A Kigali, l'Afrique tente d'en finir avec sa malédiction des ressources naturelles

Afeximbank accueille à Kigali, ce mercredi 28 juin, son Assemblée annuelle des actionnaires. L'occasion pour le gotha des experts du commerce et du développement de creuser en profondeur la question du développement du commerce africain, et d'en faire un véritable catalyseur de l'industrialisation et du développement, et ainsi mettre fin à la tenace dépendance du continent à ses ressources naturelles. Corridors régionaux, ouverture des frontières, harmonisation des procédures... les solutions font l'unanimité. Mais une chose manque encore : l'action.

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(Crédits : DR)

« Comment peut-on construire une économie sur une base qui n'est pas prévisible ? », s'interroge cyniquement le docteur Hippolyte Fofack, Economiste en chef d'Afreximbank lors de son intervention en marge de l'Assemblée générale annuelle de la Banque Africaine d'Import-Export (Afreximbank), dont les sessions publiques ont démarré ce mercredi 28 juin à Kigali, la capitale du Rwanda. Cette question rhétorique prend toute son importance au moment où les économies africaines peinent à sortir de la crise des prix du pétrole et des matières premières qui en a frappé plusieurs de plein fouet. Il faut dire que s'il est multi-décennal, le concept de malédiction des matières premières est malheureusement autant d'actualité pour l'Afrique que lors de sa formulation pour la première fois, en 1990, par Richard Auty. « 75% du commerce africain est composé de ressource naturelles, et 90% des exportations africaines vers la Chine le sont également », chiffre l'économiste en chef de la banque panafricaine hôte de l'événement.

Au vu de ces statistiques sans équivoque, c'est sans surprise que l'on constate également la très forte volatilité de la croissance économique du continent, oscillant entre expansion et contraction, à l'image des cours mondiaux des matières premières. L'Afrique fait ainsi face à un enjeu structurel majeur : durabiliser et stabiliser la croissance économique de ses pays. Un défi qui passe inévitablement par la diversification économique et donc, par l'industrialisation. Or justement à Kigali, en ligne avec sa vision stratégique, Afreximbank a axé les débats de cette première journée de travail sur « Le commerce comme catalyseur de l'industrialisation des pays africains ».

« Le rôle du commerce dans le développement économique est évident, et la corrélation est grande entre l'ouverture au commerce, l'industrialisation et la croissance, alors que l'Afrique contribue pour moins de 3% au commerce mondial », souligne Denys Denya, Vice-président exécutif d'Afrximbank.

« Protectionnisme rampant »

Seulement voilà, les barrières au commerce sont encore très pesantes en Afrique, alors que certains pays développés, Etats-Unis en tête, renouent avec une tendance protectionniste. Ce « protectionnisme rampant », comme le qualifie Hippolyte Fofack, rend la tâche encore plus ardue pour les économies africaines en quête d'ouverture. Pourtant, l'ouverture est à mener d'abord au sein même du continent. En effet, le commerce intra-continental reste pour le moins timide et surtout, est encore dominé par l'activité informelle. « Nous estimons que 40 à 60 milliards de dollars de transactions commerciales intra-africaines sont réalisés de manière informelle », indique Benedict Oramah, Président d'Afreximbank.

Mais il faut dire que les conditions ne sont pas réunies pour rehausser sensiblement le commerce au sein du continent. En effet, infrastructures, ouvertures des réglementation, harmonisation à plusieurs niveaux... sont autant de prérequis pour un véritable décollage des transactions commerciales formelles entres les pays d'Afrique, parfois même frontaliers. Dans ce sens, les infrastructures logistiques occupent une place nodale dans le processus d'intensification du commerce intra-africain. « Les corridors régionaux ont une importance capitale et un impact énorme sur le commerce en Afrique et sur les économies qu'ils traversent. Il faut véritablement multiplier les corridors dans les différentes sous-régions du continent, ne serait-ce que pour relier les pays qui n'ont pas d'accès à la mer au reste du monde à travers les voisins qui y ont accès », insiste Ibrahima Cheikh Diong, fondateur et CEO de Africa Consulting and Trading Group.

Les mises en œuvre se font attendre !

Autant d'éléments, d'idées et de théories discutés à Kigali par les experts et les spécialistes africains. Mais parmi les interventions, celle qui s'est démarquée du point de vue méthodologique nous vient d'Asie. « J'ai remarqué qu'en Afrique et même en Europe où j'ai passé une douzaine d'années, lorsque nous trouvons un tigre intéressant, nous passons énormément de temps à l'observer et l'étudier sous toutes les coutures. Pendant ce temps, le tigre a fini par s'en aller, et devenir hors de portée. Alors qu'en Chine, nous lui sautons dessus ! La priorité extrême pour l'Afrique est la mise en œuvre et l'application ! », insiste énergiquement l'intervenante chinoise Helen Hai, Ambassadrice et CEO de Made in Africa Initiative. Bref, les problématiques sont identifiées. Place à l'action !

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