Le trafic maritime, nouveau terrain de la réconciliation entre l'Ethiopie et l'Erythrée

 |   |  467  mots
(Crédits : Reuters)
Il y a six mois, la scène aurait été quasi-impossible en raison de la « guerre froide » larvée de deux décennies entre les deux voisins. Avant la reprise amorcée en avril et concrétisée en juillet 2018 par Addis-Abeba, l’Ethiopie et l’Erythrée étaient ennemis jurés en raison d’un différend territorial. En signe d’une paix retrouvée, Ahmed Abiy, le premier ministre éthiopien et Isaias Afwerki, le président érythréen, multiplient les signes d’apaisement. Dernier en date, l’amarrage du «Mekele», un navire commercial éthiopien dans le port de Massawa pour une reprise du trafic maritime. Ce n’était plus arrivé depuis 20 ans !

Signe du dégel, le «Mekele», un navire cargo éthiopien a pu voguer dans les eaux territoriales érythréennes pour faire entrée dans le port de Massawa, sur la côte africaine de la Mer Rouge. Un événement presque impensable il y a quelques mois.

Depuis 1994, à l'apogée d'un conflit territorial entre les deux voisins est-africains, l'Ethiopie, géant économique entièrement enclavé depuis l'indépendance de l'Erythrée, faisait transiter l'essentiel des exportations par le port éloigné de Djibouti. Addis-Abeba vient désormais de s'ouvrir une porte plus proche vers la Mer Rouge. Un des nombreux signaux d'apaisement entre les ex-ennemis résolus à redevenir des partenaires.

Pour l'Ethiopie, la route érythréenne qui s'ouvre est une aubaine pour son économie. Tout comme le « Mekele» qui va transporter 11.000 tonnes de zinc vers la Chine depuis le port de Massawa, d'autres navires cargo de l'Ethiopie devraient livrer des marchandises à partir des ports stratégiques de l'Erythrée. Jusque-là, 95% du trafic maritime du géant économique se faisait à travers les ports djiboutiens de Doraleh ou de Tadjourah qui rapportent 2 milliards de dollars à Djibouti en services portuaires chaque année.

La Mer Rouge, les lignes de la réconciliation

Du côté d'Asmara, on table sur un grignotage des recettes portuaires djiboutiennes pour renflouer une économie en détresse. Pour cela, l'Erythrée n'a pas besoin de convaincre son très proche voisin que la position de ses ports situés sur la Mer Rouge offre l'avantage d'une position géographique à cheval sur la Méditerranée et l'océan Indien par le canal de Suez et le Détroit de Bab al Mandeb.

Rien sans doute n'aurait été possible sans l'accélération géopolitique de ces derniers mois. Dès son arrivée au pouvoir en avril 2018, Ahmed Abiy, le premier ministre de l'Ethiopie a joué la carte de la main tendue à l'Erythrée, un voisin avec lequel, les relations sont restées glaciales depuis le différend territorial sur Badme, ville frontalière et disputée entre les deux pays.

Puis la main tendue a porté ses fruits. En juillet dernier, une délégation éthiopienne conduite par Osman Saleh, le ministre des Affaires étrangères, s'était officiellement rendue pour la première fois depuis 1994 à Asmara. Ce mercredi, c'est Ahmed Abiy en personne qui s'est rendu au port de Massawa dans le cadre d'une visite de deux jours en Erythrée en marge d'un sommet tripartite entre la Somalie, l'Ethiopie et l'Erythrée

Une multiplication des contacts diplomatiques et politiques dans les deux sens qui ont conduit à la mise en place d'accords de coopération notamment la mise en place de lignes aériennes communes. Désormais c'est sur les vagues que les deux voisins semblent vouloir écrire les lignes de leur réconciliation.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :