« Wave Madagascar »  : le tourisme relancera-t-il la croissance de l'archipel  ?

 |   |  1108  mots
(Crédits : Concerto)
Du 17 au 20 septembre, Madagascar lançait à Tananarive la première édition de « Wave Madagascar », le forum d'investissements du Tourisme et des transports. L'enjeu est de faire de l'archipel la prochaine « destination phare » de l'Océan Indien en s'appuyant sur la diversification de l'offre locale.

Le développement du tourisme était l'une des promesses électorales d'Andry Rajoelina qui entend diversifier le secteur. Entre écotourisme, échappées sportives et lieux de villégiature de luxe, le président de Madagascar veut « ouvrir le ciel de Madagascar » pour en faire « la vitrine du développement dans l'Océan Indien et pourquoi pas de l' Afrique ! ». Rien de moins !

Avec l'inauguration prochaine de l'aéroport international d'Ivato, l'île ambitionne de multiplier le nombre de ses visiteurs. Pour rappel, Ravinala Airports  a signé un contrat de concession de 28 ans pour les aéroports d'Antananarivo Ivato et de Nosy- Be Fascène en 2015.  Constitué par le groupe ADP (35%), Bouygues (10%) et Colas Madagascar (10%), et Meridiam (45%), Ravinala  Airports assure l'exploitation des deux aéroports. Le nouvel aéroport de la capitale, installé sur 17 500 m², répondra aux standards internationaux et devrait soutenir les ambitieux  objectifs touristiques présidentiels : accueillir 500 000 touristes par an, créer 7 000 emplois et 10 000 chambres afin de réaliser 1 milliard de dollars de recettes à l'horizon 2023.

Il faudra néanmoins une véritable « révolution touristique » pour atteindre cet engagement, car en 2018, Madagascar accueillait 290 000 visiteurs étrangers, dont 60 000 touristes français.

Toutefois, le secteur se redresse doucement après avoir été durement frappé par la crise de 2009 qui a vu s'effondrer le nombre de visiteurs, passant de 375 000 en 2008 à près de 150 000 en 2009, avant de remonter progressivement jusqu'à 300 000 visiteurs environ l'an dernier.

Le gouvernement devra également résoudre l'épineuse question de l'insécurité qui impacte sensiblement le secteur. Une autre priorité du président malgache, car à ce jour, sur les 60 000 armes détenues par des civils et enregistrées auprès de la Défense, du Service national et de la gestion des Réserves (DSNR), près de 50% ne seraient toujours pas en règle.

Capter l'affluence du voisin mauricien

Joël Randriamandranto, ministre du Tourisme, des transports et de la météorologie, avance les 5 000 km de côtes, « dont une bonne partie intacte qui fait de Madagascar un hotspot de la biodiversité mondiale disposant de 43 aires protégées » pour promouvoir l'archipel. Alors que l'île est dotée d'une faune et d'une flore endémiques importantes, le président Rajoelina incite les opérateurs du tourisme de luxe à investir à Madagascar en s'appuyant sur le potentiel d'une « nature 5 étoiles ».

Les grands travaux ont déjà commencé et le groupe Accor devrait bientôt ouvrir les portes d'un nouveau palace dans la capitale, tandis que Radisson Hotel Group, leader du secteur sur le Continent (89 établissements et plus de 17 000 chambres en opération ou en développement en Afrique) a signé avec le groupe Talys un portefeuille de 3 hôtels (254 chambres à Antananarivo), en avril dernier. Une opération qui représente deux conversions d'hôtels préexistants, Tamboho Hôtel et Tamboho Suites, ainsi qu'un établissement en construction, dont l'inauguration est programmée en 2020. A terme, ces hôtels ouvriront sous les marques Radisson et Radisson Blu.

« On a identifié Tananarive et Nosy-Bé comme destinations majeures, en raison notamment de leurs aéroports internationaux », a précisé Erwan Garnier, directeur du Développement du groupe pour l'Afrique francophone et lusophone, lors de son intervention au forum « Wave Madagascar ».

Le tourisme malgache veut monter en gamme et cherche à rivaliser avec ses voisins, en particulier avec l'île Maurice qui a battu des records de fréquentation en 2018 avec l'arrivée de près de 1.4 million de touristes (+ 4.3% en un an) pour près de 1,5 milliard de dollars de recette. Autant dire qu'il faudra faire preuve d'ingéniosité pour dépasser le concurrent mauricien, bien que ce marché connaisse actuellement une légère baisse (4,5 % recensés pour l'ensemble des marchés au premier trimestre 2019). Un défi qui n'entame pas l'optimisme du ministre Randriamandranto : « Maurice propose un tourisme de luxe alors que nous avons bien d'autres propositions à offrir à Madagascar, notamment en matière d'écotourisme ».

Du reste, la proximité géographique du voisin mauricien attise l'appétit national et le ministre escompte « capter une partie des touristes qui voyagent à Maurice ».

Kitesurf, le produit d'appel de Diego-Suarez

« C'est un spot de kitesurf exceptionnel, protégé par le lagon, où les vents soufflent à 25 nœuds pratiquement toute l'année », se réjouit « Tir », jeune instructeur malagasy qui parcourt le monde à la recherche des meilleurs sites et qui s'emploie à populariser la baie de Sakalava, située seulement à quelques kilomètres de piste de Diego-Suarez.

Afin de renforcer son attractivité, l'archipel boosté par les performances du Barea lors de la CAN 2019 compte désormais s'appuyer sur le sport pour intéresser de nouveaux visiteurs et parie en particulier sur le golf et le kitesurf. Pour ce faire, il lui faudra intensifier ses efforts en matière d'infrastructures.

A titre d'exemple, Diego-Suarez, située au nord de l'archipel est desservie par un petit aéroport dont les coûts des vols restent prohibitifs. « C'est non seulement long, mais aussi très cher de venir ici. En basse saison, il en coûte 700 euros de Paris à Tananarive, puis 400 de Tananarive à Diego-Suarez, soit 1 150 euros. A ce prix-là, je m'arrête en Egypte à moindre coût pour faire du kite-surf », déplore Jean-Luc Désiré Djavojoraza, maire de la ville, en pleine campagne municipale.

Fort de son expérience à l'international, il parcourt l'Océan Indien et active son réseau dans l'Hexagone pour attirer les investisseurs privés afin de pallier le manque d'infrastructures hôtelières. « Il y a trois ans, lors d'une rencontre réunissant députés et ambassadeurs, j'ai eu le plus grand mal à trouver 80 lits », constate-t-il rétrospectif.

La ville de 165 000 habitants a pourtant été un repère touristique grâce au charme suranné de ses vieilles bâtisses coloniales délavées - aujourd'hui propriétés des « Indo-pakistanais », précise le maire-, laissées à l'abandon. « En 2015, avec la fin de la liaison d'Air Austral entre Saint-Denis de la Réunion et Diego-Suarez, le tourisme a connu une chute vertigineuse de l'ordre de 80 % et Diego n'accueille pas plus de 2 000 touristes par an aujourd'hui, là où l'on en attendrait 800 par semaine », poursuit-il.

Le maire sait que le développement touristique dépendra largement du nouvel aéroport et de la baisse des prix des vols pour attirer davantage de touristes dans l'impressionnante Baie de Diego-Suarez qui demeure quasi désertes et où seuls quelques amateurs de windsurf s'aventurent encore.

Diego-Suarez bénéficiera-t-elle du « virage touristique » de l'archipel malagasy porté par le gouvernement, ou sera-t-elle impactée par sa proximité avec l'île voisine de Nosy-Bé où les investisseurs se précipitent aujourd'hui, attirés par ses lagons azur et son potentiel touristique qui repose aussi partiellement sur ses activités nautiques ?

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :