Les projets du fonds d'investissement ghanéen dédié aux infrastructures impactés par la pandémie [Entretien]

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Solomon Asamoah, directeur général du Ghana Infrastructure Investment Fund (GIIF).
Solomon Asamoah, directeur général du Ghana Infrastructure Investment Fund (GIIF). (Crédits : DR.)
Le Ghana s'est lancé dans un vaste programme de renforcement de ses infrastructures économiques et sociales. Créé par l'Etat avec un capital de 325 millions de dollars en 2015, le Ghana Infrastructure Investment Fund (GIIF) recherche près de 170 millions de dollars d'ici la fin de l'année pour soutenir ses ambitions. Entretien avec Solomon Asamoah, directeur général du GIIF.

La Tribune Afrique - Que représente Ghana Infrastructure Investment Fund (GIIF) ?

Solomon Asamoah - Le Ghana Infrastructure Investment Fund appelé « GIIF » est un véhicule financier porté par le gouvernement du Ghana, lancé en 2015 avec un capital de départ de 325 millions de dollars. Il s'agit d'une structure détenue à 100% par le gouvernement ghanéen, dont l'objectif repose sur le développement des infrastructures nationales. Cela étant, les membres du bureau sont des acteurs du secteur privé qui prennent leurs décisions sans influence de l'Etat. Il n'y a pas de représentant du gouvernement au niveau de notre management, ce qui nous permet de prendre des décisions en toute indépendance. GIIF est axé sur le développement des infrastructures économiques et sociales et nous avons engagé à ce jour, quelques 275 millions de dollars à travers une douzaine de transactions.

Si les membres du board du GIIF sont des acteurs privés, les fonds à l'origine de GIIF sont publics. De quelle nature se manifeste l'influence du gouvernement ?

Nous disposons d'un conseil consultatif. On y retrouve un conseiller nommé par le ministère des Finances ainsi que le Gouverneur de la Banque centrale. Les membres de ce conseil consultatif donnent une direction stratégique au GIIF et se réunissent 1 à 2 fois par an pour s'assurer que les priorités de notre organisme restent en adéquation avec celles du gouvernement. L'influence de l'Etat se limite à cela, car le gouvernement n'intervient en aucune façon dans les prises de décisions individuelles d'investissement [...] Notre proximité avec le gouvernement est d'ailleurs un avantage non négligeable sur le type de projets dans lesquels nous investissons.

Globalement, quels sont les besoins en financement des infrastructures au Ghana ?

Il est à l'image du déficit d'infrastructures au niveau du continent. Selon la Banque africaine de développement, les besoins en financement infrastructurel oscilleraient entre 130 et 170 milliards de dollars par an. Le continent enregistre un gap de financement de l'ordre de 68 milliards de dollars à 108 milliards de dollars. Le Ghana aurait besoin d'environ 10 milliards de dollars par an pour combler son déficit infrastructurel. Cette situation se répercute sur l'activité économique et sur la productivité nationale, mais aussi sur la mobilité et plus généralement sur les conditions de vie des Ghanéens. Le transport constitue d'ailleurs près de la moitié de nos investissements, car la circulation, notamment à Accra, est complètement congestionnée et représente un véritable manque à gagner pour notre économie. Toutefois, les besoins sont tels que le gouvernement ne peut à lui seul, régler ce déficit. C'est la raison pour laquelle les acteurs du secteur privé sont fortement sollicités.

L'idée de départ de GIIF est donc, à partir d'une structure disposant de fonds publics, d'attirer de nouveaux investisseurs privés. A ce jour, nous avons mobilisé l'équivalent de 275 millions de dollars et pour 1 dollar investi, nous en avons levé 10. Cet effet d'entraînement nous permet de soutenir nos projets.

Comment sont répartis les investissements du Ghana Infrastructure Investment Fund ?

Nous disposons de 2 grands volets. Le premier est consacré aux infrastructures économiques et le second aux infrastructures sociales. Pour l'instant, nous priorisons les infrastructures économiques comme les transports (routes et aéroports), l'industrie lourde, les énergies, les mines ou encore l'agribusiness. Au niveau social, nous voulons nous concentrer sur quelques secteurs-clés comme l'éducation, la santé, les logements sociaux ou la gestion des déchets.

Pour vous donner quelques exemples, nous avons investi 30 millions de dollars pour le nouveau terminal de l'aéroport international Kotoka à Accra et pour la réhabilitation et la modernisation d'autres aéroports et d'aérodromes gérés par la GACL comme Kumasi ou Tamale. Nous avons également investi 32 millions de dollars dans le nouveau terminal pétrolier, 34 millions de dollars pour développer la fibre dans le corridor ouest (881km de câbles à fibre optique). Nous avons investi 58 millions de dollars dans l'expansion du Port de Takoradi qui comprendra un nouveau terminal conteneur, et 30 millions de dollars dans la centrale électrique Atuabo Powerla [première phase de 31 MW, ndlr]. Parallèlement, au niveau du secteur touristique, nous avons injecté quelque 6 millions de dollars dans Maaha Beach Resort, un complexe hôtelier 3 étoiles d'une capacité de 121 chambres à Anokyi, et les projets ne manquent pas...

Précisément, quels sont les principaux projets actuellement dans le « pipeline » de GIIF ?

Nous avons un projet de logements sociaux qui représente un défi de taille au Ghana. Le projet est en cours d'élaboration, mais il devrait se chiffrer à 300 millions de dollars. Nous allons également construire de nouveaux logements pour les étudiants. Par ailleurs, nous continuerons à mettre l'accent sur le secteur des mines, l'agribusiness, les infrastructures énergétiques et sur les infrastructures de santé.

Le Ghana n'a pas été épargné par le SARS-CoV-2. Quels ont été les impacts de la pandémie sur les projets infrastructurels au Ghana ?

Nous n'avons pas changé notre stratégie concernant nos priorités avec l'arrivée de la Covid-19, car nous pensons qu'il est nécessaire de maintenir nos objectifs en termes de développement des routes et des infrastructures énergétiques ou de télécommunication notamment, pour préparer l'économie post-Covid-19. Pour ce faire, nous cherchons à impliquer davantage le secteur privé [...] La pandémie représente un défi de taille et a touché plusieurs de nos projets. C'est le cas de l'aéroport qui a été fermé lors du confinement et de plusieurs projets hôteliers stoppés pendant plusieurs mois... L'Etat ne dispose pas de suffisamment de liquidité à réinjecter dans l'économie nationale pour juguler la crise, ce qui nous a conduits à nous tourner vers les bailleurs internationaux.

Justement, quels sont vos principaux partenaires à l'heure actuelle ?

Ils sont multiples. Nous travaillons étroitement avec la Banque africaine de développement, Exim Bank, mais aussi un certain nombre de banques privées. Récemment, l'Agence française de développement a accordé un crédit de 85 millions de dollars à GIIF ainsi qu'une assistance technique pour le renforcement de nos capacités, concernant des projets liés à l'environnement et au climat.

Que représente la Chine en matière de financement des infrastructures ghanéennes ?

Au sein du GIIF, nous n'avons rien finalisé à ce jour avec nos partenaires chinois. En revanche, en dehors du GIIF, la Chine s'est montrée particulièrement active, en particulier dans les secteurs des transports [2019, la Chine accordait un nouveau financement de 1 milliard $ pour financer des projets ferroviaires du Ghana, ndlr], dans les énergies, les télécommunications ou encore en matière de gaz et de pétrole...

Propos recueillis par Marie-France Réveillard

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