L'Egypte mobilise les investisseurs à Paris sur fond de stratégie panafricaine

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(Crédits : DR.)
Le 10 février, Paris accueillait la «Journée industrielle et commerciale France-Egypte» au cours de laquelle furent exposées réformes et ambitions pharaoniques d'un pays qui entend s'imposer à terme, comme le nouvel axe central entre l'Europe et l'Afrique, capable de drainer les investissements étrangers vers le continent.

Première destination des investissements directs étrangers (IDE) en Afrique, l'Egypte joue un rôle moteur sur le continent et représente près de 40 % du PIB d'Afrique du Nord. Avec un taux de croissance de 5,6 % en 2019, et une prévision estimée à 6,4 % en 2021, selon la Banque mondiale, le pays pourrait devenir la 7e économie mondiale d'ici 2030.

A ce jour, l'Egypte occupe le 114e rang du dernier Doing Business (+6 places en 1 an) et rejoint les 42 pays les plus réformateurs en matière de création d'entreprise, de paiement des taxes et des impôts, de protection légale des investisseurs minoritaires et de fiabilité dans la fourniture d'électricité (+19 places). L'Egypte s'est engagée dans de profondes réformes réglementaires et il est désormais possible d'obtenir des licences industrielles en moins d'un mois. De tels indicateurs ont conduit les principales agences de notation à relever la note souveraine du pays au niveau B2 «stable» à l'instar de Moody's, Standard & Poor's et Fitch.

Sur fond d'attractivité retrouvée, Business France, Invest in Egypt et le groupe Elsewedy, ont organisé le 10 février dernier à Paris, la « Journée industrielle et commerciale France-Egypte », qui a réuni de nombreuses personnalités comme Stéphane Romatet, ambassadeur de France en Égypte, Christophe Lecourtier, directeur général de Business France, Ahmed El Sewedy, PDG d'Elsewedy Electric ou encore Maged El Sayed, en charge des relations gouvernementales et des accès aux marchés de Sanofi.

Invest in Egypt

Relancer la dynamique commerciale franco-égyptienne

Plus de 40 contrats ont été signés pour un montant de 1,6 milliard d'euros, suite à la visite du président Macron en 2019, dans ce pays où sont représentées quelque 160 filiales de grandes entreprises françaises employant 50 000 personnes et générant un chiffre d'affaires de 5 milliards d'euros, en particulier dans l'industrie, l'agrobusiness, les équipements électriques, le secteur pharmaceutique, la distribution, les hydrocarbures ou encore le tourisme. On y trouve le fleuron des entreprises françaises comme Carrefour, Décathlon, Orange, Vinci, Colas ou Engie. Pourtant, le bilan est loin de satisfaire les ambitions de la France qui n'est que le 12e partenaire commercial du pays. « Il faut regarder de près ce qu'il se passe en Egypte où l'on trouve la croissance la plus forte de la Méditerranée [...] Notre position n'est pas à la hauteur de cette relation or, nous ne pouvons pas rester à l'écart du développement de l'Egypte », a prévenu Stéphane Romatet. « L'Egypte est un pays de grands contrats dans sa relation avec la France. Il faut continuer à travailler sur ces grands projets d'infrastructures, mais n'oublions pas que le secteur privé est très entreprenant avec une volonté de se diversifier », a ensuite souligné Philippe Garcia de Business France.

Avec 2 milliards d'euros investis en trois ans, la France représente le 10e investisseur du pays: un montant qu'Amr Noureldi, Conseiller juridique du président de l'autorité des investissements (GAFI), juge encore trop faible. «Il faut davantage d'investissements de la France. Nous avons également besoin de votre expertise et de votre savoir-faire », a-t-il déclaré. « Nous sommes riches en ressources, mais pas assez en capital », a poursuivi Ayman Soliman, directeur exécutif du fonds souverain égyptien.

C'est précisément dans cette optique qu'un protocole d'accord entre Business France et le groupe Elsewedy a été signé le 10 février, pour promouvoir les investissements et les exportations entre la France et l'Egypte. « Grâce à sa forte présence en Afrique et à sa position de leadership en Egypte, Elsewedy Electric est en mesure d'apporter son expertise dans la conduite de grands projets d'infrastructures aux entreprises françaises désireuses de se développer dans la région », a précisé Ahmed El Sewedy, lors de cette rencontre qui s'inscrit dans le cadre d'un roadshow qui fera bientôt escale en Allemagne (Munich, Stuttgart et Düsseldorf).

Parallèlement à la recherche d'expertises européennes et à la mobilisation d'investissements pour soutenir les grands projets nationaux en cours (la ville nouvelle El-Alamein pour un coût de 10 milliards de dollars ou encore la nouvelle capitale administrative d'un coût évalué à 8 milliards de dollars), les ambitions de l'Etat convergent de plus en plus vers le continent.

Vers un renforcement de la stratégie africaine de l'Egypte

Si le pays vient d'achever un bilan en demi-teinte à la tête de la présidence de l'Union africaine (UA), force est de constater que sa position géostratégique, le place au cœur de l'actualité internationale. Véritable carrefour économique transcontinental, proche d'une Libye en pleine tourmente et des risques sécuritaires au Sahel, l'Egypte regarde aujourd'hui vers le sud. Alors que l'Algérie, la Libye, le Maroc et la Tunisie concentrent encore 64 % des exportations africaines de l'Egypte, ses principaux fournisseurs se répartissent désormais entre le Kenya, la Zambie, le Soudan et l'Afrique du Sud (ndr : juste derrière l'Algérie).

En décembre 2018, Moustafa Madbouli, le Premier ministre déclarait vouloir doubler le volume des exportations égyptiennes en cinq ans ( de 5 milliards à 10 milliards de dollars), en particulier vers le continent. Cet objectif devrait renforcer une dynamique engagée depuis une dizaine d'années. En effet, les exportations de l'Egypte ont progressé de 16,6 % entre 2010 et 2018 et ont doublé dans la zone COMESA (marché commun de l'Afrique orientale et australe).

L'Egypte entend renforcer ses échanges continentaux à travers l'axe Alexandrie- Le Cap qui intègre le projet de connexion fluviale du lac Victoria à la mer méditerranée (Vic-Med), le réseau autoroutier Alexandrie -Le Cap et le projet de ligne ferroviaire entre Le Caire et Le Cap. Pour s'imposer comme un hub logistique et industriel entre l'Europe, l'Asie et l'Afrique de l'Est, le développement de la zone économique du Canal de Suez (pour un coût de 12 milliards de dollars), synonyme de porte d'entrée des investissements étrangers vers les marchés africains, est avancé comme un élément-clé du dispositif égyptien.

Toutefois, le pays n'occupe que la 171e place du Doing Business concernant la facilité accordée à ses entreprises de commercer hors de ses frontières. La stratégie africaine de l'Egypte dépendra donc largement de l'évolution de son ouverture commerciale. Les entreprises attendent notamment, une meilleure structuration de l'assurance-risque à l'export. Une première étape a été franchie fin 2019, avec la création de la société de garantie sur le risque exportateur (dotée d'un capital de 600 millions de dollars de la Banque centrale d'Egypte) d'une part, et les 7.5 milliards de dollars de garanties et financements de projets pour les entreprises égyptiennes en Afrique de l'Afreximbank, d'autre part.

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