers mondiaux. : « Ca fait partie des grandes aventures dans le monde du pétrole non seulement pour Total mais aussi pour le Nigéria » a déclaré Patrick Pouyanné, insistant sur « l'énorme potentiel » nigérian. Deux nouvelles décisions d'investissement sont par ailleurs attendues courant 2019 pour les projets Ikike et Preowei.

« Les Nigérians ont les moyens de consommer ! »

« Nous sommes au centre d'une région francophone, ce qui nous permet d'observer les pratiques des Français présents dans la région » explique Donatus Nwokoye, CEO de la PME Donaflex Automotive et membre de la diaspora nigériane. Son entreprise créée en 2007, conçoit des pièces automobiles pour les constructeurs et les équipementiers, toutes marques confondues. « Nous avons créé Domaflex Nigéria en mars. Nos premières marchandises ont été expédiées il y a quelques jours. On espère démarrer les ventes début février » se réjouit-il.

La France dispose d'expertises reconnues à l'international rappelle l'entrepreneur franco-nigérian: « Le Nigéria voit la France comme un pays compétent. Elle produit des ingénieurs de haut-niveau dans tous les secteurs. N'oublions pas que les premiers groupes électrogènes viennent de la France ! Peugeot était très présent au Nigéria pendant des années avec des 4X4 qui circulaient partout avant d'être détrônés par les Asiatiques, car dans les années 1990, le groupe a commencé à vendre de petites voitures, considérant que les Nigérians n'avaient pas les moyens d'acquérir des modèles haut-de-gamme. Il n'y avait ni 605, ni 607 mais des 306 ! Vous imaginez un Nigérian fortuné dans une 306 ? Les temps changent et les Nigérians ont les moyens de consommer aujourd'hui » explique t-il. En effet, le renforcement de la classe moyenne consécutive à l'industrialisation, représente plus ou moins 20% de la population selon Banque mondiale (NDR : chiffres de 2015), soit près de 36 millions de personnes.

Autre secteur qui a le vent en poupe, le luxe ! Avec plus de 30.000 millionnaires en dollars US et une vingtaine de milliardaires, le PIB de la seule ville de Lagos est plus élevé que celui de la Côte d'Ivoire, du Cameroun et du Sénégal réunis. Sydney Toledano de LVMH, membre du FNIC peut donc se réjouir des prospectives à venir...

L'effet « Macron » : un président qui séduit les Nigérians

Ancien stagiaire à l'Ambassade de France du Nigéria, Macron n'a pas feint son intérêt pour la locomotive africaine. Sa visite du 4 juillet dernier à Lagos a électrisé les foules : « la visite du président Macron l'été dernier, a eu un impact très positif. Elle a vraiment marqué la population » s'est réjoui Jérôme Pasquier, l'Ambassadeur de France au Nigéria.

C'est également le constat de Bolaji Balogun de Chapel Hill Denham, qui co-coordonne le FNIC avec Cathia Lawson-Hall. « Globalement, le Nigéria n'a pas mené autant d'initiatives que ce qu'il aurait pu faire pour développer les relations bilatérales avec la France à cause de la nature très singulière de l'Union Européenne (UE) notamment. (...) Nous reconnaissons l'enthousiasme du président Macron pour notre région et nous sommes conscients des avantages d'une collaboration plus étroite avec la France, notamment dans la culture, les infrastructures ou l'agriculture (...) Le président Macron est certainement le Chef d'Etat le plus progressiste de l'UE » a- t-il conclu.

Lire aussi : Afrique-France : entre rupture et permanences

Le FNIC est composé de 15 entrepreneurs français et 15 entrepreneurs nigérians, identifiés pour déceler de nouvelles opportunités d'investissement, faciliter les connections, étudier les possibilités de co-investissement, accompagner startups et PME. Il se réunira en plénière deux fois par an a minimum, en France ou au Nigéria, et aussi souvent que cela sera nécessaire pour accompagner les projets en cours ou en initier de nouveaux... Les administrations respectives de la France et du Nigéria, mais aussi le secteur privé, devraient apporter un support technique au Club, en complément des activités déjà conduites par la Chambre de Commerce franco-nigériane.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :