Afrique-Europe : Une jeunesse pour deux continents ?

Si la jeunesse africaine a soif d'Europe, cette dernière a encore plus soif de jeunesse africaine. A Abidjan, l'idée charnière à développer est d'abord en terre africaine. Une idée qui fait face à un cercle vicieux qu'il faudrait rendre vertueux : une jeunesse dynamique et créatrice est vitale pour l'avenir durable de l'Afrique, alors que cette même jeunesse a besoin que son Continent lui fournisse les outils et l'environnement propices à son épanouissement créateur de valeur.
(Crédits : Reuters)

D'une part et d'autre de la Méditerranée se cristallisent aujourd'hui les enjeux entre deux ensembles diamétralement opposés par leurs démographies. Si l'appellation de « Vieux Continent » donnée à l'Europe est à opposer au « Nouveau Monde » sur l'axe transatlantique, elle serait plutôt à opposer au « Jeune Continent » lorsque l'on considère l'axe transméditerranéen. En effet, d'une rive à l'autre de la Méditerranée, force est de constater que la structure démographique, illustrée par la pyramide des âges, est complètement différente (voir graphiques). D'un point de vue global, contrairement à l'image qu'en donnent les lectures populistes européennes, les deux pyramides, une fois superposées, résultent sur une imbrication à la complémentarité quasi-parfaite. Mieux encore, et sans s'éterniser sur les considérations sociopolitiques, au sein même de l'espace européen, c'est la diaspora africaine qui alimente le maigre taux de fécondité dont « souffrent » les économies. Dans cet ordre d'idées, c'est sans surprise que politologues, démographes et économistes s'accordent à dire que la décision d'Angela Merkel d'accueillir « à bras ouverts » les centaines de milliers de réfugiés, -en majorité syriens- est une stratégie gagnante pour l'Allemagne -et même vitale- à long terme. Fondamentalement, l'on serait tenté de dire que si la jeunesse africaine a soif d'Europe, cette dernière a encore plus soif de jeunesse africaine.

Même si les débats géopolitiques entre les décideurs européens et africains seront certainement entourés de plus de «  tact et de manières  », il s'agit pourtant là du thème central du Sommet entre les deux ensembles continentaux qu'accueille Abidjan. «  Investir dans la jeunesse pour un avenir durable   », c'est ainsi que le leitmotiv a été formulé, car il faut dire que l'idée charnière est à développer en terre africaine et tout l'enjeu est de la pousser au-delà du cercle vicieux auquel elle fait face : une jeunesse dynamique et créatrice est vitale pour l'avenir durable de l'Afrique, alors que cette même jeunesse a besoin que son Continent lui fournisse les outils et l'environnement propice à son épanouissement créateur de valeur. Faire en sorte que cette boucle tende vers un cercle vertueux est le défi que les têtes pensantes eurafricaines devront en défricher le chemin.

L'auto-diagnostic de la jeunesse eurafricaine

Cette thématique cruciale, la jeunesse eurafricaine s'y est déjà penchée à l'occasion du 4e Sommet UA-UE pour la jeunesse qui s'est tenu du 9 au 11 octobre dernier dans la capitale ivoirienne. 120 jeunes des deux continents ont été sélectionnés et chargés de mener des réflexions sur leurs attentes du nouvel élan qui sera impulsé au partenariat euro-africain. En parallèle, les travaux de la Youth Plug-In initiative, menés entre Addis-Abeba et Bruxelles par un groupe de jeunes de multiples nationalités devraient être clôturés ce 29 novembre, et leurs résultats présentés au plus haut niveau lors du Sommet.

C'est ainsi qu'a vu le jour « la déclaration d'Abidjan » qui a sanctionné le Sommet de la jeunesse et dans laquelle, les représentants des jeunes ont appelé les chefs d'État et de gouvernement de l'Union africaine (UA) et de l'Union européenne (UE) à travailler collectivement pour soutenir et promouvoir l'éducation, le développement des compétences, la mobilité et l'accès aux marchés, la participation des jeunes et l'accès des jeunes aux droits.

Les recommandations qui ont été formulées dans la déclaration ont par ailleurs mis en exergue « la nécessité d'offrir aux jeunes un environnement adéquat afin qu'ils puissent atteindre leur plein potentiel et avoir un impact positif sur leurs sociétés ».

Pour les jeunes, « investir dans la jeunesse est la condition préalable à la construction d'un avenir durable », ce qui constitue dans une large mesure la réponse à leurs réelles préoccupations. Pour le président ivoirien Alassane Ouattara, « il est crucial d'offrir à nos peuples, surtout aux jeunes, l'espoir de lendemains meilleurs. Il faut les remettre au cœur des débats. Rien ne peut se faire et se décider sans eux. Il faut que nos jeunes participent activement au développement de nos continents ».

L'avis est partagé par la chef de la diplomatie européenne pour qui la responsabilité des dirigeants est d'écouter la jeunesse et de lui donner les moyens de se faire entendre : « Nous ne pouvons pas trouver les réponses appropriées aux besoins des jeunes sans les inclure. Travailler pour eux ne suffit pas. Nous devons travailler avec eux », a plaidé Federica Mogherini à l'occasion du conclave des jeunes qui s'est tenu en prélude au rendez-vous d'Abidjan.

Les jeunes africains et européens sont aujourd'hui confrontés à de nombreux défis communs, tels que l'accès limité aux ressources, l'éducation et l'emploi, mais aussi la discrimination sociale, le manque de participation au processus décisionnel et la résolution des conflits. La situation est parfois inquiétante dans certains pays d'Afrique, où l'ampleur du chômage des jeunes est une véritable « bombe sociale à retardement  ».

Avec une moyenne d'âge de 19-20 ans pour les 1,2 milliard d'habitants que compte le Continent en 2017 et un taux de chômage moyen des jeunes qui avoisine les 30 %, selon les statistiques de l'UA, l'emploi des jeunes est aujourd'hui une urgence pour le Continent, notamment en Afrique subsaharienne où ce taux atteint parfois le double, alors que la croissance des économies, encore peu inclusive, peine à créer les postes nécessaires pour atténuer l'hémorragie. C'est d'ailleurs pour cette raison que l'UA a fait de la lutte contre le chômage des jeunes une des priorités de son agenda 2063 en matière de développement.

«  L'Afrique est le deuxième continent le plus peuplé au monde après l'Asie et aussi le continent avec la population jeune la plus économiquement active, il est très important de transformer cette énorme énergie humaine en un outil de développement dynamique et créatif  », explique par exemple Moussa Faki Mahamat, président de la Commission de l'UA. La stratégie de l'organisation qui insiste surtout pour une formation de qualité est au cœur du Sommet d'Abidjan. Avec la croissance démographique que connaît le Continent, la problématique va en effet s'aggraver si, dès à présent, des solutions concrètes ne sont pas mises en œuvre.

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Commentaire 1
à écrit le 29/11/2017 à 23:26
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Il y a trop d'hypocrise de part et d'autre. D'une part, on supporte le dictateur qui pille et maltraite son propre peuple et les jeunes fuient pour aller en Europe, puis on finance les Libyens pour les stopper puis on vient faire l'innocent. Des diri...

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